Commentaires sur les sites d’actu : bientôt le retour en grâce ?

Une figurine Lego au visage de troll (clement127/Flickr/CC-BY-NC-ND)
Une figu­rine Lego au visage de troll (cle­ment127/­Fli­ckr/CC-BY-NC-ND)

Il y a un peu moins d’un an, j’avais racon­té le coup de blues qui avait sai­si les jour­na­listes les plus impli­qués dans la conver­sa­tion avec les inter­nautes et la mise en valeur de leur par­ti­ci­pa­tion. C’était peu de temps avant de quit­ter Rue89, site répu­té pour la qua­li­té de ses com­men­taires et où j’ai long­temps offi­cié comme com­mu­ni­ty mana­ger.

A l’époque, toute une série de sites d’information venaient d’annoncer la fer­me­ture de l’espace dévo­lu aux com­men­taires : Popu­lar Science, Reu­ters, le Natio­nal Jour­nal... C’est une cer­taine concep­tion du jour­na­lisme web, pla­çant l’internaute au centre du tra­vail quo­ti­dien des rédac­tions, qui me sem­blait avoir per­du du ter­rain.

Mais au Fes­ti­val de jour­na­lisme de Pérouse cette année, j’ai sen­ti que le com­men­ta­teur, si sou­vent réduit à sa dimen­sion de troll mal­fai­sant, pour­rait bien connaître un retour en grâce au sein des rédac­tions web.

Le Coral Project : des « coms » taillés sur mesure pour les sites d’info

Les échanges lors du « panel » qui lui était consa­cré étaient en tout cas pas­sion­nants – il est dis­po­nible en inté­gra­li­té sur You­Tube. Je n’ai pas pu tout prendre en note comme je l’ai fait pour d’autres confé­rences, mais voi­ci quelques extraits com­men­tés qui peuvent vous inté­res­ser.

« Aucun jour­na­liste ou presque n’est content des com­men­taires publiés sur son site » : Greg Bar­ber est bien conscient du malaise qui règne dans les rédac­tions à ce sujet. Mais le direc­teur des pro­jets digi­taux du Washing­ton Post croit assez aux « coms » pour avoir lan­cé le Coral Pro­ject, qui asso­cie son jour­nal, le New York Times et la Knight Mozilla Open­News.

Leur ambi­tion ? Pro­po­ser un outil de publi­ca­tion et de ges­tion des com­men­taires open source que chaque média pour­ra uti­li­ser sur son site – une sorte de Dis­qus, que j’utilise pour les com­men­taires de ce site, mais taillé sur mesure pour les besoins des sites d’information et modu­lable à sou­hait.

Plu­tôt que de « délo­ca­li­ser » le débat et sa modé­ra­tion sur les réseaux sociaux, par exemple en inté­grant le plu­gin Face­book Com­ments dans leurs pages ou en répon­dant aux ques­tions et inter­pel­la­tions uni­que­ment sur Twit­ter, les sites pour­raient ain­si reprendre la main sur ces espaces.

Encore faut-il y croire, explique Bar­ber :  

« Les médias passent par­fois énor­mé­ment de temps à tra­vailler sur le conte­nu qui se trouve juste avant les com­men­taires, sans consa­crer la moindre seconde aux com­men­taires eux-mêmes. Il fau­drait que, par magie, il s’y passe des trucs super. Et après, ils sont très déçus quand ce n’est pas le cas. »

« Des commentaire hors sujet mais drôles ou brillants »

Pour Luca Sofri, fon­da­teur et rédac­teur en chef de Il Post, ceux qui vantent de façon déma­go­gique l’intérêt du com­men­taire comme expres­sion du peuple se trompent autant que ceux qui n’en ont qu’une vision apo­ca­lyp­tique.

C’est vrai, il y a par­fois des pépites enfouies dans les fils de dis­cus­sions : ain­si, les men­songes de Brian Williams, pré­sen­ta­teur du JT de la chaîne amé­ri­caine NBC, ont été mis au jour à par­tir d’un com­men­taire publié par un vété­ran sur Face­book. « Il y a aus­si ces com­men­taires hors sujet mais brillants, drôles ou bien écrits », plaide Sofri.

Mais ces contri­bu­tions sont trop rares pour qu’on puisse espé­rer dis­po­ser d’un conte­nu de qua­li­té de façon régu­lière, tan­dis que les coûts de ges­tion (modé­ra­tion, sélec­tion, édi­tion…) peuvent être éle­vés.

L’intérêt des com­men­taires réside davan­tage dans la rela­tion qu’ils per­mettent d’entretenir avec le lec­teur –  c’est même ce qu’il l’intéresse le plus : « C’est un endroit où ma marque peut se déve­lop­per. »

Une bonne façon de valoriser une offre d’abonnement en ligne

Bar­ber, lui, s’est inté­res­sé aux nom­breux lec­teurs qui lisent régu­liè­re­ment les com­men­taires sans en rédi­ger (les lur­kers) : « On s’est aper­çus que ce sont aus­si les aux lec­teurs les plus fidèles, ceux dont il faut s’occuper, ceux qui forment la véri­table audience », celle qui ne vient pas juste pour voir un conte­nu viral avant de repar­tir à jamais.

Selon moi, c’est peut-être le meilleur argu­ment pour réha­bi­li­ter les com­men­taires et y consa­crer de nou­veau des moyens finan­ciers, du temps et de l’énergie. Beau­coup de sites d’actu misent en effet sur des offres sur abon­ne­ment, ce qui les oblige à se dif­fé­ren­cier davan­tage de la concur­rence – plu­tôt que de publier la même chose au même moment. Impli­quer davan­tage le lec­teur en accep­tant de conver­ser avec lui est un bon moyen d’y arri­ver.

Plus lar­ge­ment, c’est en chan­geant de pers­pec­tive qu’on réha­bi­li­te­ra (peut-être) cet espace de par­ti­ci­pa­tion. « Il faut le voir comme un uni­vers en soi, et pas juste un bonus à l’article qui se trouve au-des­sus », décrit Sofri.

En arrê­tant de « réagir comme des snobs » et en se met­tant à la place du com­men­ta­teur, on com­prend mieux ses réac­tions par­fois bru­tales, plaide-t-il. « Quand un délin­quant va en pri­son, on l’aide bien à se réin­sé­rer. En revanche, un troll, on le ban­nit à jamais, on ne cherche jamais à le réédu­quer. »

Même chose quand on sup­prime un com­men­taire jugé débile ou sans inté­rêt : de l’autre côté de l’écran, « il y a une per­sonne qui a fait un effort de rédi­ger quelque chose, peut-être qu’il faut davan­tage res­pec­ter cet effort ».   

En faire un espace autogéré par les commentateurs eux-mêmes ?

Se livrant à un petit exa­men de conscience, il s’est ren­du compte que « les articles sur les sujets plus polé­miques, ceux ou on peut être ten­té de fer­mer les com­men­taires, sont aus­si ceux ou j’aurais le plus envie de lire des com­men­taires, là où ils sont les plus utiles ».

Il va même plus loin :

« Per­sonne ne s’est ris­qué à faire des com­men­taires un espace auto­gé­ré par les uti­li­sa­teurs eux-mêmes. Pour­tant, ce serait une expé­rience inté­res­sante. Je pense qu’on peut choi­sir des res­pon­sables pour orga­ni­ser la com­mu­nau­té. Bon, c’est vrai qu’au bout d’un mois à ce poste, ils seraient peut être décou­ra­gés… »

Pour Chris Hamil­ton, social media edi­tor à la BBC, les jour­na­listes n’échapperont de toute façon pas à la conver­sa­tion avec les lec­teurs :

« Ça fait par­tie du tra­vail, désor­mais, même si ça ne se résume pas aux com­men­taires, ça peut pas­ser par d’autres formes d’“engagement”. Mais c’est ce qui per­met de bâtir une com­mu­nau­té. »

« D’accord, il y a les déra­pages et les trolls, mais les édi­teurs de presse font preuve d’une forme de rési­lience », estime enfin Greg Bar­ber, qui a remar­qué que le Sacra­men­to Bee, le Las Vegas Review-Jour­nal et le Kyiv Post ont tout trois déci­dé de rou­vrir leur sec­tion com­men­taires après l’avoir fer­mée.

(Mer­ci à Cédric Rou­quette, de Crea­feed, pour ces com­men­taires pen­dant la rédac­tion de ce texte.)

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Depuis 2014, j'accompagne des médias dans leurs projets et je mène mes propres expériences. Retrouvez les réalisations dont je suis le plus fier dans un portfolio qui vous donnera envie d'innover !

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C'est nul, je veux de gros boutons colorés !

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