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Pourquoi il faut des licornes dans les rédactions (et ce qu’on peut faire avec)

Une licorne sur un laptop (Yosuke Muroya/Flickr/CC-NC)
Une licorne sur un lap­top (Yosuke Muroya/­Fli­ckr/CC-NC)

A en croire le joli panel réuni à l’hôtel Bru­fa­ni lors de la pre­mière jour­née du Fes­ti­val inter­na­tio­nal de jour­na­lisme de Pérouse, les rédac­tions doivent d’urgence embau­cher des « licornes » afin de mieux inno­ver sur les sup­ports numé­riques et de réus­sir leur muta­tion.

Ces « licornes », ce sont les jour­na­listes ayant des com­pé­tences de déve­lop­pe­ment ou, inver­se­ment, des déve­lop­peurs aimant tra­vailler sur l’actualité. Comme l’animal mytho­lo­gique, ces pro­fils sont rares et donc pré­cieux au sein d’un effec­tif.

C’est le constat dres­sé par les inter­ve­nants de ce débat :

Voi­ci une retrans­crip­tion de ce qui s’est racon­té, modu­lo quelques ellipses et refor­mu­la­tions de mon fait – d’avance, mille excuses si j’ai défor­mé un pro­pos ou raté une idée impor­tante.

Jac­qui Maher. Je suis du Queens, à New York, et quand j’étais jeune je vou­lais être poé­tesse. Heu­reu­se­ment pour moi, avant d’entrer à la la fac, j’ai com­men­cé à traî­ner avec un groupe de hackers. J’avais 15 ans, et c’est un âge où on trouve ce type de per­sonnes plu­tôt cool, mais j’aimais aus­si leurs idées et leur façon de voir le monde.

Vers 1999, la Hearst Cor­po­ra­tion a lan­cé un « stu­dio inter­ac­tif » que j’ai rejoins. J’ai notam­ment fait un CMS [content mana­ging sys­tem, ser­vice qui per­met de gérer les conte­nus publiés par un site web, ndlr] pour Popu­lar Mecha­nics [une revue scien­ti­fique amé­ri­caine, ndlr] mais aus­si des quiz pour Cos­mo­po­li­tan.

« Je suis passée par Friendster en Californie et un hôpital au Malawi »

Il était un peu trop tôt pour tout ça, et le stu­dio a fini par fer­mer. J’ai tra­vaillé un temps en Cali­for­nie, pour des start-ups comme Friend­ster, un réseau social que les plus jeunes d’entre vous ne connaissent sans doute pas. J’ai trou­vé inté­res­sant de voir com­ment on pou­vait mettre au point une tech­no­lo­gie pour résoudre un pro­blème, en l’occurence per­mettre aux gens de retrou­ver leurs amis.

J’ai ensuite voya­gé en Afrique, j’ai tra­vaillé pour une ONG de lutte contre le sida au Mala­wi. J’ai fini par ren­trer à New York. Un ami avait trou­vé un job dans une nou­velle équipe que le New York Times consti­tuait. J’ai pas­sé un entre­tien et j’ai fini pas être embau­chée un an plus tard.

J’y ai notam­ment tra­vaillé sur un outil mis en ligne après le trem­ble­ment de terre à Haï­ti pour aider les gens qui cher­chaient des nou­velles de leur proches, en col­la­bo­ra­tion avec Google et la Croix Rouge.

J’ai glo­ba­le­ment trou­vé le tra­vail au sein d’une rédac­tion très gra­ti­fiant, com­pa­ré à ce qu’on fait dans une start-up ou une ONG.

Mais j’ai fini par démé­na­ger à Londres pour rejoindre mon com­pa­gnon et tra­vailler pour la BBC. Je tra­vaille notam­ment sur la cou­ver­ture des élec­tions et sur des outils de nar­ra­tion inter­ac­tive.

Aron Pil­ho­fer. J’ai un par­cours très clas­sique, avant de com­men­cer à m’intéresser aux don­nées, au data­jour­na­lisme. C’est une spé­cia­li­té qui peut se décli­ner de beau­coup de façons, et ce n’est pas for­cé­ment quelque chose de si nou­veau.

Ce qui est de nou­veau en revanche, c’est la capa­ci­té qu’on a désor­mais d’utiliser les don­nées pour créer des récits qui ont une forme non tra­di­tion­nelle. On est en train de voir appa­raître de nou­veaux for­mats.

Pre­nez la mode pour l’expla­na­to­ry jour­na­lism [le jour­na­lisme péda­go­gique, que pra­tiquent aus­si les Déco­deurs du Monde, ndlr] : pour moi, les meilleurs dans ce domaine, c’est la rubrique Upshot du New York Times, parce qu’ils ne se contentent pas du texte mais tra­vaillent aus­si beau­coup sur le visuel.

« Ce n’est pas compliqué, mais sans licorne vous ne pourrez pas le faire »

Mais pour faire ça, il faut des jour­na­listes ayant des com­pé­tences en déve­lop­pe­ment, sinon, vous serez inca­pables de pro­duire ce genre de conte­nu.

Pre­nez le pro­jet Immi­grants in Their Own Words, du Guar­dian. On a vou­lu que les immi­grants prennent eux-mêmes la parole, alors que leur his­toire est tou­jours racon­tée par d’autres.

Le résul­tat est plu­tôt basique : des textes et des images, le tout créé entiè­re­ment par les lec­teurs du Guar­dian eux-mêmes.

Ça a l’air simple, mais ça met en œuvre pas mal de choses en cou­lisses. Il vous faut un CMS qui va gérer le cas où il y a une image avec le texte et celui où il n’y en a pas, mais aus­si gérer le cas où l’image est au for­mat por­trait et celui où elle au for­mat pay­sage.

Et tant qu’à faire, vous vou­lez que tout ça soit dans un gaba­rit qu’on puisse réuti­li­ser plus tard.

Au final, rien de très com­pli­qué, mais si vous n’avez pas une licorne dans votre rédac­tion, vous ne pour­rez pas le faire.

La page qu’on a mise en ligne pour suivre tous les son­dages publiés avant les élec­tions en Grande-Bre­tagne vise à aider nos lec­teurs à abor­der une pro­blé­ma­tique qui peut sem­bler simple, mais qui est infi­ni­ment com­plexe si on va dans le détail.

On pro­duit des syn­thèses gra­phiques de toutes les études d’opinion et de leur évo­lu­tion dans le temps, et on montre les bas­cu­le­ments qui sont en train de s’opérer cir­cons­crip­tion par cir­cons­crip­tion.

C’est un pro­blème tech­no­lo­gique, c’est un pro­blème de desi­gn, et c’est un pro­blème de jour­na­lisme.

Jac­qui Maher. J’ai tra­vaillé pour un jour­nal papier et je tra­vaille désor­mais pour une radio. Dans les deux cas, le fait d’avoir à s’occuper d’un autre mode de dif­fu­sion que le numé­rique est un han­di­cap, bien sûr.

Mais à la BBC je trouve les gens glo­ba­le­ment plus à l’aise avec la tech­no­lo­gie, notam­ment parce que c’est une struc­ture où les ingé­nieurs ont tou­jours joué un rôle impor­tant, au fil des inno­va­tions de la radio et de la télé­vi­sion.

John Crow­ley.  Il y a un vrai chan­ge­ment en cours, on est en train de pas­ser d’un trai­te­ment de l’information prin­ci­pa­le­ment cen­tré sur le texte à quelque chose davan­tage fon­dé sur le visuel et les inter­ac­tions.

La BBC a publié Syrian Jour­ney, une sorte de jeu pla­çant l’internaute dans la peau d’un réfu­gié syrien ten­tant de rejoindre l’Europe – dans beau­coup de cas, le voyage se ter­mine par la mort.

Elle a été cri­ti­quée, cer­tains ont trou­vé mal­sain le fait de prendre une actua­li­té tra­gique pour en faire quelque chose de ludique. L’idée que dans l’avenir, l’actualité sera jouée plu­tôt qu’elle sera lue peut être dif­fi­cile à accep­ter pour beau­coup d’entre nous.

Pour­tant, le jeu vidéo est pra­ti­qué par une part gran­dis­sante de la popu­la­tion. Et désor­mais, c’est le prin­ci­pal concur­rent des médias, puisqu’on peut consa­crer son temps pas­sé dans le métro le matin à l’un ou à l’autre, sur son smart­phone.

« Hé, mon article est prêt, tu peux ajouter une illustration ?» Ben non.

Pour pro­duire ce type de conte­nus, là encore, il fau­dra des licornes.

Mais il faut savoir tra­vailler avec elles. Par exemple, ce qui ne marche pas, c’est de pro­duire un article et ensuite de leur deman­der : « Hé, tu peux pas ajou­ter une illus­tra­tion ?» Il faut les asso­cier dès le départ au tra­vail sur l’article.

Il faut aus­si que les licornes apprennent à mieux com­mu­ni­quer sur leur tra­vail. Par exemple, j’ai deman­dé à nos employés qui tra­vaillent sur le visuel par­tout dans le monde d’envoyer un e-mail à l’équipe à chaque fois qu’elles met­taient quelque chose en ligne, pour expli­quer ce qui a été fait et com­ment ça a été fait.

Le Wall Street Jour­nal embauche des déve­lop­peurs, mais il y a encore par­fois un sen­ti­ment que ce sont des per­sonnes exté­rieures à la rédac­tion, qu’il y a « eux » et qu’il y a « nous ».

Ça me rap­pelle ce que j’ai vécu il y a quelques années, au Dai­ly Tele­graph, quand la direc­tion avait fait venir « quelqu’un d’Internet » au sein de la rédac­tion papier. Cer­tains de ses membres avaient dit : « Mais qu’est-ce que “quelqu’un d’Internet” peut bien nous apprendre ?»

Encore aujourd’hui, la pro­duc­tion de data­vi­sua­li­sa­tions ne colle pas tou­jours au mode de fonc­tion­ne­ment d’une rédac­tion, notam­ment au niveau des cri­tères d’évaluation : pour un rédac­teur clas­sique, être un bon jour­na­liste c’est écrire bien, sor­tir des scoops. C’est aus­si cette culture qui est en train de chan­ger.

J’ai tra­vaillé pen­dant six mois sur 100 Years Lega­cies, col­lec­tion de cent his­toires sur la Pre­mière Guerre mon­diale. Il y a assez de textes pour un petit livre, mais on ne peut pas le devi­ner sur la page d’accueil, c’est très frag­men­té. On uti­lise dedans plein de petits modules inter­ac­tifs, et chaque his­toire peut être par­ta­gée sépa­ré­ment sur les réseaux sociaux.

On y a pas­sé six mois et on a vou­lu capi­ta­li­ser sur ce tra­vail, du coup on a repris ce for­mat après la mort de Robin Williams, pour mul­ti­plier les angles sur cet acteur.

« Des outils pour l’équipe, pas seulement des contenus pour les lecteurs »

Enfin, nos licornes ne pro­duisent pas que des choses des­ti­nées au lec­teur, mais aus­si des outils pour l’équipe, par exemple un petit module qui per­met de géné­rer une carte de situa­tion en quelques secondes.

Jac­qui Maher.  C’est variable mais c’est une grosse par­tie de mon tra­vail en ce moment. Par exemple, je trouve ça moti­vant de tra­vailler sur des outils des­ti­nés aux jour­na­listes d’investigation, il y a beau­coup à faire dans ce domaine.

J’aime ce qu’on peut faire avec le code, mais je n’aime pas l’utiliser sans avoir un but concret, juste pour opti­mi­ser un algo­rithme par exemple. Pour nos besoins, pas besoin d’être dans la pro­gram­ma­tion hard­core.

John Crow­ley. Pour filer la méta­phore avec la licorne, je dirais qu’il ne faut pas essayer d’attraper un pro­fil de ce type, plu­tôt le lais­ser venir.

Ce ne sont pas des gens qui veulent un bou­lot clas­sique, chaque jour de 9 heures à 18 heures. Ils veulent chan­ger les choses. Il faut aus­si qu’ils tiennent bien la pres­sion, par­fois un déve­lop­pe­ment doit être fait dans la jour­née, il faut avoir une dose de réflexes jour­na­lis­tiques.

Jac­qui Maher.  C’est vrai que les dead­line sont plus dures à gérer dans les rédac­tions que dans les entre­prises tech­no­lo­giques comme Google, même si là-bas aus­si il y a des délais à tenir.

[…]

Aron Pil­ho­fer.  Le New York Times ne met pas sou­vent ses pro­duc­tions en open source parce que la plu­part du temps, ce qui est pro­duit n’a pas les carac­té­ris­tiques d’un pro­jet open source, ce n’est pas quelque chose que d’autres peuvent faci­le­ment décli­ner.

« L’open source, la règle au Guardian, l’exception au New York Times »

Le Guar­dian a une approche dif­fé­rente, à cause de la volon­té affi­chée pra­ti­quer l’open jour­na­lism : on peut dire qu’il pra­tique l’ouverture par défaut, alors que pour le New York Times ce sera l’exception.

Ce n’est pas une cri­tique, d’ailleurs cer­tains pro­jets que le Guar­dian met sur Github [pla­te­forme per­met­tant de publier un pro­gramme et de le faire évo­luer, ndlr] ne sont jamais uti­li­sés par quelqu’un d’extérieur au Guar­dian.

Cela dit, je me rends compte grâce à cette confé­rence qu’on tra­vaille sur un outil de car­to­gra­phie sim­pli­fié, en même temps que le Wall Street Jour­nal et se concer­ter, c’est un peu idiot.

[…]

John Crow­ley. C’est vrai que notre façon de tra­vailler peut sem­bler dif­fi­ci­le­ment durable d’un point de vue éco­no­mique, d’autant que cer­tains pro­jets, comme celui qu’on a fait sur les archives de la Pre­miere League [le cham­pion­nat de foot anglais, ndlr], n’ont pas mar­ché.

Le jour où on a lan­cé 100 Years Lega­cies, je peux vous dire que j’ai ser­ré les fesses, mais heu­reu­se­ment on a fait 3 mil­lions de pages vues avec…

Aron Pil­ho­fer.  C’est un vrai pro­blème. A la base, il faut qu’il y ait une envie per­son­nelle, et un sou­tien de la hié­rar­chie. Et après, il faut des gens pour le faire.

La bonne nou­velle, c’est qu’il y a aujourd’hui un nombre incroyable d’endroits où se for­mer ou apprendre des outils. D’ailleurs, ces der­niers se moder­nisent et sont plus faciles à prendre en main.

Je me sou­viens de l’époque où je rece­vais un coup de fil à minuit : « Hé, le truc qu’on a publié est plan­té, on fait quoi ?» Ce n’est plus comme ça aujourd’hui.

Nous, on tra­vaille beau­coup avec Google Sheets [des feuilles de cal­cul qui contiennent les textes et nombres uti­li­sés dans une info­gra­phie ou un mini-site, ndlr] pour gérer le conte­nu de nos pro­duc­tions, ça évite une com­plexi­té sup­plé­men­taire à gérer.

Beau­coup de gens avec qui je bosse viennent du ser­vice infor­ma­tique, ils aiment tra­vailler avec la rédac­tion sur des pro­jets qui ont plus de sens pour eux que cher­cher à opti­mi­ser le char­ge­ment d’une par­tie du site.

Allez voir des gens avec des auto­col­lants sur leur lap­top qui parlent de trucs comme l’Open Know­ledge Foun­da­tion [asso­cia­tion mili­tant pour la culture libre et l’open data, ndlr]. Je suis sérieux ! Allez dans les conven­tions, par­tez à la ren­contre de ces uni­vers.

« Si votre rédacteur en chef est enthousiaste, il trouvera un peu d’argent »

Si vous arri­vez à enthou­sias­mer votre rédac­teur en chef, ça mar­che­ra, il trou­ve­ra un peu d’argent coin­cé au fond d’un fau­teuil pour prendre un free­lance. Ensuite, cet enthou­siasme se dif­fu­se­ra à l’ensemble de la rédac­tion, et puis vous avan­ce­rez pas à pas.

La chance que vous avez, c’est qu’il y a énor­mé­ment de choses dis­po­nibles en open source : chaque ligne de code pro­duite par Pro Publi­ca [fon­da­tion amé­ri­cain finan­çant des inves­ti­ga­tions d’intérêt public, ndlr] ou encore les outils du Knight­lab [labo­ra­toire de la Knight Foun­da­tion, basée dans l’université Nor­th­wes­tern, ndlr].

[…]

Aron Pil­ho­fer. Je ne connais pas la taille du mar­ché du tra­vail pour les licornes… Mais on ne leur demande pas que de faire des petits gra­phiques, l’idée c’est d’innover avec eux, d’affronter les évo­lu­tions en cours, y com­pris du point de vue du busi­ness model.

Je sais cepen­dant que ce mar­ché est infi­ni­ment plus grand qu’il y a dix ans,et qu’il va conti­nuer à gran­dir très vite. Aujourd’hui, je serais inca­pable nom­mer toutes les équipes qui tra­vaillent comme nous aux Etats-Unis, alors qu’à l’époque, on les comp­tait sur les doigts d’une seule main.

[…]

Aron Pil­ho­fer. Mon obses­sion du moment, c’est de don­ner une meilleure visi­bi­li­té aux conte­nus que nous pro­dui­sons

Quand on tra­vaille long­temps sur un pro­jet, on est déçus si l’équipe char­gée de com­po­ser la page d’accueil ne l’aime pas trop et le vire rapi­de­ment. Dès le début du pro­jet, il faut se poser la ques­tion : « Est-ce que nos lec­teurs vont aimer ? Est-ce que les édi­teurs de la page d’accueil vont le mettre en valeur ?» Si la réponse est « peut-être », alors il y a un pro­blème.

Il faut aus­si se foca­li­ser sur les autres accès pos­sibles au conte­nu. Par exemple, notre équipe char­gée des réseaux sociaux nous a fait refaire entiè­re­ment le son­dage qu’on publie chaque année avant les Oscars. D’un année sur l’autre, l’audience s’est retrou­vée décu­plée ! Même chose quand on l’a ren­du acces­sible sur les mobiles.

« Même un journaliste old school peut s’enthousiasmer pour une datavisualisation »

Il faut que tout le monde monte à bord, que ça fasse par­tie du trai­te­ment glo­bal de l’actualité pro­po­sé par le média, et que ce ne soit pas la der­nière roue du car­rosse. Sinon, c’est mort.

Mais on se rend compte que même un jour­na­liste plu­tôt old school peut s’enthousiasmer pour ces nou­velles façons de racon­ter des his­toires.

[…]

John Crow­ley. On s’est don­né le prin­cipe de deman­der aus­si sou­vent que pos­sible à nos lec­teurs si nous avons raté quelque chose sur un sujet don­né. C’est deve­nu un réflexe.

[…]

Aron Pil­ho­fer. On fait énor­mé­ment de tests, on tra­vaille sur l’expérience uti­li­sa­teur, on orga­nise des focus groupes, on lance des enquêtes.

Trai­ter une élec­tion, on pour­rait croire que les jour­na­listes savent déjà faire. Pour­tant, nos tests montrent que ce n’est pas le cas.

Mais le jour­na­lisme reste peu adap­té à un tra­vail par ité­ra­tions, on peut le faire à la marge seule­ment. Ce qu’on fait est trop péris­sable, ce n’est pas comme un pro­duit qu’on fait évo­luer peu à peu dans le temps.

[…]

Jac­qui Maher.  C’est vrai que c’est impor­tant de mesu­rer la réponse des uti­li­sa­teurs, c’est une habi­tude que j’ai prise dans les start ups. Mais est-ce que ça veut dire qu’il faut aban­don­ner un sujet s’il est peu lu ? C’est une ques­tion com­pli­quée.

Aron Pil­ho­fer.  Il faut tes­ter, tes­ter et encore tes­ter, même si ça ne vous garan­tit pas le suc­cès : vous allez vous plan­ter au moins aus­si sou­vent que vous allez réus­sir. L’idée c’est que votre boss ne le remarque pas trop.

Sur Facebook, la robe est blanche mais tous les médias sont gris

C’est une idée à creu­ser en ces temps de crise de la presse : pour faire des éco­no­mies, une bonne par­tie des sites d’actu fran­çais pour­raient confier leur page Face­book au même jour­na­liste – de toute façon, ils y publient (sou­vent) la même chose.

Captures d'écran tirées d'une série de pages Facebook de sites d'actualité français.
Cap­tures d’écran tirées d’une série de pages Face­book de sites d’actualité fran­çais.

NB. Je n’ai rien trou­vé sur « la robe » sur les pages Face­book de La Croix, Rue89, Télé­ra­ma, RFI, France 24, du Plus, du JDD et de quelques autres.

Pho­to de mou­tons en page d’accueil : Andy Farns­worth/Fli­ckr/CC-BY-ND.

Dans les jours qui viennent…

Dans les jours qui viennent, on va beau­coup par­ler d’islam. Experts, imams, croyants, athées et impies fini­ront peut-être par trou­ver les bons mots, les gestes justes. Ceux qui feront qu’on dis­tingue, enfin, les mil­lions de musul­mans qui vivent en France des fous qui s’arment de fusils d’assaut pour affron­ter des papys assis sur leur chaise.

Dans les jours qui viennent, on va beau­coup par­ler d’autorité. Les dis­cours poli­tiques seront fermes et déter­mi­nés, les plans Vigi­pi­rate éle­vés d’un niveau, de nou­velles lois sécu­ri­taires peut-être votées.

On peine à ima­gi­ner ce que mon­ter d’un cran sup­plé­men­taire la sur­veillance et la puni­tion pour­rait bien chan­ger à notre sécu­ri­té, mais on asper­ge­ra le tout de Répu­blique en dan­ger et on ajou­te­ra une couche de bleu-blanc-rouge. Tout ça en leur nom, eux qui conchiaient tant les dra­peaux et les médailles, les monu­ments aux morts et les camé­ras de sur­veillance…

Dans les jours qui viennent, on va beau­coup par­ler de ter­ro­risme. On remon­te­ra les filières, on pas­se­ra par des ban­lieues délais­sées et des pri­sons trop pleines. On tra­que­ra les recru­teurs qui s’agitent sur Face­book, on mon­te­ra sur des pick-up rouillés deve­nus auto­mi­trailleuses, sous des ciels pleins de drones et de mis­siles « chi­rur­gi­caux ».

Bref, dans les jours qui viennent, c’est ce qui nous divise, nous sépare et nous fait peur qui va concen­trer l’attention. Pas ce qui nous fait vivre, aimer, pleu­rer, tra­vailler, débattre ensemble. Pas ce qui réunit les voi­sins fâchés, les amis per­dus, les familles déchi­rées, les col­lègues brouillés ou les amants fati­gués.

Et dans les jours qui viennent, le cou­rage, ce ne sera pas de ban­der ses muscles dans un édi­to­rial ou de frap­per du poing sur la table des pla­teaux de télé­vi­sion, pour qu’on pour­chasse ceux qui ont fait ça et qu’on les punisse.

Ça, oui, il faut le faire, la police et la jus­tice le feront – on est en France, et ces der­nières font plus sou­vent bien leur tra­vail qu’elles ne le font mal, il n’est pas inter­dit de leur faire confiance. C’est la prio­ri­té, mais ce n’est pas l’essentiel.

L’essentiel, ce sera de s’efforcer, chaque jour, chaque heure, à pen­ser plu­tôt à ce qui nous unit et nous rend, col­lec­ti­ve­ment, plus forts et plus heu­reux.

Ce sera se sou­ve­nir de ce qui nous a pous­sés, ce mer­cre­di soir, à des­cendre dans la rue, des larmes plein les yeux, pour ne rien faire, juste pour être là, se comp­ter et se réchauf­fer l’âme.

De se rap­pe­ler ces e-mails, ces tex­tos, ces tweets, ces appels, tous ces petits fils qu’on a tis­sés entre nous pour véri­fier que oui, on est bien là ; qu’on va bien, oui, enfin, on fait aller avec la dou­leur.

Il va fal­loir ser­rer les dents. Ils vont bicher, les Fin­kiel­kraut, les Zem­mour, les Houel­le­becq et tous ceux pour qui, au fond, un Fran­çais musul­man sera tou­jours un Fran­çais musul­man, jamais un Fran­çais tout court. A coup de on-vous-l’avait-bien-dit, ils vont nous trai­ter d’angéliques, de bobos irres­pon­sables et d’idiots utiles.

Ils vont bicher aus­si, les petits exci­tés de Twit­ter, ces têtes pleines d’eau qui pensent, ou feignent de pen­ser, que la meilleure façon de lut­ter contre l’injustice, c’est de mitrailler et de mas­sa­crer –là où l’histoire a si sou­vent prou­vé que faire ce choix fait perdre les plus beaux com­bats.

Mais on refu­se­ra d’entrer dans leur jeu, à eux tous. De dres­ser des camps contre d’autres camps, de deman­der des comptes à celui qui porte une barbe un peu trop longue, de voir un dji­ha­diste en puis­sance der­rière chaque jeune à capuche.

Et on tien­dra bon. Parce que la France qu’ils pro­phé­tisent voire qu’ils appellent de leurs vœux, ce pays en guerre contre lui-même ; ce champ de bataille où les com­mu­nau­tés s’affrontent cha­cune depuis leur tran­chée ; cette socié­té où, peu à peu, il fau­drait s’habituer à attendre de moins en moins de cha­cun de nous ; cette France-là, nous n’en vou­lons pas.

Dou­ce­ment, mais fer­me­ment, il fau­dra se mettre sur leur che­min. Leur dire que défendre la culture fran­çaise, ce n’est pas en exclure tout ce qui ne date pas de Clo­vis ou de Jeanne d’Arc.

Leur dire qu’une pen­sée nuan­cée n’est pas une pen­sée faible, que tout com­pro­mis est pas une com­pro­mis­sion, qu’il est rare­ment juste de cam­per sur une idéo­lo­gie plu­tôt que d’exercer son droit au prag­ma­tisme.

Leur dire que non, la nation fran­çaise ne va pas dis­pa­raître ron­gée dans l’acide parce qu’on sert des blancs de dinde halal aux gamins dans les can­tines, parce qu’on laisse une mère voi­lée accom­pa­gner une sor­tie sco­laire au musée ou parce qu’on l’autorise à s’asseoir sur les bancs d’une uni­ver­si­té.

Leur dire que oui, un homme qui se pré­sente aux urgences doit accep­ter d’être exa­mi­né par une femme, ou de voir sa femme exa­mi­née par un homme. Parce qu’un méde­cin est un méde­cin, et qu’on ne va pas cou­per un hôpi­tal en deux au nom de pré­ceptes reli­gieux.

C’est à ça que ça sert, la laï­ci­té. Ce n’est pas un totem contre lequel s’arc-bouter dès qu’on croise une crèche, un voile ou une kip­pa. C’est une solu­tion astu­cieuse, une ruse de répu­bli­cains pour qu’on se fré­quente plus et qu’on s’apprécie davan­tage.

A chaque fois qu’un dilemme se pré­sen­te­ra, on fera comme ça : on s’écoutera, on pren­dra une grande res­pi­ra­tion et on choi­si­ra la solu­tion qui nous per­met d’être ensemble, pas celle qui nous sépare un peu plus.

Une nation, c’est une his­toire, d’accord. De ce côté-là, en France, on a tout ce qu’il faut, de la gran­deur et des heures noires, des salauds et des héros ; la jour­née de mer­cre­di en a ajou­té une couche, pas qu’on en avait besoin, mais voi­là, elle est là, il faut faire avec.

Mais une nation c’est aus­si un pro­jet, un che­min qu’on a envie de prendre ensemble, en accep­tant d’écouter ce que chaque par­tie a à dire pour espé­rer, un jour, for­mer un grand tout.

Pour espé­rer, un jour, sor­tir de cette nuit gla­cée.

L’extrait de “The Newsroom” qui va plaire à tous les journalistes web

Tout le monde est à peu près d’accord pour dire que The News­room, série sur le quo­ti­dien d’une chaîne info dont la troi­sième et ultime sai­son vient d’être dif­fu­sée par HBO, est plu­tôt ratée. Pour pas mal de rai­sons, sur les­quelles les cri­tiques amé­ri­cains débattent encore.

Tout le monde est d’accord aus­si pour dire que la série a ses bons moments. J’avoue avoir savou­ré en par­ti­cu­lier un pas­sage du sixième et der­nier épi­sode (atten­tion donc, spoi­ler ahead).

Voi­là donc Neal, jour­na­liste web qui a dû quit­ter les Etats-Unis pour évi­ter de devoir nom­mer une source au sein du gou­ver­ne­ment ou être pour­sui­vi en jus­tice.

Il vient d’être auto­ri­sé à ren­trer chez lui et tombe, dans la rédac­tion, sur ses rem­pla­çants aux com­mandes du site d’ACN, char­gés par le nou­vel action­naire d’améliorer l’enga­ge­ment de la chaîne avec son public (com­prendre : le trans­for­mer en mou­lin à buzz).

Extrait du final de « The Newsroom » (S03E06)

Ren­tré du Vene­zue­la, Neal passe à la rédac­tion d’ACN et tombe sur les jour­na­listes web qui l’ont rem­pla­cé pen­dant son absence aux com­mandes du site de la chaîne info. Plus d’infos : http://dansmonlabo.com/2014/12/20/lextrait-de-the-newsroom-qui-va-plaire-a-tous-les-journalistes-web-462/

Bon, évi­dem­ment, refaire un site d’info en entier et en « une semaine » seule­ment, c’est une prouesse dont même les cadors du sec­teur seraient bien inca­pables…

Mais en France aus­si, la chasse aux clics fait des ravages – au point que Metro n’hésite pas à faire croire à ses lec­teurs sur Face­book qu’Isabelle Adja­ni est morte pour mieux pro­mou­voir la nécro d’une actrice moins connue qu’elle.

Et débran­cher tota­le­ment son propre site pour mieux repar­tir à zéro, c’est une idée qui a de quoi séduire, non ?

Airbnb : la carte des prix de location à Paris (et ce qu’on y apprend)

Ça fait un petit moment que j’avais envie de me col­ti­ner aux don­nées du ser­vice de loca­tion de loge­ments entre par­ti­cu­liers Airbnb, après avoir vu la série de cartes réa­li­sées par Tom Slee dans dif­fé­rentes villes du monde.

Et voi­là que le site du Temps publie une enquête sur les loueurs d’Airbnb à Genève, en mon­trant qu’une part impor­tante des offres publiées pro­posent des appar­te­ments qui ne sont pas ou plus habi­tés à l’année.

Lire l’article

Les prix des locations Airbnb à Paris

Plus la cou­leur d’un appar­te­ment est fon­cée, plus son tarif est éle­vé. Pour voir des exemples de prix pra­ti­qués, zoo­mez en double-cli­quant, appro­chez la sou­ris sur un des cercles ou tapez-le.

Autre­fois modèle de « l’économie du par­tage », Airbnb est ain­si accu­sé de « siphon­ner » le mar­ché loca­tif, les pro­prié­taires y mul­ti­pliant les loca­tions courte durée plu­tôt que de choi­sir un occu­pant pérenne.

Un scraper pour récupérer les données

Pour mener leur enquête, les jour­na­listes ont récu­pé­ré les don­nées au moyen d’un scra­per, une sorte de robot qui va visi­ter une à une les pages du site pour y récu­pé­rer des infor­ma­tions repé­rées au préa­lable. dans le code source.

Avec quelques mani­pu­la­tions simples sur les don­nées ain­si récu­pé­rées, ils ont pu repé­rer de gros loueurs – telle Jas­mi­na, qui gère 120 biens sur Airbnb – puis les faire témoi­gner.

Jean Abbia­te­ci, co-auteur de cette enquête avec Julie Conti, raconte cette démarche pas à pas dans le blog Data Le Temps et a eu la bonne idée de mettre à dis­po­si­tion le script mis au point pour Out­wit Hub, le logi­ciel qui a ser­vi au scra­ping, que j’utilise aus­si.

J’ai ain­si pu récu­pé­rer un échan­tillon de 2 000 offres pari­siennes, pro­po­sant uni­que­ment la loca­tion d’un loge­ment entier (et pas d’une chambre pri­vée ou une chambre par­ta­gée). Ça m’a ser­vi à dres­ser la carte publiée en haut de cet article.

J’ai veillé à répar­tir les annonces choi­sies pour cou­vrir un maxi­mum de ter­rain et obte­nir une carte har­mo­nieuse – par exemple, je n’ai gar­dé que 27 points dans le IIIe arron­dis­se­ment, alors que c’est celui où les offres sont les plus nom­breuses (3,2 par hec­tare).

Si on en tient pas compte de ce cri­tère, la répar­ti­tion des offres dans la capi­tale est en effet très inégale, comme le montre cette carte de cha­leur (heat map).  

Carte de chaleur des annonces Airbnb à Paris. Plus la couleur d'une rue est vive, plus il y a d'annonces dans le quartier.
Carte de cha­leur des annonces Airbnb à Paris. Plus la cou­leur d’une rue est vive, plus il y a d’annonces dans le quar­tier.

« Au final, ta carte va être la même que celle du mar­ché de l’immobilier à Paris », m’a pré­ve­nu un confrère qui tra­vaille dans un news­ma­ga­zine bien connu pour ses mar­ron­niers sur le sujet.

Sa remarque est vraie, mais pas entiè­re­ment : un arron­dis­se­ment peut être plus cher sur Airbnb (c’est le cas du VIIIe et du VIe) que dans une agence tra­di­tion­nelle, ou au contraire moins cher (le XIXe et le XVIIInotam­ment).

Et les gros pois­sons, alors ? Je ne don­ne­rai pas leur pro­fil, his­toire de ne pas faci­li­ter le tra­vail du fisc ou du ser­vice dédié de la mai­rie de Paris, mais j’ai repé­ré des uti­li­sa­teurs qui ont plu­sieurs dizaines d’annonces sur le site – des loueurs qui ne res­semblent donc pas beau­coup à ceux en pho­to sur la page d’accueil, mais plus à des pro­fes­sion­nels ayant trou­vé un bon filon.

Le phé­no­mène semble assez cir­cons­crit cepen­dant : en cher­chant par­mi plus de 2 500 annonces, je n’ai trou­vé que  9 ins­crits avec plus de cinq annonces.

Mais il est pos­sible que les pro­fes­sion­nels d’Airbnb se créent plu­sieurs pro­fils pour gérer leur pool d’annonces et dans ce cas, ils ne peuvent être détec­tés par cette méthode.

Bonus pour ceux qui ont lu jusqu’ici. Afin d’avoir une idée des expres­sions les plus uti­li­sés pour convaincre les tou­ristes, voi­là un nuage de mots créés avec les titres des annonces de l’échantillon.

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Les mots les plus uti­li­sés dans les titres des annonces d’Airbnb à Paris.

Je veux plus d’expertes en plateau, mais je ne les trouve pas assez bonnes”

Montage de captures d'écran de présentatrices de journal télévisé.
Mon­tage de cap­tures d’écran de pré­sen­ta­trices de jour­nal télé­vi­sé.

50% de femmes der­rière la camé­ra, et 20% seule­ment devant : ces chiffres, qu’on retrouve d’une étude à l’autre, voire d’un pays à l’autre, montrent l’ampleur de la sous-repré­sen­ta­tion des femmes à la télé­vi­sion.

Sur ce thème se tenait un débat pas­sion­nant same­di aux Assises du jour­na­lisme, à Metz. Voi­ci une syn­thèse des échanges.

Domi­nique Fack­ler (Ina Stats). A la demande du CSA, nous avons tra­vaillé sur la repré­sen­ta­tion des femmes dans les jour­naux télé­vi­sés, à la télé­vi­sion (grandes chaînes et chaînes info) et à la radio.

Nous l’avons fait une pre­mière fois en 2013, et une nou­velle fois début 2014. Près de 11 000 sujets télé et plus de 2 000 sujets radio ont été ana­ly­sés.

On s’est inté­res­sé d’abord aux jour­na­listes qui signent les sujets, ce qui per­met de mesu­rer la place des femmes dans les rédac­tions. Sur un an, elles sont un peu moins pré­sentes à la télé, et un peu plus à la radio. Les plus fortes baisses sont pour Arte et France 2. Dans ce clas­se­ment, France 3 est en tête, M6 est der­nière.

Côté chaînes info, i-Télé est en forte baisse, de 15 points. Côté radios, la plus forte hausse est pour RMC, la plus forte baisse pour France Inter.

On a cher­ché à savoir si les femmes jour­na­listes étaient plus pré­sentes sur cer­taines thé­ma­tiques. Selon nos chiffres, ce n’est pas le cas mais les angles peuvent être dif­fé­rents, par exemple avec davan­tage de sources fémi­nines inter­ro­gées.

La deuxième par­tie de notre étude concerne les inter­ve­nants, les per­sonnes qui sont inter­viewées lors de ces jour­naux télé­vi­sé. Pour l’ensemble des médias, il y a moins de 20% de femmes par­mi eux, soit une femme pour quatre hommes.

France 3 est en tête avec 23%, Canal+ der­nière avec 16%. Côté chaînes infos, le bon élève est I-Télé : côté radios, c’est France inter.

Quand on regarde qui sont les per­son­na­li­tés fémi­nines les plus inter­viewées à la télé­vi­sion, ce sont à 95% des femmes poli­tiques. L’étude a eu lieu au pre­mier tri­mestre 2014, pen­dant la cam­pagne muni­ci­pale, Anne Hidal­go et Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet sont donc très pré­sentes.

On s’aperçoit que la radio inter­viewe très peu les femmes. Une seule radio a inter­viewé plus de trois la même femme sur la période étu­diée, c’était France Inter.

Mar­lène Coul­lomb-Gul­ly (pro­fes­seur à l’université Tou­louse II). On retrouve ce chiffre de 20% dans d’autres études. C’est une sous-repré­sen­ta­tion mani­feste par rap­port aux hommes, puisque les femmes repré­sentent 52% de la popu­la­tion.

Fina­le­ment, le média le plus gen­der friend­ly, c’est la télé­vi­sion. Les femmes ont de grosses dif­fi­cul­tés à la radio, notam­ment à cause de la voix. Il y a même eu une période où les jour­na­listes femmes étaient sys­té­ma­ti­que­ment reto­quées : on consi­dé­rait qu’une voix fémi­nine n’avait pas assez de légi­ti­mi­té pour pré­sen­ter les infos à la radio.

Si vous pre­nez les trois mati­nales les plus écou­tées (France Inter, Europe 1 et RTL), il n’y a jamais eu de femmes à leur tête.

Ruth Elkrief (BFM-TV). France Info a eu Raphaëlle Duche­min et a aujourd’hui Fabienne Sintes…

M. C.-G. C’est vrai, mais pour les autres, c’est plus des mati­nales, mais des « mati­mâles ». Mais c’est encore pire en presse écrite, qui est plus foca­li­sée sur la poli­tique et l’économie, thèmes où les hommes sont en posi­tion de force.

Il y a une double ségré­ga­tion : d’abord ver­ti­cale, c’est le « pla­fond de verre » ou « plan­cher col­lant » qui empêche les femmes de mon­ter dans la hié­rar­chie ; ensuite hori­zon­tale, ce sont les domaines dans les­quels les femmes se retrouvent assi­gnées.

R .E. Ça change, quand même : la cam­pagne muni­ci­pale à Paris en est la preuve, avec trois femmes qui s’affrontaient.

Quand on parle des médias, on parle aus­si de la capa­ci­té à être audible, à pas­ser à l’antenne.

Par prin­cipe, je ne fais pas de la dis­cri­mi­na­tion posi­tive. Et quand on trouve des femmes douées, qui connaissent les codes de la com­mu­ni­ca­tion, qui prennent des risques et ne se limitent pas à  langue… alors on va les cher­cher autant que les hommes.

La ques­tion, c’est : est-ce qu’elles osent par­ler, prendre des risques ? Je me sou­viens qu’au début, les femmes poli­tiques qu’on invi­tait ne venaient que si elles consi­dé­raient qu’elles avaient quelque chose à dire…

Quand elles venaient, elles étaient très langue de bois, très dis­ci­pli­nées. Ce n’est pas un hasard si la pre­mière à avoir explo­sé média­ti­que­ment, c’est Ségo­lène Royal, qui accepte de prendre des risques.

Ça va avec la pari­té au gou­ver­ne­ment : si les femmes ministres osent assu­mer leur posi­tion de pou­voir, alors elles seront plus visibles.

Mais ça change, je m’aperçois par­fois qu’en une semaine, j’ai eu à deux ou trois reprises des femmes sur mes pla­teaux.

M. C.-G. Même quand les femmes ne sou­haitent pas mettre en avant le fait qu’elles sont des femmes, les médias les ramènent à leur condi­tion de femmes.

Ça passe par des choses ano­dines, par­fois. On les inter­roge en tant qu’épouse et mère, alors que les hommes ne sont jamais inter­ro­gés en tant qu’époux et père.

On men­tionne leur appa­rence phy­sique, leur robe, leur coupe de che­veux. On uti­lise le pré­nom : on parle de « Ségo­lène », du débat « Ségo/Sarko ». C’est sym­bo­lique : le pré­nom relève de l’espace per­son­nel, pri­vé ; dési­gner une femme par son pré­nom, c’est la ren­voyer à cette sphère.

Ensuite, il y a cette liste de sur­noms « typi­fiants » qu’on leur accole en per­ma­nence : « la pasio­na­ria », « l’égérie », « la madonne », « la Wal­ky­rie », « la muse»… On ramène les femmes poli­tiques à des types.

Enfin, il y a les adjec­tifs. On dira d’un homme poli­tique qu’il a du carac­tère, d’une femme poli­tique qu’elle a mau­vais carac­tère.  Un homme poli­tique est auto­nome, une femme poli­tique est incon­trô­lable – c’est ce qu’on dit sou­vent de Royal ou de Tau­bi­ra.

On dit que dans le Pan­théon grec, s’il y a beau­coup de déesses, le divin ne s’exprime qu’au mas­cu­lin. De même, il y a des femmes poli­tiques mais le poli­tique ne s’exprime qu’au mas­cu­lin.

Annette Young (pré­sen­ta­trice de The 51%, sur France 24). J’ai 51 ans, j’ai vu les choses beau­coup évo­luer au sein des rédac­tions depuis trente ans .

Quand j’ai démar­ré, j’ai com­men­cé dans l’équivalent du Monde en Aus­tra­lie : aucun rédac­teur en chef n’était une femme. Depuis, les chan­ge­ments  ont été spec­ta­cu­laires.

Mais une salle de rédac­tion reflète l’ensemble de la socié­té. Et jour­na­liste, c’est un métier où il faut dis­po­ser de temps, ce n’est pas facile de conci­lier vies per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle.

Il faut aus­si par­ler de l’aspect psy­cho­lo­gique : les hommes de ma géné­ra­tion s’identifient, fré­quentent, s’intéressent sur­tout aux autres hommes.

Nous sommes des êtres humains, empreints de sub­jec­ti­vi­té et façon­nés par notre milieu, notre édu­ca­tion.

Le cer­veau prend des rac­cour­cis pour se repé­rer dans le flux d’informations qui l’assaille : il juge­ra tou­jours un homme avec des che­veux gris plus cré­dible que moi, une femme brune. C’est ça, la grande injus­tice, et c’est ce qui est en train de chan­ger.

Thier­ry Thuillier (direc­teur des pro­grammes de France 2).  Mon chef de ser­vice quand j’ai com­men­cé, c’était Ruth Elkrief, sur TF1… Et à France télé­vi­sions, j’ai rem­pla­cé une femme [Arlette Cha­bot, ndlr].

Pour autant, c’est vrai qu’il y a un pro­blème pour les femmes au plus haut niveau de l’encadrement. J’ai nomme des femmes rédac­trices en chef (Agnès Vah­ra­mian, Agnès Ver­dier-Moli­nier). C’est la pre­mière fois qu’une femme est en charge du JT de 20 heures sur France 2. C’est dire si on était en retard, c’est spec­ta­cu­laire alors que ça ne devrait pas l’être.

On a pas mal fémi­ni­sé aus­si les édi­to­ria­listes, notre édi­to­ria­liste poli­tique est une femme. Ça n’a pas été si simple : pas mal de ces femmes ont eu un pre­mier réflexe de refus, trou­vant la fonc­tion très lourde, ne se sen­tant pas prête pour des rai­sons fami­liales. Pour la convaincre, j’ai dit à Agnès : « Moi aus­si, j’ai des enfants, moi aus­si, je veux ren­trer plus tôt du tra­vail pour m’en occu­per. »

On enclenche quelque chose. Il faut tra­cer la route, pour que les femmes prennent leur place. Je suis opti­miste : on a mis en place un baro­mètre en interne pour mesu­rer la place des témoins et experts femmes, quelque chose assez strict, mais un jour, il devien­dra inutile.

On a mis en place cet outil parce que si on se contente de dire « allez, il faut trou­ver des experts femmes, aller en région, chan­ger nos habi­tudes » tout le monde acquiesce, et puis tout le monde oublie.

On a donc fixé des objec­tifs et on fait des points tri­mes­triels avec les chefs. Il faut y aller à marche for­cée. Et je pré­cise qu’on n’a pas atten­du le CSA pour s’y mettre.

Don­na Tabe­rer (BBC). Dans notre rédac­tion, hommes et femmes sont à 50–50. Dans la hié­rar­chie, on a quelques direc­trices, mais la sous-repré­sen­ta­tion encore forte.

Récem­ment, une pro­po­si­tion de pro­mo­tion interne a été publiée, concer­nant quatre postes. Sur les dix-sept can­di­dats, un seul était une femme. Le res­pon­sable du recru­te­ment a refu­sé d’aller plus loin, et a recom­men­cé la pro­cé­dure. Fina­le­ment, deux femmes ont été prises.

Mais ce n’est pas for­cé­ment un pro­blème de sexisme, plu­tôt le signe que les femmes n’osent pas.

M. C.-G. Une étude réa­li­sée au niveau euro­péen montre que lorsqu’on on monte, le rap­port femmes-hommes passe de 50%-50% à 70%-30% pour la hié­rar­chie inter­mé­diaire et 10%-90% pour le top mana­ge­ment.

R. E. A BFM-TV, on est obli­gés de faire atten­tion à prendre des hommes pour les postes de base… Mais ce sont plu­tôt des hommes qui sont les patrons, c’est clair. Et les der­nières nomi­na­tions ont été des hommes.

La ques­tion, c’est la stra­té­gie de pou­voir des femmes. J’étais le chef de Thier­ry Thuillier au début de sa car­rière, et main­te­nant il est à un poste plus haut dans la hié­rar­chie.

Je n’ai pas aimé être chef, j’étais dans un rap­port plus hédo­niste à mon métier : je vou­lais me faire plai­sir. Je ne me suis pas pro­je­tée dans une situa­tion de pou­voir. C’est pour­tant ce qu’il faut faire pour l’atteindre et y res­ter.

Il faut convaincre les femmes qu’elles peuvent avoir le pou­voir, et conti­nuer à avoir une vie per­son­nelle.

Il y a eu une époque de rêve, c’était avec Michèle Cot­ta, à TF1 ou France Télé­vi­sions. Ses chefs de ser­vice étaient pour moi­tié des femmes.

A. Y. Il faut faire du réseau­tage, pro­fi­ter des rela­tions. Les femmes s’en veulent sou­vent de ne pas être assez dures, elles sont dans l’autoflagellation, elles pensent man­quer de contacts. Par­fois, il faut s’en prendre à nous-mêmes.

La démo­gra­phie change :en Grande-Bre­tagne aujourd’hui, beau­coup de qua­ran­te­naires ne sont pas mères. Elles s’absentent moins du lieu de tra­vail et pour­ront être prises pour des postes à res­pon­sa­bi­li­té. Elles seront un vrai che­val de Troie, ce sera déter­mi­nant pour la suite, pour la capa­ci­té des femmes à s’affirmer.

Ségo­lène Hano­taux (col­lec­tif Pre­nons la une).  Avec 50% de femmes jour­na­listes dans les rédac­tions, pour­quoi a-t-on 20% d’interviewées seule­ment ?

M. C.-G. Pen­dant long­temps, le fait que le jour­na­liste soit une femme n’avait pas d’impact dans le choix des per­sonnes inter­viewées. Mais récem­ment, on a vu un inflé­chis­se­ment dans les études : les femmes jour­na­listes com­mencent à avoir davan­tage ten­dance à inter­vie­wer des femmes.

C’est le signe que la ques­tion des rap­ports hommes/femmes a été conscien­ti­sée : on sait qu’il ne suf­fit pas d’être une femme pour être fémi­niste.

T. T. Il y aus­si des contraintes de temps qui expliquent ce confor­misme : pour aller vite, on prend tou­jours les mêmes, des hommes. Du coup, à France Télé­vi­sions, on a tra­vaillé sur un guide des expertes, qui contient  400 noms de femmes experts à dis­po­si­tion des rédac­tions, avec leur numé­ro de por­table et leur adresse e-mail. On l’a par­ta­gé avec les autres rédac­tions du groupe.

Ce guide est uti­li­sé, au moins par une par­tie des jour­na­listes : le com­bat contre le confor­misme, c’est quelque chose qui doit être quo­ti­dien.

On a orga­ni­sé des for­ma­tions pour la hié­rar­chie, pour que cette ambi­tion-là soit dif­fu­sée. Au début, on a eu beau­coup de mal à faire venir les hommes pour suivre ces ses­sions.

Mais si on ne fait pas tout ça, on devra pas­ser par la loi, la contrainte, les quo­tas. Je pré­fère que ce soit nous qui nous pre­nions en main.

D. T. Nous avons lan­cé le pro­gramme Expert Women de la BBC Aca­de­my parce que nous avions les mêmes chiffres que vous, le pla­fond de 20%. Main­te­nant, on en est à trois hommes pour une femme [soit 25% de femmes, ndlr], c’est la preuve que ça peut chan­ger.

On a lan­cé une chaîne You­Tube, un espace sur Lin­ke­dIn, on a édi­té des bases de don­nées, fait des cours solides et appro­fon­dis et oui, on a fait  un peu de dis­cri­mi­na­tion posi­tive.

Sur les 364 expertes for­mées à la BBC Aca­de­my, 74 ont per­cé, et sont appa­rus dans des cen­taines de repor­tages.

On leur a deman­dé ce qui se pas­sait quand un jour­na­liste les appe­lait avant qu’elles suivent cette for­ma­tion. Beau­coup refu­saient, ren­voyaient vers un homme, même s’il était moins expé­ri­men­té. Il y a ce syn­drome de l’usurpatrice, cette idée qu’un homme sera tou­jours meilleur qu’elles.

Pour moi, les quo­tas ne fonc­tionnent pas : il faut que les femmes expertes se fassent valoir elles-mêmes et feront de même.

T. T. A l’université France Télé­vi­sions, on forme les chefs, mais pas les expertes.

S. H. Est-ce que les gens du ser­vice des sports y vont ?

T. T. Le ser­vice des sports n’est pas sous ma res­pon­sa­bi­li­té, mais je vois très bien à quoi à faire illu­sion…

R. E. J’ai sou­vent l’impression que les femmes se disent : « Je suis une élève appli­quée, je fais bien mon tra­vail, je n’ai pas besoin de pas­ser à la télé. » Et ben si. Les médias struc­turent le monde, et vous pou­vez avoir du pou­voir.

De mon côté, je me gen­darme, je me police, je dis : « Ça fait quinze jours qu’il n’y a pas assez de femmes, c’est pas pos­sible. »

C’est plus simple d’appeler les mêmes mecs : ils sont bons, il savent qu’il faut être clair, pas trop long. Sur une chaîne info, vous devez être per­cu­tant, vous devez aller vite. Je suis exi­geante, sévère, par­fois injuste. Je vou­drais avoir davan­tage d’expertes dans cer­tains domaines, mais je ne les trouve pas assez bonnes.

C’est pour ça que BBC Aca­de­my très bonne idée.

A. Y. Il y a un autre blo­cage : la volon­té d’être aimé. Pour une femme, ça veut dire ne pas paraître comme auto­ri­taire ou mal­po­lie. On voit qu’on demande tout et son contraire aux femmes…

Comme pré­sen­ta­trice, c’est très dur de trou­ver des femmes à Paris qui parlent assez bien anglais et qui se sentent suf­fi­sam­ment en confiance pour pas­ser dans mon émis­sion sur France 24.

Et je me rends compte qu’il faut avoir un enca­dre­ment qui pense ces ques­tions-là,  qui est conscient du pro­blème et s’en occupe concrè­te­ment. La volon­té doit venir d’eux. A France 24, on dif­fuse 24h/24, c’est comme une grosse mois­son­neuse bat­teuse, on ne sait pas ce qu’on va dif­fu­ser dans une heure, on ne peut pas pen­ser à long terme ?

Du coup, je me demande s’il ne faut pas une obli­ga­tion légale pour for­cer les mana­gers.

A. H. En France, elle existe en par­tie, d’ailleurs l’objectif du CSA est d’arriver à 30% d’expertes à la fin de l’année, on ver­ra s’il déclenche les sanc­tions.

D. T. Je pense que les objec­tifs internes sont meilleurs que les quo­tas. A la BBC, la poli­tique c’est d’avoir au moins un femme dans chaque sta­tion locale et une femme dans chaque émis­sion de diver­tis­se­ment. C’est l’affaire de tous, des sala­riés lamb­das au grand patron.

Mais il faut arrê­ter de dire que c’est dur, sinon c’est uti­li­sé comme excuse. On est 52%, ce n’est pas si dif­fi­cile.

T.  T. Le PDG de France TV a deman­dé qu’il y ait au moins une femme can­di­date quand un poste de direc­tion est ouvert au recru­te­ment. Moi aus­si, je pré­fère que l’ensemble de l’entreprise s’engage.

M. C.-G. D’accord, mais on peut trou­ver que ça ne va pas très vite. On a hur­lé quand la pari­té a été ins­tau­rée en poli­tique ; pour­tant, aujourd’hui, per­sonne ne pro­pose de la sup­pri­mer, et ça a per­mis aux choses de bou­ger. Il ne faut pas être sys­té­ma­ti­que­ment oppo­sé à des quo­tas.

R. E. Pour moi, la sen­si­bi­li­sa­tion est en train de fonc­tion­ner. Quand il y a une femme patronne dans une rédac­tion, elle donne envie, et elle sert de modèle. La com­pé­tence est impor­tante, mais avoir des femmes à la tête des médias est impor­tant pour les sala­riées.

Je me sou­vient d’une phrase du juge Marc Tré­vi­dic, qui me rap­pe­lait que les femmes sont désor­mais ultra majo­ri­taires dans la magis­tra­ture. « Bien­tôt il n’y aura plus que des femmes magis­trats, donc bien­tôt il y aura des femmes aux postes plus pres­ti­gieux, c’est inévi­table. » C’est la même chose pour les rédac­tions.

Après, le pou­voir réel, ce n’est pas for­cé­ment dans un comi­té de direc­tion pari­taire qu’il s’exerce. Par­fois, c’est dans une dis­cus­sion entre mecs dans un bureau fer­mé, avec un homme poli­tique au télé­phone. Je l’ai vécu, et c’est pour ça que je n’ai pas aimé être chef.

Les hommes sont pro­gram­més dès le plus jeune âge puis au fil de leurs études à se voir à un haut niveau de pou­voir.

Mais je ne suis pas favo­rable à une loi, en tout cas pas tout de suite. Lais­sons sa chance à la sen­si­bi­li­sa­tion. Peut-être que dans cinq ans, j’aurai un autre avis.

D. F. Si on regarde l’évolution entre 2013 et 2014, on voit qu’elle est posi­tive : on est pas­sés de 18,9% à 20,1% de femmes par­mi les inter­viewés pour les chaines géné­ra­listes. Pour les chaînes info, il y a stag­na­tion. A la radio, on passe de 16,5% à 17,7%. RTL est en baisse, Europe 1 en hausse de 5 points.

R. E. Pour les invi­tés poli­tiques, c’est plus facile, grâce à la pari­té. Mais il y a des domaines où on y arrive pas.

Au pas­sage, rap­pe­lons que les dis­cri­mi­na­tions qui touchent les entre­prises touchent aus­si les entre­prises de presse : les femmes repré­sentent 54% des CDD et 58% des pigistes, par exemple. […]

Je vou­drais reve­nir sur une chose : quand j’ai Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet en pla­teau et que je lui dis : « Vous avez chan­gé de coif­fure », je ne consi­dère pas que c’est du sexisme.

M. C.-G. Il faut que vous posiez la même ques­tion à Mon­te­bourg…

R. E. Quand j’ai reçu Bru­no Lemaire, je lui en par­lé de sa che­mise, qu’il porte ouverte plus sou­vent depuis qu’il est can­di­dat à la pré­si­dence de l’UMP, pour faire plus jeune. C’est aus­si une ana­lyse de leur com”.

Dans le public. Avoir plus de femmes jour­na­listes, est-ce que ça change quelque chose au jour­na­lisme lui-même ?

T. T.  Sur les ter­rains dan­ge­reux, les femmes sont un peu plus déter­mi­nées et cou­ra­geuses. Mais sinon, je ne vois pas de chan­ge­ment.

R. E. Je ne pense pas qu’il y ait un œil fémi­nin sur l’information. Il peut y avoir des approches dif­fé­rentes ponc­tuel­le­ment. Ça me ras­su­re­rait qu’il n’y ait pas de géné­ra­li­sa­tion. Il y a une for­ma­tion, un pro­fes­sion­na­lisme qui peut se retrou­ver chez les hommes et chez les femmes.

D. T.  Si on ne reflète pas la diver­si­té de l’audience, on perd en audience. Pour la BBC, il ne s’agissait pas que d’avoir plus des femmes, mais aus­si d’avoir de nou­veaux sujets, des sujets appor­tés par expertes femmes.

Du coup, on a orga­ni­sé des ren­contres entre jour­na­listes et expertes, et on a don­né le numé­ro de télé­phone des pre­miers aux secondes. Et ça a chan­gé le conte­nu des infor­ma­tions.

Dans le public. On n’a pas par­lé de l’écart de rému­né­ra­tion, qui aug­mente quand on monte dans la hié­rar­chie…

R. E. C’est la même chose dans les médias que dans le reste des entre­prises. Là, on rentre dans le dur.

M. C.-G. Les femmes négo­cient moins leur salaire que les hommes, elles vont moins sou­vent voir leur supé­rieur hié­rar­chique. Aux futures jour­na­listes dans la salle, je dis : « Il faut aller négo­cier votre salaire. » Les femmes pensent sou­vent qu’elles doivent être recon­nues d’elles-mêmes.

Une interview à la radio, c’est facile à filmer. Illustrer un journal entier, c’est plus dur”

Dif­fu­sé mar­di sur France Inter, le billet de Fran­çois Rol­lin sur la géné­ra­li­sa­tion des camé­ras dans les stu­dios radio était bien trous­sé et il a flat­té le nos­tal­gique de l’analogique qui som­meille en cha­cun de nous.

Le billet de François Rollin : « La radio, c’est la radio »

Le billet d’humeur de Fran­çois Rol­lin dans le 7/9, l’invité était Alain Juppe (8h55 – 14 Octobre 2014) Retrou­vez tous les billets de Fran­çois Rol­lin sur www.franceinter.fr

Pour­tant, à en croire les inter­ve­nants de l’atelier « Radio : micro ou vidéo ?» aux Assises du jour­na­lisme ven­dre­di à Metz, les équipes des grandes sta­tions se mettent plu­tôt de bonne grâce à la vidéo, qu’il s’agisse de fil­mer les échanges en stu­dio ou de rame­ner des séquences prises en repor­tage.  Ma syn­thèse des échanges.

Fré­dé­ric Witt­ner (France Info). Ce que dit Fran­çois Rol­lin, je l’ai beau­coup enten­du. Ça nous pose des ques­tions, for­cé­ment : quels moyens on met, en termes de lumière ou de cadrage ? Est-ce qu’on met en péril le « mys­tère de la radio » dont les gens parlent tant ? Est-ce qu’il faut tout fil­mer ?

Maude Des­camps (Europe 1). Sur Europe 1, la mon­tée en puis­sance de la vidéo s’est bien pas­sée. On a com­men­cé à fil­mer ce qui se passe en stu­dio en 2007, et ça s’est géné­ra­li­sé en 2012. Les jour­na­listes ont désor­mais l’habitude.

C’est vrai que les cadrages sont tout pour­ris par­fois, mais on s’efforce d’éviter ça : il y a désor­mais une vraie régie vidéo, avec des réa­li­sa­teurs, et pas seule­ment des camé­ras auto­ma­tiques.

On cherche à mettre en scène les cou­lisses, à illus­trer la « magie de la radio ». Il ne s’agit pas seule­ment de regar­der pour écou­ter, mais aus­si d’emmener dans les gens dans l’univers d’Europe 1. Ça leur plait beau­coup.

Devant le micro, la façon de tra­vailler n’a pas chan­gé. Cer­tains pré­sen­ta­teurs en jouent, par exemple en mon­trant une feuille à la camé­ra pen­dant la revue de presse. Mais ça ne se fait pas au détri­ment de l’auditeur, ça va enri­chir l’émission.

Claire Hazan (Europe 1). Les réa­li­sa­teurs sont plu­tôt deman­deurs, ils viennent me voir en deman­dant : « Nous, on n’est pas fil­més, com­ment on peut faire ?»

Nico­las Gré­bert (RMC). Côté RMC, ça s’est plu­tôt bien pas­sé. Mais on est dans un cas de figure dif­fé­rent, parce que des émis­sions de la radio sont aus­si dif­fu­sées à la télé : la mati­nale de Jean-Jacques Bour­din est en par­tie sur RMC Décou­verte et en par­tie sur BFM-TV. Du coup, on a les moyens de la télé­vi­sion : du maquillage, des camé­ras…

Mettre une image sur des visages, c’est vrai que c’est curieux pour un amou­reux de la radio. Mais si on peut regar­der la télé sans le son, on ne peut pas le faire avec la radio fil­mée.

Alain Vic­ci (Lor’FM). Les équipes sont tota­le­ment impli­quées, elles se sont empa­ré de la vidéo. On ne dif­fuse pas toute la jour­née, on le fait pour des show­cases et les émis­sions de talk show. Les ani­ma­teurs et les jour­na­listes ne se sentent pas déran­gés dans leur vie per­son­nelle ou dans leur métier. Ils conti­nuent à faire de la radio et ne se sentent pas « à la télé­vi­sion ».

F. W. Je suis très atta­ché au terme « radio visuelle ». On peut tou­jours écou­ter sans voir, on n’impose à per­sonne de regar­der les images. Sur le site, on peut se bran­cher sur le direct radio ou le direct vidéo, au choix. On ne péna­lise pas l’écoute radio.

Le terme « radio fil­mée » est très réduc­teur. Il ne s’agit pas de faire de la vidéo ou de la sous-télé. Ce que je veux faire sur France Info, et ça n’existe pas encore, c’est de la radio visuelle.

Il ne s’agit pas de fil­mer le stu­dio et ce qu’il s’y passe : pour quelques moments inté­res­sants, il y a plein de moments où la plus-value n’est pas évi­dente.

Il faut pro­po­ser une offre visuelle dans laquelle il y a de la vidéo, mais pas seule­ment. On est en train de faire du mul­ti­mé­dia, on va agré­ger dans une offre visuelle tout ce qui apporte une plus-value à l’offre radio. Ça peut être une info­gra­phie, une pho­to, un texte, une info de  der­nière minute…

N. G.  Le talk, c’est ce qu’il y a de plus simple à fil­mer : une inter­view, c’est simple en images. Illus­trer des jour­naux entiers, c’est bien dif­fé­rent.

Jean-Jacques Bour­din est seul dans le stu­dio pour faire l’interview poli­tique, il y a une mise en scène pré­vue pour la télé mais elle ren­force l’intensité des échanges, et la radio en pro­fite aus­si.

Didier Siam­mour (jour­na­liste et chro­ni­queur). Fil­mer la radio, ça per­met d’aller cher­cher un public qui aurait ten­dance à la délais­ser ?

C. H. C’est vrai qu’un son est beau­coup moins consul­té en ligne qu’une vidéo. Ça nous per­met d’aller cher­cher des jeunes sur You­Tube ou Dai­ly­mo­tion. Par exemple, la vidéo de Xavier Nolan s’exprimant sur le mariage gay a beau­coup cir­cu­lé , pas sûr que ç’aurait été le cas avec le son seule­ment.

F. W. Les radios sont toutes confron­tées au vieillis­se­ment de leur audi­toire. Il faut convaincre les plus jeunes de venir.

N. G. Il n’y a pas de volon­té de faire du buzz pour obte­nir des vidéos virales. On tra­vaille de la même manière. On fait essen­tiel­le­ment de la radio.

Après, on voit que les chaînes d’info gri­gnotent de l’audience, notam­ment le matin, il faut en être conscients. Un son ne s’écoute pas, ou peu, sur le Web. Il faut une image, l’information s’y regarde. On peut perdre le moins pos­sible d’auditeurs en inté­grant ça.

F. W. On sait que si on a un très bon son, il faut lui col­ler une image pré­texte pour en faire une vidéo afin qu’il cir­cule, ça mar­che­ra mieux comme ça.

D. S. A. La radio en vidéo, ça donne aus­si par­fois une « télé du pauvre », non ? Sou­vent, le sys­tème est entiè­re­ment auto­ma­tique, la camé­ra se déclenche quand le micro de la per­sonne devant est ouvert…

C. H. C’est vrai que l’investissement de départ est impor­tant. A Europe 1, il y a au mini­mum quatre camé­ras par stu­dio. Mais on n’a pas envie d’aller plus loin, on ne veut pas refaire un pla­teau télé et gar­der l’esprit « radio ».

M. D. On adapte la façon de fil­mer au for­mat de l’émission. Pour l’émission de Wen­dy Bou­chard, à la mi-jour­née, on va la voir se dépla­cer, inter­ro­ger des gens dans le public. Mais pour la mati­nale, au moment où les gens se réveillent avec nous, ce sera quelque chose de plus calme, comme un cocon.

F. W. Sur le ter­rain, on demande déjà aux repor­ters de rame­ner de quoi illus­trer les conte­nus sur le site Web. Quand Etienne Monin en Syrie, on peut illus­trer son témoi­gnage par des pho­tos et de la vidéo.

Mais on ne va pas en deman­der plus à nos repor­ters. L’idée, ce n’est pas de mul­ti­plier les vidéos, mais de se mettre à la place des « audio­nautes », et se dire : qu’est-ce qu’ils attendent de nous ?

La pro­messe de France info en radio, elle est claire : en se bran­chant on est sûr d’avoir dans les minutes qui suivent un round up com­plet de l’actualité.

Mais sur un player vidéo, ils attendent quoi de nous ? La réponse, c’est mon­trer ce qui se passe dans le stu­dio, mon­trer la carte du pays évo­qué, mon­trer les der­nières actus du jour, faire défi­ler une alerte info…

Après, il y a la ques­tion des moyens. Je tra­vaille à la Mai­son de la radio, et il n’y a pas de stu­dio télé. On fait avec les locaux exis­tants, qu’on essaie de rendre com­pa­tibles avec la cap­ta­tion vidéo. D’où les insa­tis­fac­tions légi­times de Fran­çois Rol­lin.

On parle de com­pé­tences qui n’existent pas en interne. On fait appel à des pres­ta­taires exté­rieurs, ça coûte cher, on ne peut pas les faire venir tous les mois.

Mais on n’arrivera jamais à avoir une image aus­si bonne qu’à la télé, et ce n’est pas le but.

D. S. A. Quand on bosse pour le groupe Next Radio [qui regroupe RMC, BFM, 01Net…, ndlr], on doit faire des arbi­trages entre faire des images, prendre du son, écrire un texte ?

N. G. C’est la vraie ques­tion. Pour le sport, il y a eu la créa­tion d’une agence char­gée d’alimenter tous les sup­ports.  Mais du côté de la rédac­tion « IG » [infor­ma­tions géné­rales, ndlr], on conti­nue à faire de la radio.

Com­ment on pré­sente un jour­nal radio à la télé ? Contrai­re­ment à la mati­nale de Jean-Jacques Bour­din, on n’a pas une très bonne qua­li­té de vidéo.

Et sur le ter­rain, est-ce que le jour­na­liste doit par­tir avec un Nagra [enre­gis­treur son, ndlr] et un JRI [jour­na­liste repor­ter d’images, ndlr] ? Ou alors avec un Nagra et une camé­ra ?

On sait que le son en télé est géné­ra­le­ment moins bon, parce qu’avec de l’image ça passe quand même, alors qu’on ne pour­rait pas s’en conten­ter en radio.

M. D. A Europe 1, la rédac­tion web et rédac­tion radio ne font qu’un, même s’il y a des jour­na­listes web et des jour­na­listes radio. Ils sont répar­tis dans les ser­vices et tra­vaillent autour de la même table.

Il y a fusion même s’ils ne tra­vaillent pas sur le même sup­port. Et une forme de mutua­li­sa­tion. Par exemple, un jour­na­liste web va pas­ser des coups de fils « en cabine » pour enre­gis­trer le son. Mais il ne va pas for­cé­ment mon­ter le sujet com­plet. De même,  un jour­na­liste radio peut écrire des brèves pour le site. Le tout sur la base du volon­ta­riat.

Tous les repor­ters sont équi­pés d’un iPhone et inci­tés à fil­mer pour appor­ter un plus. Au moment de la dif­fu­sion, cer­tains moments ne seront pas dans le repor­tage radio, trop court. On va s’en ser­vir pour la ver­sion web, qui ne sera pas une simple reprise de la ver­sion radio avec des images. On aura un vrai plus par rap­port au pro­duit dif­fu­sé à l’antenne.

D. S. A. Avec un jour­na­lisme aus­si mul­ti­tâche, il n’y a pas un risque d’appauvrissement d’une forme ou d’une autre ?

F. W. A France Info, on ne demande pas aux gens d’être mul­ti­tâche. Sur cer­tains repor­tages, le jour­na­liste radio part seul, et peut four­nir une pho­to, pos­tée ensuite sur le site par quelqu’un d’autre. Ça se limite à ça : l’envoi, quand c’est pos­sible – et uni­que­ment quand c’est pos­sible – d’une pho­to.

A côté, on a des tech­ni­ciens de repor­tage qui ont com­pris que leur métier évo­luait et ris­quait de dis­pa­raître. Plu­sieurs ont deman­dé à se for­mer à la pho­to, puis la vidéo. On l’a fait, et on les a équi­pés.

N. G. La for­ma­tion est un point impor­tant : par exemple, des jour­na­listes nous demandent de suivre des for­ma­tions pour apprendre à inter­ve­nir en pla­teau, par exemple.

Ce n’est pas for­cé­ment un appau­vris­se­ment. Un jour­na­liste de RMC par­ti sur une bonne his­toire peut être appe­lé par BFM-TV, qui a enten­du son sujet et veut le faire inter­ve­nir. De plus en plus sou­vent, il est capable de répondre à cette demande. Même chose dans le sens inverse.

F. W. Ça vient des repor­ters eux-mêmes, ils ont com­pris l’intérêt du public. Si l’interview en vidéo, ils savent qu’elle a plus de chances d’exister. Pas besoin que je vienne leur dire « tu sais, tu devrais tra­vailler sur le Web ». Ce n’est pas seule­ment inquié­tant, c’est aus­si un enri­chis­se­ment.

D. S. A. Fil­mer la radio, ça per­met aus­si de déga­ger des reve­nus sup­plé­men­taires ?

C. H. Les pubs pre-roll [spots qui se déclenchent avant le vision­nage d’une vidéo sur le Web, ndlr] sont ven­dus trois à quatre fois plus chers que les for­mats web clas­siques.

Ça per­met à Europe 1 de se pla­cer sur un mar­ché pub dif­fé­rent, en évi­tant de jouer dans la même cour que Le Monde ou Le Figa­ro, qui sont en posi­tion de force, mais de se retrou­ver avec des acteurs comme Canal +.

F. W. Je n’ai pas d’éléments chif­frés, mais on a aus­si pre-roll, qui génére reve­nus sup­plé­men­taires.

A. V. Moi, j’ai remar­qué qu’un jeune qui regarde un article, il le zappe en quelques secondes. Alors quand je vois des pre-roll qui durent vingt secondes… Du coup, j’ai déci­dé de ne pas ajou­ter ces pubs sur les vidéos Lor’FM.

C. H. On a 7 à 10 mil­lions de vidéos vues chaque mois, dont 40% direc­te­ment sur Dai­ly­mo­tion et 60% sur le site d’Europe 1.

A. V. A Lor’FM, , depuis qu’on dif­fuse de la vidéo, on a 20% d’internautes exté­rieurs à notre région.

D. S. A. Est-ce qu’il n’y a pas un risque de « sta­ri­sa­tion » ? Les radios peuvent être ten­tées d’embaucher des per­son­na­li­tés fortes pour incar­ner l’antenne…

N. G. Evi­dem­ment, la per­son­na­li­sa­tion est accen­tuée dans le cas de Jean-Jacques Bour­din, mais non, on ne va pas choi­sir ani­ma­teur parce qu’il passe bien à la télé.

F. W. Sur France Info, on a long­temps consi­dé­ré que la star, c’était l’info, et peu importe qui la déli­vrait. Ça a chan­gé, on incarne un peu plus les dif­fé­rentes tranches, mais les per­son­na­li­tés ne sont pas choi­sies selon leur pro­fil télé­vi­suel.

D. S. A. C’est quoi, fina­le­ment, l’avenir de la radio ?

F. W. Je ne sais pas de quoi est fait l’avenir de la radio, mais en tout cas l’image y joue­ra un rôle. Les nou­veaux usages ne vont pas dis­pa­raître, mais la radio qu’on a connu depuis des décen­nies ne va pas dis­pa­raître non plus.

La vraie ques­tion, c’est : est-ce qu’on est pas en train d’uniformiser les médias ? Sur le Web, les radios, les télés, les pure player… font un peu les mêmes choses, en tout cas ils se servent des mêmes outils.

M. D. Ce qui est en jeu, ce n’est pas l’avenir de radio, plu­tôt l’avenir du Web. La radio res­te­ra la radio.

N. G. On va vers des conver­gences de médias, en tout cas c’est ce qu’on pense à RMC. Mais je n’ai pas trop de crainte pour la radio à l’ancienne.

Journalistes, occupez-vous des marques ou elles s’occuperont de vous”

Par­mi les ren­contres pro­po­sées ce ven­dre­di aux Assises du jour­na­lisme, à Metz, pas mal de confé­rences assez plan-plan, mais des bonnes sur­prises, comme l’atelier « Espoirs et craintes du brand content ». « Jour­na­leux » et « pubeux » y ont échan­gé autour de ce nou­veau concept qui sus­cite extase autant qu’effroi.

Je vous ai pré­pa­ré une syn­thèse des échanges, mais pour ceux qui n’ont pas tout sui­vi, deux défi­ni­tions préa­lables :

      • le brand content ou « conte­nu de marques », soit des articles, vidéos, info­gra­phies… réa­li­sées par les marques en com­plé­ment ou en rem­pla­ce­ment d’une cam­pagne publi­ci­taire tra­di­tion­nelle. Par exemple, Red Bull édite son propre maga­zine consa­cré (notam­ment) aux sports extrêmes, The Red Bul­le­tin.
Exemple de “native advertising“ sur Quartz.
Exemple de “native adver­ti­sing“ sur Quartz.
      • le native adver­ti­sing est une des moda­li­tés du brand content. Ce sont des publi­ci­tés qui adoptent une pré­sen­ta­tion proche, voire très proche, de celle des articles pro­duits par la rédac­tion. Ces conte­nus peuvent être pro­duits par  l’annonceur ou par le média lui-même (dans sa rédac­tion ou dans un ser­vice dédié). Par­mi les articles publiés sur le site d’actualité éco­no­mique Quartz – lan­cé par le groupe qui édite le men­suel The Atlan­tic –, cer­tains sont ain­si payés par des marques.

L’excellent John Oli­ver explique très bien dans cette vidéo ce que la rapide mon­tée en puis­sance du native adver­ti­sing a d’inquiétant.

Last Week Tonight with John Oliver : Native Advertising (HBO)

The line bet­ween edi­to­rial content and adver­ti­sing in news media is blur­rier and blur­rier. That’s not bull­shit. It’s repur­po­sed bovine waste.

Main­te­nant, place aux extraits du débat.

Amau­ry de Roche­gonde (Stra­té­gies). Le patron de Forbes pré­tend avoir sau­vé ce maga­zine de la faillite grâce au native aver­ti­sing.

Pour d’autres, y com­pris par­mi les publi­ci­taires, on est dans un mélange des genres qui risque de bous­cu­ler le « contrat de confiance » entre le lec­teur et son média, comme l’a expli­qué le patron d’Havas, Yan­nick Bol­lo­ré.

L’essayiste Jean-Claude Guille­baud estime lui que Forbes s’est sau­vé « au prix du jour­na­lisme », que ce der­nier a été sacri­fié dans l’opération.

Mais d’autres encore y voient une chance extra­or­di­naire :  le native adver­ti­sing intègre la publi­ci­té de façon plus habile dans le corps édi­to­rial ; la demande de rédac­teurs aug­mente, le jour­na­liste peut  trou­ver sa place dans ce sys­tème.

Benoit Cam­pagne  (L’Express/Votre argent). La banque en ligne Bfor­Bank a ouvert il y a trois ans, un espace « Mon argent m’intéresse » sur notre site. La rédac­tion en chef négo­cie, ou plu­tôt dis­cute avec l’annonceur pour savoir quels conte­nus, liés à l’activité de l’annonceur, vont être publiés dans cet espace.

Je peux mettre mon veto. Dès le départ, j’ai refu­sé qu’on y mette des articles trop spé­ci­fiques, par exemple sur des pro­duits que cette banque peut vendre. Cette règle a été res­pec­tée depuis.

A de R. Les conte­nus sont signés « Caro­line de Franc­que­ville, rédac­tion Bfor­bank », mais il n’a y a pas de men­tion « publi­ci­té ». Ce n’est pas une obli­ga­tion légale ?

Sté­phane Mar­tin (Auto­ri­té de régu­la­tion pro­fes­sion­nelle d ela publi­ci­té, ARPP , ex-BVP). Ce genre de men­tions est l’un des cri­tères, mais ce n’est pas le seul. On doit pou­voir iden­ti­fier qui parle, si le conte­nu a un  carac­tère publi­ci­taire. Est-ce que la mise en page est dif­fé­rente du reste du site ?

Il faut avoir en tête ces bonnes pra­tiques, la caté­go­rie du conte­nu doit être immé­dia­te­ment iden­ti­fiable.

A. de R. Mais ces articles peuvent être par­ta­gés sur les réseaux sociaux, où ils appa­raissent comme du conte­nu « L’Express/Votre argent ». On brouille les repères, une lec­teur pres­sé peut pen­ser que c’est un conte­nu de la rédac­tion. Les annon­ceurs pro­fitent de cette ambi­guï­té ?

S. M. Il ne faut pas « rogner » la signa­ture de la marque. Mais aujourd’hui, les annon­ceurs ont besoin de prendre la parole sur tous les canaux, et ce de plus en plus sou­vent. Il y a donc des risques, ça néces­site du contrôle, des vali­da­tions, c’est un métier.

Charles Def­fon­taines (Adyou­like). Il y a une demande des marques de cher­cher de l’engagement avec les uti­li­sa­teurs. « Ren­trer » vers le conte­nu est le meilleur moyen d’en créer, plu­tôt que de dif­fu­ser autour des pavés, des ban­nières et d’autres for­mats clas­siques, qui touchent peu la nou­velle géné­ra­tion de consom­ma­teurs.

Notre logique, c’est d’être le plus trans­pa­rent pos­sible, pas de ber­ner le consom­ma­teur. Nous pro­po­sons deux types de men­tions, selon le conte­nu :

      • Une de type édi­to­rial : « publi-com­mu­ni­qué », « actu de marque », « publi­ci­té»…
      • Une autre liée à la cam­pagne : « pro­po­sé par », « sug­gé­ré par », « spon­so­ri­sé par » selon les cas.

Charles Gros (Tra­de­lab). Le sec­teur est en pleine évo­lu­tion. Pre­nez le « retar­ge­ting », cette pra­tique qui consiste à vous mon­trer sur un site une publi­ci­té pour un pro­duit que vous avez vu sur un autre site [par exemple, un livre que vous avez failli ache­ter sur le site de la Fnac et que vous allez revoir dans une pub d’un site d’actu, ndlr].

C’est énor­mé­ment uti­li­sé, ça fonc­tionne, mais après réflexion c’est aujourd’hui mas­si­ve­ment reje­té : l’apport réel n’est pas évident, la cible n’est pas assez connue. Et puis une mau­vaise dif­fu­sion a pu détruire de la valeur pour l’annonceur.

Le native adver­ti­sing est une solu­tion inté­res­sante, parce qu’il passe par un retour aux fon­da­men­taux : « Qui je touche avec cette cam­pagne ?» Avec quel mes­sage ?»

Dans le même temps, il y a de nou­veaux sys­tèmes d’achat, comme le real time bid­ding [des sys­tèmes com­plexes d’enchères en temps réel pour les espaces pub dis­po­nibles, ndlr].

On est dans un monde de cookies, de fin­ger­prin­ting, où l’on connaît fine­ment le pro­fil de l’internaute. Les vieux, ça peut leur faire peur, mais les jeunes sont très deman­deurs : ils pré­fèrent avoir une publi­ci­té ciblée, avec la bonne « créa » dif­fu­sée au bon moment.

Pour moi, ces évo­lu­tions sont posi­tives. Le but n’est pas de biai­ser, et puis si le conte­nu est impac­tant, inno­vant, moi je trouve ça très bien.

A de R. Est-ce que ça va de pair avec la mon­tée de ce qu’on appelle le « web de l’attention » ? L’idée est que l’annonceur paie en fonc­tion du temps pas­sé par l’internaute devant la publi­ci­té, et plus seule­ment du nombre d’affichages ou de clics…

C. D. Oui, tout ça va reva­lo­ri­ser le contexte dans lequel la publi­ci­té est affi­chée. Si le conte­nu de marque cor­res­pond à la même typo­lo­gie que l’éditeur, l’impact est plus fort : par exemple, un article sport en lien avec l’activité de la marque au milieu de la rubrique sport.

Des KPI [key per­for­mance indi­ca­tors, soit les don­nées qu’on ana­lyse pour savoir si une cam­pagne a bien mar­ché, ndlr] comme le temps pas­sé ou le nombre de par­tages s’en trouvent reva­lo­ri­sés.

A. de R. Chez Adyou­like, les publi­re­por­tages sont faits par qui ?

C. D. Ce sont des conte­nus écrits par des rédac­teurs, et pas des jour­na­listes.

Cyrille Franck (Media­cul­ture). Dans ce débat, j’ai une posi­tion inter­mé­diaire entre les églises et  l’Etat. Le conte­nu de marque est inté­res­sant, mais il risque d’abîmer la marque… du média qui le publie.

Il y a des annon­ceurs pour qui c’est com­pli­qué à ima­gi­ner – si Are­va veut faire du native ad sur l’environnement, ça me pose des ques­tions. Et il y a des sujets sur les­quels c’est com­pli­qué à ima­gi­ner.

On le voit avec l’exemple de L’Express/Votre argent : il faut que le jour­na­liste ait le final cut. Mais au-delà, il faut aus­si savoir qui apporte le sujet, com­ment il est vali­dé ? A quel moment je dis stop ? Est-ce que j’ai a la pos­si­bi­li­té de dire stop ?

Au-delà du débat « c’est bien » ou « c’est mal », la ques­tion du com­ment, du pro­cess est impor­tante. On doit évan­gé­li­ser les annon­ceurs, leur expli­quer qu’ils ne peuvent pas men­tir aux lec­teurs, qu’il y a des choses qu’on ne fera pas, qu’il y a des offres qu’on ne pren­dra pas.

A. de R. Aupa­ra­vant, le lien annonceur/support pas­sait par la régie, et du coup on pou­vait dire : « Il y a une muraille de Chine entre la rédac­tion et la publi­ci­té. » Dans ce que vous décri­vez, on est dans la poro­si­té…

C. F. Oui, il faut plus de com­mu­ni­ca­tion avec la régie, par exemple faire un plan­ning rédac­tion­nel afin qu’ils puissent « vendre » les sujets mar­ron­niers très en amont, sans en chan­ger le trai­te­ment.

Deux logiques se heurtent : celle du com­mer­cial, qui veut faire son chiffre à court terme, et celle du média, qui joue sa répu­ta­tion à long terme.

Je dis aux jour­na­listes : « Si vous ne vous occu­pez pas du brand content, c’est le brand content qui va s’occuper de vous. » Il ne faut pas lais­ser les com­mer­ciaux déci­der de l’équilibre.

A de R. A L’Express, le SNJ a publié un com­mu­ni­qué pour expri­mer ses réserves sur ce sujet…

B. C. Il y a des dis­cus­sions en cours, je ne sais pas où ils en sont. La direc­tion de la rédac­tion doit répondre.

Para­doxa­le­ment, j’ai remar­qué que ça posait peut-être plus ques­tion au sein de la régie, ils se disent : « Les jour­na­listes vont faire la gueule, pen­ser qu’on dérape, que la pub arrive dans les conte­nus. »

Pour­tant, au sein de la rédac­tion, on est conscients de l’importance de la pub pour payer les salaires.

Après, il faut le faire intel­li­gem­ment. C’est d’ailleurs arri­vé qu’on dise « non » à des pro­po­si­tions d’opérations venues de la régie.

A de R. Cer­tains annon­ceurs ont une puis­sance de feu consi­dé­rable, il y a une pos­sible mani­pu­la­tion de l’opinion pos­sible. Com­ment l’ARPP peut véri­fier si un mes­sage est vrai, s’il n’est pas orien­té ?

S. M. Il ne faut pas négli­ger la force des récep­teurs. Il y a un risque d’abîmer une marque en cas de retour de bâton, et ce n’est pas son inté­rêt : elle est là pour être pérenne, elle craint le « bad buzz ».

C’est aus­si vrai au niveau légal : la RSE [res­pon­sa­bi­li­té socié­tale des entre­prises, ndlr] s’impose à elles. Une seule bonne com” très effi­cace ne peut pas jus­ti­fier d’abandonner des décen­nies d’effort pour construire une belle marque.

Et s’il y a trop de déra­pages, il y aura une loi, comme il y a eu celle de 1973 sur la publi­ci­té men­son­gère.

B. C. S’il y a déra­page, il y a une sanc­tion immé­diate, celle du lec­teur. Chez nous, les com­men­taires sont ouverts, y com­pris sur le brand content, ils peuvent écrire : « Là, vous êtes en train de nous arna­quer. » Et tout ça peut être relayé sur Twit­ter et Face­book…

C. G. Ça me fait pen­ser à deux marques avec qui on tra­vaille : le fabri­cant de montres Swatch et la banque Cré­dit mutuel. Toutes deux ont une peur bleue du numé­rique.

On leur dit : « On peut tra­vailler avec L’Express, Le Figa­ro, des médias bien éta­blis. » Mais Swatch, par exemple, ne veut pas que sa pub s’affiche à côté d’un article sur l’alcool ou les ciga­rettes.

Ils veulent une com­plète maî­trise du conte­nu, ils ont une peur panique de détruire leur marque en sus­ci­tant un mau­vais buzz.

Du coup, il faut une vraie com­mu­ni­ca­tion entre la marque, le média, et les uti­li­sa­teurs. Et il faut arrê­ter cer­tains dis­po­si­tifs mal­sains et très néga­tifs.

C. F. L’analyse des résul­tats est impor­tante. Trop sou­vent, le seul cri­tère qui compte est « quan­ti » (le nombre de pages vues, de visites…). C’est un cri­tère dépas­sé. Il faut éva­luer la qua­li­té de l’audience, l’engagement, le nombre de par­tages.

Il faut se mettre d’accord avec l’annonceur, lui dire : « J’ai des objec­tifs “quan­ti” mais aus­si “qua­li”, par exemple “3% d’engagement sur cet article”.» Il va fal­loir être bon et négo­cier.

C. D. Quand le conte­nu est de qua­li­té, ça ne pose aucun pro­blème aux jour­na­listes de le dif­fu­ser. Per­sonne n’a refu­sé de dif­fu­ser du Red Bull, c’est presque un hon­neur pour un média de dif­fu­ser du Red Bull.

Avec l’expérience de 500 cam­pagnes, on se rend compte que la force du conte­nu est extra­or­di­naire : la dif­fu­sion est décu­plée s’il est bien adap­té..

C. G. Arrê­tons d’avoir des « sapins de Noël » sur les sites, d’accumuler les for­mats par­tout sur la page : ban­nières, pavés, inter­sti­tiels… Autant dif­fu­ser moins de for­mats, mais des for­mats plus impac­tants. On réduit le nombre d’impressions, l’utilisateur est content ; la pub res­tante est plus visible, l’annonceur est content ;  les tarifs sont plus éle­vés, le média est content.

5 trucs que les journalistes papier ne devraient plus jamais dire

Selon Pierre Des­proges, les ani­maux ne savent pas qu’ils vont mou­rir. Pour les jour­na­listes qui tra­vaillent pour un sup­port papier, ça devient com­pli­qué de l’ignorer. Il leur suf­fi­sait par exemple de regar­der l’excellent docu­men­taire « Presse : vers un monde sans papier ?» dif­fu­sé fin août sur Arte.

On peut être très atta­ché au jour­nal-qui-tache-les-doigts-avec-le-café-du-matin ou trou­ver sexys les hommes qui lisent Libé­ra­tion dans le métro, les faits sont têtus : quand même Le Canard enchaî­né voit ses ventes bais­ser de 13% en un an, il est temps de prendre cette his­toire de « tran­si­tion numé­rique » au sérieux.

Pour­tant, lorsque j’échange avec des col­lègues tra­vaillant (uni­que­ment ou prin­ci­pa­le­ment) pour la ver­sion papier de leur média, j’ai sou­vent l’impression d’une forme de déni ram­pant.

Le cer­veau sait bien qu’en 2014, il n’y a pas un grand ave­nir pour un média qui doit, pour dif­fu­ser des infor­ma­tions, com­men­cer par cou­per des arbres pour en faire de la pâte à papier, avant d’imprimer des lettres des­sus puis de mettre le tout dans des camions.

Mais le cœur, lui, ne se résout pas à voir tout un folk­lore dis­pa­raître : le céré­mo­nial du bou­clage, le bal­let hyp­no­tique des pages sur les rota­tives, les « che­mins de fer » et autres « cro­ma­lins »

Pour les aider à faire leur deuil et s’adapter à leur époque, un bon début est d’arrêter de dire des bêtises dès qu’on parle digi­tal. Voi­là en tout cas cinq phrases qu’ils devraient vrai­ment arrê­ter de pro­non­cer.

1. « Ce papier n’est pas terrible, mets-le sur le Web »

A lire vos témoi­gnages sur Twit­ter,  c’est une scène encore cou­rante dans les rédac­tions : le rédac­teur en chef qui, après avoir relu un article un peu raté, à l’angle ban­cal ou écrit à la va-vite, le fait publier sur le site plu­tôt que le mettre sim­ple­ment à la pou­belle.

Ses rai­sons ? La place est chère dans les pages de l’édition papier, alors qu’elle est infi­nie sur Inter­net. Et puis il faut ména­ger l’ego de l’auteur, qui n’aura pas bos­sé pour rien.

Evi­dem­ment, l’effet est désas­treux sur les jour­na­listes qui aiment sin­cè­re­ment tra­vailler sur les sup­ports numé­riques, for­te­ment inci­tés à mettre à jour leur CV et trou­ver un job dans un média qui n’insulte pas l’avenir.

Mon conseil. C’est plu­tôt sur le papier qu’il faut publier les articles les plus mau­vais : après tout, quand il les lira, le lec­teur aura déjà ache­té votre canard, et les kios­quiers ne pra­tiquent pas le « satis­fait ou rem­bour­sé ».

Ça bou­che­ra un trou dans les pages et ça vous déga­ge­ra du temps pour pré­pa­rer des conte­nus numé­riques assez mar­quants pour sor­tir enfin votre titre du XXe siècle.

2. « Twitter, c’est un truc de journalistes »

C’est une phrase que j’ai très sou­vent enten­due lorsque j’animais des for­ma­tions aux réseaux sociaux, – et je suis loin d’être le seul. Der­nier exemple en date : Ariane Che­min, grand repor­ter au Monde, dans une inter­view aux Inro­ckup­tibles :

« Twit­ter, je trouve ça chro­no­phage et sidé­rant, mais ça m’amuse. Le petit monde de Twit­ter est endo­game, il ne raconte pas la vraie vie mais celle des jour­na­listes qui s’observent. »

Même si les esti­ma­tions varient (comme le rap­pelle Cyrille Frank dans les com­men­taires), plu­sieurs mil­lions de Fran­çais uti­lisent Twit­ter, qu’ils soient simples lec­teurs ou « twit­tos » actifs.  Contre un peu plus de 36 000 titu­laires d’une carte de presse. Les ados y sont très pré­sents, mais on croise aus­si des avo­cats, des chauf­feurs de taxi, des entre­pre­neurs ou des pilotes d’avion.

Si les jour­na­listes ont l’impression d’y par­ler entre eux, c’est qu’il y a une part inévi­table d’endogamie dans tout réseau social, sur­tout quand on vient de s’y ins­crire : on com­mence par suivre ses amis, ses col­lègues, sa famille…

Mais contrai­re­ment à un uti­li­sa­teur lamd­ba, un repor­ter a tout inté­rêt à affû­ter sa veille et à diver­si­fier ses abon­ne­ments, trou­ver de nou­velles sources et prendre le pouls du vaste monde.

Mon conseil. A chaque fois que vous déci­dez de suivre un jour­na­liste sur Twit­ter, obli­gez-vous à suivre aus­si un non-jour­na­liste. Parce que pen­ser que « Twit­ter, c’est un truc de jour­na­listes », c’est vrai­ment un truc de jour­na­listes.

3. « La priorité, c’est la nouvelle formule du papier »


Non. La prio­ri­té pour un titre papier aujourd’hui, ce n’est pas de reti­rer deux demi-pages à la rubrique culture pour les don­ner au ser­vice poli­tique, de chan­ger la cou­leur des inter­titres ou de choi­sir une nou­velle typo­gra­phie pour les « cha­pos ».

Une rédac­tion qui se lance dans une refonte du papier en 2014, c’est comme une com­pa­gnie de dili­gences qui décide de chan­ger le velours des sièges pen­dant qu’on construit une ligne de che­min de fer sous son nez.

Mon conseil. Que vous tra­vailliez ans un quo­ti­dien natio­nal, pour un men­suel pro­fes­sion­nel ou dans un heb­do régio­nal, le débat qui doit ani­mer vos sémi­naires, vos confé­rences de rédac­tion et vos dis­cus­sions à la machine à café, ce n’est pas l’édition papier. C’est : « Com­ment pro­duire un tra­vail jour­na­lis­tique suf­fi­sam­ment convain­cant sur le numé­rique pour espé­rer sur­vivre au grand bas­cu­le­ment actuel ?»

4. « On perd de l’argent à cause du Web »

C’est la petite ven­geance du jour­na­liste papier quand il com­mence à se sen­tir lar­gué : rap­pe­ler que depuis l’arrivée d’Internet au milieu des années 90, les ser­vices web ont été une source impor­tante de pertes finan­cières.

C’est d’autant plus vrai que beau­coup de médias se sont lan­cés dans de gros inves­tis­se­ments mal maî­tri­sés, de pro­jets coû­teux que leurs équipes ont par­fois du mal à digé­rer.

Dans leur Mani­feste pour un nou­veau jour­na­lisme, paru début 2013, les édi­teurs de la revue XXI exploitent cette veine, esti­mant que la presse écrite a trop inves­ti sur le numé­rique. C’est ce qu’expliquait alors Laurent Bec­ca­ria à Télé­ra­ma :

« Le pro­blème n’est pas d’opposer l’écran et le papier, les modernes et les anciens. Sim­ple­ment, le numé­rique n’est pas ‘LA’ solu­tion, y croire est dan­ge­reux. »

J’ai l’impression que les res­pon­sables des sites d’actu ont fini par inté­rio­ri­ser cette cri­tique, se dire qu’ils « vivent aux frais de la prin­cesse », la presse papier.

Mon conseil. Rédac­tions web, redres­sez la tête et arrê­tez d’avoir honte de vos pertes ! Ce n’est pas comme si vous cla­quiez tout en notes de frais somp­tuaires ou en soi­rées de gala.

Vous avez un des jobs les plus dif­fi­ciles au monde en ce moment : ten­ter de faire de l’info de qua­li­té dans un sec­teur en pleine décon­fi­ture.

Mais c’est vous qui avez une chance (même petite) de trou­ver de nou­veaux lec­teurs et d’assurer la péren­ni­té de votre titre. Pas vos aînés du papier.

5. « Facebook rend débile, j’ai fermé mon compte »

C’est vrai, on a tous des moments où on regrette notre cer­veau d’avant Inter­net. Mais de là à quit­ter Face­book, ser­vice uti­li­sé par 26 mil­lions de Fran­çais et d’où pro­vient une part gran­dis­sante du tra­fic des sites d’actu, il y a un pas qu’il vau­drait mieux ne pas fran­chir.

Non, ce n’est vrai­ment pas le moment de jouer les snobs. C’est main­te­nant que vous devez com­prendre com­ment vivent et pros­pèrent les  com­mu­nau­tés en ligne, qu’il s’agisse de vos contacts sur Face­book, des stars de You­Tube, des contri­bu­teurs de Wiki­pé­dia ou des par­tu­rientes de Doc­tis­si­mo.

Ce sont eux, les nou­veaux « voi­sins de bureau » des jour­na­listes. Que vous l’aimiez ou non, c’est dans ce monde qu’il va vous fal­loir vous faire une place (et ça fait long­temps qu’ils ont arrê­té de vous attendre).

Mon conseil. Faites le tri dans vos « amis », pour évi­ter au maxi­mum les invi­ta­tions à Can­dy Crush et les pho­tos de Milk. Mais n’oubliez pas que ces gens bizarres qui s’agitent sur votre fil d’actualités, qui likent, com­mentent et par­tagent ce que vous publiez, ce sont aus­si des lec­teurs. C’est pour eux que vous avez choi­si ce métier, il va bien fal­loir assu­mer.

6. Bonus ! D’autres phrases qui énervent les gens du Web

Vous avez été plu­sieurs à me signa­ler sur Twit­ter d’autres phrases de jour­na­listes papier qui vous énervent :

« Bon­jour, je suis bien au ser­vice infor­ma­tique ?»

Via @ThomasBaietto, Fran­ceTV Info

« Mais t’es quoi en fait toi ? Déve­lop­peur ou jour­na­liste ?»

Via @GurvanKris, Rue89

« Il est bien cet article, c’est dom­mage qu’il soit pas dans le jour­nal plu­tôt que sur le Web…»

« Elle marche, l’imprimante ?»

« C’est pas mal de faire un papier sur le Web, en fait. Comme ça, t’as le plan de ton article pour le papier. »

Via un cou­ra­geux ano­nyme

«“T’as vu cette info ?” (Géné­ra­le­ment un truc qu’on fait la veille ou deux jours plus tôt.)»

Via @PerrineST

« Tu nous fais ça juste pour le Web, hein. »

Via @BenjaminFerran, Figa­ro et Mac­Ge­ne­ra­tion

« Non, pas de place pour demain. File donc ça au web !»

Via (@Mou_Gui)

« J’ai un pro­blème avec mes mails, tu peux m’aider ?»

Via @Sychazot, Le Lab Europe 1

« Ça débor­dait de ma page du coup je t’ai mis le reste sur le Web »

Via @XavierLalu

«“C’est là qu’ils mettent nos articles en ligne” : un jour­na­liste print qui fai­sait visi­ter la rédac web à un autre jour­na­liste print. »

@VCquz

« Inter­net ne sert à rien : un article ça se lit un crayon à la main »

@ARouchaleou, L’Humanité

« Tu peux me trou­ver Pho­to­shop gra­tos ? »

@XavierLalu

«“Dans le pire des cas, ça ira sur le Web” (au sujet d’un papier sans inté­rêt).»

@GaelVaillant, Le JDD

« On peut pas fer­mer les com­men­taires sur les articles ?»

@MarieAmelie, Le Figa­ro

Vous pou­vez conti­nuer l’exercice si ça vous amuse, sur Twit­ter avec le hash­tag #per­les­pa­pier ou dans les com­men­taires.

Dans un sou­ci d’équité, je pré­vois déjà une suite à cet article, consa­crées aux phrases que les jour­na­listes papier ne sup­portent plus d’entendre de la part de ces « putes à clic du web»…

MAJ le 3/10 à 18h10. Pas­sage sur Libé­ra­tion reti­ré, après un échange avec Johan Huf­na­gel mon­trant que l’exemple n’était pas for­cé­ment per­ti­nent.

MAJ le 4/10 à 18h10. Pas­sage sur Twit­ter modi­fié, voir les remarques de Cyrille Frank dans les com­men­taires.


5 trucs fascinants que j’ai appris lors des conférences Digital Intelligence

Je rentre de Nantes où se tenait cette semaine Digi­tal Intel­li­gence, trois jours de ren­contres et de confé­rences consa­crées au numé­rique et ce qu’il change dans nos vies. Voi­là cinq trucs que j’ai appris grâce aux inter­ven­tions des cher­cheurs invi­tés à expo­ser leurs tra­vaux et leur vision des bou­le­ver­se­ments actuels.

1. Les bébés font des calculs de probabilité

Pre­nez un bébé, âgé de dix mois envi­ron. Met­tez-le devant un écran, sur lequel une ani­ma­tion montre plein de boules rouges et une seule boule bleue – en vrai, il vaut mieux réa­li­ser l’expérience avec quelque chose de plus attrayant pour un bébé que des boules, comme des poneys ou des licornes, mais le prin­cipe est le même.

Les boules se déplacent aléa­toi­re­ment à l’intérieur d’un cercle per­cé d’un ori­fice à sa base, un peu comme pour le tirage du Loto. De temps en temps, une des boules tombe dans le trou. Si elle est rouge, le bébé s’en fout. Si c’est l’unique boule bleue, son visage réagit plus long­temps.

C’est la preuve que son cer­veau est capable de faire des pro­ba­bi­li­tés : il « sait » que l’événement « la boule bleue tombe » a moins de chances de se pro­duire que l’événement « une boule rouge tombe ». Inté­rieu­re­ment, il fait des maths niveau lycée alors qu’il est inca­pable d’avaler un petit pot sans en mettre plein son bavoir.

Un bébé de 12 mois regarde plus longtemps un événement improbable qu'un événement probable.
Un bébé de douze mois regarde plus long­temps un évé­ne­ment pro­bable qu’un évé­ne­ment impro­bable (College-de-france.fr)

L’expérience est racon­tée par Gérard Ber­ry, pro­fes­seur au col­lège de France. Ces algo­rithmes à l’œuvre très tôt dans notre cer­veau sont un sujet d’études pour les neu­ros­cien­ti­fiques, mais ces der­niers ne sont pas les seuls à les uti­li­ser de plus en plus sou­vent dans leurs recherches.

« Des spé­cia­listes de la phy­sique des par­ti­cules veulent par­fois se mettre à l’astronomie, mais on ne peut rien en faire parce qu’ils ne maî­trisent pas les algo­rithmes », a un jour confié une cher­cheuse à Gérard Ber­ry.

Il vaut en effet mieux être fami­lier de ce mode de rai­son­ne­ment quand on doit simu­ler l’explosion d’une super­no­va grâce à des modèles mathé­ma­tiques avan­cés.

2. Internet est en train de changer l’amour

Quand on étu­die les sites de ren­contre sur Inter­net, la mau­vaise ques­tion à se poser, c’est : « Est-ce que ça marche pour trou­ver l’amour ? » C’est la convic­tion de Michael Sina­tra et Mar­cel­lo Vita­li-Rosa­ti, cher­cheurs à l’université de Mont­réal.

Pour que les algo­rithmes de Mee­tic ou d’Adopte un mec soient capables d’une telle prouesse, il fau­drait déjà se mettre d’accord sur ce que c’est que l’amour – ce dont l’homme semble inca­pable, vu la quan­ti­té de lit­té­ra­ture publiée sur le sujet sans qu’un réel consen­sus semble se déga­ger.

Pour ces cher­cheurs, il vaut mieux se deman­der à quoi res­semble l’amour sur Inter­net, et cher­cher les valeurs qui l’animent, la vision de la rela­tion qui s’en dégage. Vita­li-Rosa­ti :

« Le rap­port au tabac est inté­res­sant, par exemple. C’est un point sou­vent mis en avant et pour­tant, en quoi le taba­gisme joue-t-il un rôle dans le fait d’ aimer une per­sonne, et pas juste dans le fait de vivre avec lui au quo­ti­dien ? »

Les sites de ren­contre sont conscients de cette évo­lu­tion en cours, mais ont un dis­cours encore ambi­va­lent.

Ils pro­mettent de tout mettre en œuvre pour que l’amour, le vrai, l’unique, se mani­feste enfin – ce qui est une façon de recon­naître sa nature aléa­toire, mul­ti­forme et tyran­nique. Mais ils entendent aus­si don­ner à leurs uti­li­sa­teurs le contrôle sur votre vie sen­ti­men­tale.

Ces Cyra­no de Ber­ge­rac modernes aident l’aspirant Chris­tian à trou­ver une Roxane à son goût puis à la séduire, l’annonce et le pro­fil rem­pla­çant la mis­sive enflam­mée et la scène du bal­con.

L’étude des « algo­rithmes de l’amour » à l’œuvre sur ces ser­vices per­met d’ouvrir la boîte secrète de nos com­por­te­ments amou­reux.

Mais allons-nous aimer ce que nous allons y trou­ver ? On sait déjà l’importance des pho­tos dans le choix du par­te­naire poten­tiel (don­nées que Tin­der exploite déjà sans états d’âme), alors que les annonces cherchent, elles, des « rela­tions sérieuses » et des « com­pli­ci­tés intel­lec­tuelles ».

3. Les artistes font de la recherche scientifique aussi

Ce n’est pas un phé­no­mène nou­veau, mais les asso­cia­tions entre des créa­teurs et des scien­ti­fiques croissent et embel­lissent, à l’exemple du Sen­seable City Lab au MIT ou du pro­gramme de « recherche-créa­tion » Hexa­gram, au Qué­bec.

Selon Chris Sal­ter, cher­cheur à l’université Concor­dia de Mont­réal, c’est un chan­ge­ment de para­digme qui est à l’œuvre. Il passe par un dépas­se­ment de la concep­tion ins­ti­tu­tion­nelle de la recherche, avec ses dis­ci­plines et ses champs de recherche déli­mi­tés, ses struc­tures et modes de finan­ce­ments bien défi­nis.

Asso­cier les artistes, c’est sur­tout recon­naître qu’ils peuvent créer de la connais­sance en fai­sant, et pas seule­ment en pen­sant :

« Vous faites des études et enuite, soit vous écri­vez des livres et vous êtes un scien­ti­fique, soit vous fabri­quez quelque chose et vous êtes un artiste. […] Face à une œuvre, nous disons : “C’est de l’art, mais peut-être est-ce de la connais­sance aus­si ?”»

De façon plus pro­saïque, les créa­teurs se tournent vers une uni­ver­si­té ou un stu­dio labo­ra­to­ry pri­vé pour obte­nir des finan­ce­ments qu’ils ne trouvent plus ailleurs.

C’est là que vont se croi­ser les regards, s’élaborer de nou­velles méthodes et se mon­ter des expé­riences d’un genre nou­veau – « le mot fran­çais “expé­rience” est bien utile, parce qu’il a à la foi le sens de créa­tion et de recherche », estime Sal­ter.

« La plu­part des artistes parlent de leur tra­vail comme un évé­ne­ment, une ren­contre, une rela­tion, une incar­na­tion… et pas comme une nou­velle connais­sance », concède-t-il. Mais les fron­tières sont de plus en plus floues.

4. Les feux rouges vont disparaître des villes

Ima­gi­nez des voi­tures sans conduc­teur, qui passent vous prendre à la sor­tie du bou­lot et vous ramènent chez vous avant de char­ger un autre client.

Main­te­nant, ima­gi­nez une ville dont on aurait reti­ré 80% des auto­mo­biles, deve­nus utiles grâce à ce par­tage géné­ra­li­sé, pour ne gar­der que ces véhi­cules auto­ma­tiques.

On pour­ra alors se débar­ras­ser des feux rouges, les voi­tures se débrouillant toutes seules pour savoir où et quand tour­ner – une tâche que les algo­rithmes, encore eux, sont capables d’effectuer mieux que les humains.

C’est cet ave­nir que des­sine une étude de l’université du Texas, dans une vidéo qu’on vous recom­mande de ne pas repro­duire rue de Rivo­li.

Mais ce qui frappe l’imagination, c’est que les connais­sances et les tech­no­lo­gies néces­saires à une telle uto­pie – ou un tel cau­che­mar si vous tra­vaillez chez les taxis G7 – existent déjà.

L’algorithme du car­re­four sans feux rouges est, paraît-il, en démons­tra­tion en ce moment dans le parc de la Vil­lette, à Paris (mais je n’ai pas trou­vé trace de cette expé­rience sur le Web). Quand à la Google Car, elle com­mence à prendre des pas­sa­gers réels, et plus seule­ment des ingé­nieurs, le temps d’une vidéo de pro­mo­tion.

Si Car­lo Rat­ti, du MIT, a des­si­né ce rêve urbain, Oli­vier Ertz­scheid, ensei­gnant-cher­cheur à l’IUT de La Roche-sur-Yon qui tient le blog Affordance.info, s’est char­gé un peu plus tard de faire cau­che­mar­der tout le monde avec une ques­tion piège.

Que doit faire votre voi­ture sans conduc­teur si elle détecte une col­li­sion pro­chaine avec un bus rem­pli d’enfants, si son algo­rithme estime que la seule façon de leur sau­ver la vie est de vous envoyer, vous, dans le décor ? Doit-elle sau­ver le maxi­mum de vies pos­sibles ? Pré­ser­ver son occu­pant à tout prix ? Cher­cher quel scé­na­rio coû­te­ra le moins cher à la col­lec­ti­vi­té ?

Comme Asi­mov avait ima­gi­né des lois de la robo­tique pour pro­té­ger l’homme de ses propres créa­tion, il faut inven­ter une éthique de l’algorithme. « Dans le couple homme-machine, la machine est de plus en plus ten­tée de faire l’homme », estime, gaillard, Ertz­scheid.

5. L’armée française surveille aussi le deep web

Thier­ry Ber­thier, de la Chaire de cyber­dé­fense et cyber­sé­cu­ri­té Saint-Cyr Soge­ti Thales (ouf), a effrayé un peu tout le monde avec une série de chiffres mon­trant la mul­ti­pli­ca­tion des cybe­rat­taques un peu par­tout dans le monde.

Il a aus­si expli­qué que l’armée fran­çaise a pré­pa­ré le pen­dant numé­rique de l’intervention de la coa­li­tion contre l’Etat isla­mique, en sui­vant notam­ment l’activité enne­mie sur les réseaux sociaux.

Inter­ro­gé sur la pos­si­bi­li­té de pas­ser par le « deep web » pour échap­per à cette sur­veillance, il a expli­qué que les armées avaient déjà les moyens de sur­veiller les échanges sur TOR, navi­ga­teur alter­na­tif cen­sé cou­vrir les traces de ceux qui l’utilisent. « De notre point de vue, il vaut mieux que ses uti­li­sa­teurs conti­nuent à croire que TOR est sécu­ri­sé, comme ça ils conti­nue­ront à s’en ser­vir… »