Je veux plus d’expertes en plateau, mais je ne les trouve pas assez bonnes”

Montage de captures d'écran de présentatrices de journal télévisé.
Mon­tage de cap­tures d’écran de pré­sen­ta­trices de jour­nal télé­vi­sé.

50% de femmes der­rière la camé­ra, et 20% seule­ment devant : ces chiffres, qu’on retrouve d’une étude à l’autre, voire d’un pays à l’autre, montrent l’ampleur de la sous-repré­sen­ta­tion des femmes à la télé­vi­sion.

Sur ce thème se tenait un débat pas­sion­nant same­di aux Assises du jour­na­lisme, à Metz. Voi­ci une syn­thèse des échanges.

Domi­nique Fack­ler (Ina Stats). A la demande du CSA, nous avons tra­vaillé sur la repré­sen­ta­tion des femmes dans les jour­naux télé­vi­sés, à la télé­vi­sion (grandes chaînes et chaînes info) et à la radio.

Nous l’avons fait une pre­mière fois en 2013, et une nou­velle fois début 2014. Près de 11 000 sujets télé et plus de 2 000 sujets radio ont été ana­ly­sés.

On s’est inté­res­sé d’abord aux jour­na­listes qui signent les sujets, ce qui per­met de mesu­rer la place des femmes dans les rédac­tions. Sur un an, elles sont un peu moins pré­sentes à la télé, et un peu plus à la radio. Les plus fortes baisses sont pour Arte et France 2. Dans ce clas­se­ment, France 3 est en tête, M6 est der­nière.

Côté chaînes info, i-Télé est en forte baisse, de 15 points. Côté radios, la plus forte hausse est pour RMC, la plus forte baisse pour France Inter.

On a cher­ché à savoir si les femmes jour­na­listes étaient plus pré­sentes sur cer­taines thé­ma­tiques. Selon nos chiffres, ce n’est pas le cas mais les angles peuvent être dif­fé­rents, par exemple avec davan­tage de sources fémi­nines inter­ro­gées.

La deuxième par­tie de notre étude concerne les inter­ve­nants, les per­sonnes qui sont inter­viewées lors de ces jour­naux télé­vi­sé. Pour l’ensemble des médias, il y a moins de 20% de femmes par­mi eux, soit une femme pour quatre hommes.

France 3 est en tête avec 23%, Canal+ der­nière avec 16%. Côté chaînes infos, le bon élève est I-Télé : côté radios, c’est France inter.

Quand on regarde qui sont les per­son­na­li­tés fémi­nines les plus inter­viewées à la télé­vi­sion, ce sont à 95% des femmes poli­tiques. L’étude a eu lieu au pre­mier tri­mestre 2014, pen­dant la cam­pagne muni­ci­pale, Anne Hidal­go et Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet sont donc très pré­sentes.

On s’aperçoit que la radio inter­viewe très peu les femmes. Une seule radio a inter­viewé plus de trois la même femme sur la période étu­diée, c’était France Inter.

Mar­lène Coul­lomb-Gul­ly (pro­fes­seur à l’université Tou­louse II). On retrouve ce chiffre de 20% dans d’autres études. C’est une sous-repré­sen­ta­tion mani­feste par rap­port aux hommes, puisque les femmes repré­sentent 52% de la popu­la­tion.

Fina­le­ment, le média le plus gen­der friend­ly, c’est la télé­vi­sion. Les femmes ont de grosses dif­fi­cul­tés à la radio, notam­ment à cause de la voix. Il y a même eu une période où les jour­na­listes femmes étaient sys­té­ma­ti­que­ment reto­quées : on consi­dé­rait qu’une voix fémi­nine n’avait pas assez de légi­ti­mi­té pour pré­sen­ter les infos à la radio.

Si vous pre­nez les trois mati­nales les plus écou­tées (France Inter, Europe 1 et RTL), il n’y a jamais eu de femmes à leur tête.

Ruth Elkrief (BFM-TV). France Info a eu Raphaëlle Duche­min et a aujourd’hui Fabienne Sintes…

M. C.-G. C’est vrai, mais pour les autres, c’est plus des mati­nales, mais des « mati­mâles ». Mais c’est encore pire en presse écrite, qui est plus foca­li­sée sur la poli­tique et l’économie, thèmes où les hommes sont en posi­tion de force.

Il y a une double ségré­ga­tion : d’abord ver­ti­cale, c’est le « pla­fond de verre » ou « plan­cher col­lant » qui empêche les femmes de mon­ter dans la hié­rar­chie ; ensuite hori­zon­tale, ce sont les domaines dans les­quels les femmes se retrouvent assi­gnées.

R .E. Ça change, quand même : la cam­pagne muni­ci­pale à Paris en est la preuve, avec trois femmes qui s’affrontaient.

Quand on parle des médias, on parle aus­si de la capa­ci­té à être audible, à pas­ser à l’antenne.

Par prin­cipe, je ne fais pas de la dis­cri­mi­na­tion posi­tive. Et quand on trouve des femmes douées, qui connaissent les codes de la com­mu­ni­ca­tion, qui prennent des risques et ne se limitent pas à  langue… alors on va les cher­cher autant que les hommes.

La ques­tion, c’est : est-ce qu’elles osent par­ler, prendre des risques ? Je me sou­viens qu’au début, les femmes poli­tiques qu’on invi­tait ne venaient que si elles consi­dé­raient qu’elles avaient quelque chose à dire…

Quand elles venaient, elles étaient très langue de bois, très dis­ci­pli­nées. Ce n’est pas un hasard si la pre­mière à avoir explo­sé média­ti­que­ment, c’est Ségo­lène Royal, qui accepte de prendre des risques.

Ça va avec la pari­té au gou­ver­ne­ment : si les femmes ministres osent assu­mer leur posi­tion de pou­voir, alors elles seront plus visibles.

Mais ça change, je m’aperçois par­fois qu’en une semaine, j’ai eu à deux ou trois reprises des femmes sur mes pla­teaux.

M. C.-G. Même quand les femmes ne sou­haitent pas mettre en avant le fait qu’elles sont des femmes, les médias les ramènent à leur condi­tion de femmes.

Ça passe par des choses ano­dines, par­fois. On les inter­roge en tant qu’épouse et mère, alors que les hommes ne sont jamais inter­ro­gés en tant qu’époux et père.

On men­tionne leur appa­rence phy­sique, leur robe, leur coupe de che­veux. On uti­lise le pré­nom : on parle de « Ségo­lène », du débat « Ségo/Sarko ». C’est sym­bo­lique : le pré­nom relève de l’espace per­son­nel, pri­vé ; dési­gner une femme par son pré­nom, c’est la ren­voyer à cette sphère.

Ensuite, il y a cette liste de sur­noms « typi­fiants » qu’on leur accole en per­ma­nence : « la pasio­na­ria », « l’égérie », « la madonne », « la Wal­ky­rie », « la muse»… On ramène les femmes poli­tiques à des types.

Enfin, il y a les adjec­tifs. On dira d’un homme poli­tique qu’il a du carac­tère, d’une femme poli­tique qu’elle a mau­vais carac­tère.  Un homme poli­tique est auto­nome, une femme poli­tique est incon­trô­lable – c’est ce qu’on dit sou­vent de Royal ou de Tau­bi­ra.

On dit que dans le Pan­théon grec, s’il y a beau­coup de déesses, le divin ne s’exprime qu’au mas­cu­lin. De même, il y a des femmes poli­tiques mais le poli­tique ne s’exprime qu’au mas­cu­lin.

Annette Young (pré­sen­ta­trice de The 51%, sur France 24). J’ai 51 ans, j’ai vu les choses beau­coup évo­luer au sein des rédac­tions depuis trente ans .

Quand j’ai démar­ré, j’ai com­men­cé dans l’équivalent du Monde en Aus­tra­lie : aucun rédac­teur en chef n’était une femme. Depuis, les chan­ge­ments  ont été spec­ta­cu­laires.

Mais une salle de rédac­tion reflète l’ensemble de la socié­té. Et jour­na­liste, c’est un métier où il faut dis­po­ser de temps, ce n’est pas facile de conci­lier vies per­son­nelle et pro­fes­sion­nelle.

Il faut aus­si par­ler de l’aspect psy­cho­lo­gique : les hommes de ma géné­ra­tion s’identifient, fré­quentent, s’intéressent sur­tout aux autres hommes.

Nous sommes des êtres humains, empreints de sub­jec­ti­vi­té et façon­nés par notre milieu, notre édu­ca­tion.

Le cer­veau prend des rac­cour­cis pour se repé­rer dans le flux d’informations qui l’assaille : il juge­ra tou­jours un homme avec des che­veux gris plus cré­dible que moi, une femme brune. C’est ça, la grande injus­tice, et c’est ce qui est en train de chan­ger.

Thier­ry Thuillier (direc­teur des pro­grammes de France 2).  Mon chef de ser­vice quand j’ai com­men­cé, c’était Ruth Elkrief, sur TF1… Et à France télé­vi­sions, j’ai rem­pla­cé une femme [Arlette Cha­bot, ndlr].

Pour autant, c’est vrai qu’il y a un pro­blème pour les femmes au plus haut niveau de l’encadrement. J’ai nomme des femmes rédac­trices en chef (Agnès Vah­ra­mian, Agnès Ver­dier-Moli­nier). C’est la pre­mière fois qu’une femme est en charge du JT de 20 heures sur France 2. C’est dire si on était en retard, c’est spec­ta­cu­laire alors que ça ne devrait pas l’être.

On a pas mal fémi­ni­sé aus­si les édi­to­ria­listes, notre édi­to­ria­liste poli­tique est une femme. Ça n’a pas été si simple : pas mal de ces femmes ont eu un pre­mier réflexe de refus, trou­vant la fonc­tion très lourde, ne se sen­tant pas prête pour des rai­sons fami­liales. Pour la convaincre, j’ai dit à Agnès : « Moi aus­si, j’ai des enfants, moi aus­si, je veux ren­trer plus tôt du tra­vail pour m’en occu­per. »

On enclenche quelque chose. Il faut tra­cer la route, pour que les femmes prennent leur place. Je suis opti­miste : on a mis en place un baro­mètre en interne pour mesu­rer la place des témoins et experts femmes, quelque chose assez strict, mais un jour, il devien­dra inutile.

On a mis en place cet outil parce que si on se contente de dire « allez, il faut trou­ver des experts femmes, aller en région, chan­ger nos habi­tudes » tout le monde acquiesce, et puis tout le monde oublie.

On a donc fixé des objec­tifs et on fait des points tri­mes­triels avec les chefs. Il faut y aller à marche for­cée. Et je pré­cise qu’on n’a pas atten­du le CSA pour s’y mettre.

Don­na Tabe­rer (BBC). Dans notre rédac­tion, hommes et femmes sont à 50–50. Dans la hié­rar­chie, on a quelques direc­trices, mais la sous-repré­sen­ta­tion encore forte.

Récem­ment, une pro­po­si­tion de pro­mo­tion interne a été publiée, concer­nant quatre postes. Sur les dix-sept can­di­dats, un seul était une femme. Le res­pon­sable du recru­te­ment a refu­sé d’aller plus loin, et a recom­men­cé la pro­cé­dure. Fina­le­ment, deux femmes ont été prises.

Mais ce n’est pas for­cé­ment un pro­blème de sexisme, plu­tôt le signe que les femmes n’osent pas.

M. C.-G. Une étude réa­li­sée au niveau euro­péen montre que lorsqu’on on monte, le rap­port femmes-hommes passe de 50%-50% à 70%-30% pour la hié­rar­chie inter­mé­diaire et 10%-90% pour le top mana­ge­ment.

R. E. A BFM-TV, on est obli­gés de faire atten­tion à prendre des hommes pour les postes de base… Mais ce sont plu­tôt des hommes qui sont les patrons, c’est clair. Et les der­nières nomi­na­tions ont été des hommes.

La ques­tion, c’est la stra­té­gie de pou­voir des femmes. J’étais le chef de Thier­ry Thuillier au début de sa car­rière, et main­te­nant il est à un poste plus haut dans la hié­rar­chie.

Je n’ai pas aimé être chef, j’étais dans un rap­port plus hédo­niste à mon métier : je vou­lais me faire plai­sir. Je ne me suis pas pro­je­tée dans une situa­tion de pou­voir. C’est pour­tant ce qu’il faut faire pour l’atteindre et y res­ter.

Il faut convaincre les femmes qu’elles peuvent avoir le pou­voir, et conti­nuer à avoir une vie per­son­nelle.

Il y a eu une époque de rêve, c’était avec Michèle Cot­ta, à TF1 ou France Télé­vi­sions. Ses chefs de ser­vice étaient pour moi­tié des femmes.

A. Y. Il faut faire du réseau­tage, pro­fi­ter des rela­tions. Les femmes s’en veulent sou­vent de ne pas être assez dures, elles sont dans l’autoflagellation, elles pensent man­quer de contacts. Par­fois, il faut s’en prendre à nous-mêmes.

La démo­gra­phie change :en Grande-Bre­tagne aujourd’hui, beau­coup de qua­ran­te­naires ne sont pas mères. Elles s’absentent moins du lieu de tra­vail et pour­ront être prises pour des postes à res­pon­sa­bi­li­té. Elles seront un vrai che­val de Troie, ce sera déter­mi­nant pour la suite, pour la capa­ci­té des femmes à s’affirmer.

Ségo­lène Hano­taux (col­lec­tif Pre­nons la une).  Avec 50% de femmes jour­na­listes dans les rédac­tions, pour­quoi a-t-on 20% d’interviewées seule­ment ?

M. C.-G. Pen­dant long­temps, le fait que le jour­na­liste soit une femme n’avait pas d’impact dans le choix des per­sonnes inter­viewées. Mais récem­ment, on a vu un inflé­chis­se­ment dans les études : les femmes jour­na­listes com­mencent à avoir davan­tage ten­dance à inter­vie­wer des femmes.

C’est le signe que la ques­tion des rap­ports hommes/femmes a été conscien­ti­sée : on sait qu’il ne suf­fit pas d’être une femme pour être fémi­niste.

T. T. Il y aus­si des contraintes de temps qui expliquent ce confor­misme : pour aller vite, on prend tou­jours les mêmes, des hommes. Du coup, à France Télé­vi­sions, on a tra­vaillé sur un guide des expertes, qui contient  400 noms de femmes experts à dis­po­si­tion des rédac­tions, avec leur numé­ro de por­table et leur adresse e-mail. On l’a par­ta­gé avec les autres rédac­tions du groupe.

Ce guide est uti­li­sé, au moins par une par­tie des jour­na­listes : le com­bat contre le confor­misme, c’est quelque chose qui doit être quo­ti­dien.

On a orga­ni­sé des for­ma­tions pour la hié­rar­chie, pour que cette ambi­tion-là soit dif­fu­sée. Au début, on a eu beau­coup de mal à faire venir les hommes pour suivre ces ses­sions.

Mais si on ne fait pas tout ça, on devra pas­ser par la loi, la contrainte, les quo­tas. Je pré­fère que ce soit nous qui nous pre­nions en main.

D. T. Nous avons lan­cé le pro­gramme Expert Women de la BBC Aca­de­my parce que nous avions les mêmes chiffres que vous, le pla­fond de 20%. Main­te­nant, on en est à trois hommes pour une femme [soit 25% de femmes, ndlr], c’est la preuve que ça peut chan­ger.

On a lan­cé une chaîne You­Tube, un espace sur Lin­ke­dIn, on a édi­té des bases de don­nées, fait des cours solides et appro­fon­dis et oui, on a fait  un peu de dis­cri­mi­na­tion posi­tive.

Sur les 364 expertes for­mées à la BBC Aca­de­my, 74 ont per­cé, et sont appa­rus dans des cen­taines de repor­tages.

On leur a deman­dé ce qui se pas­sait quand un jour­na­liste les appe­lait avant qu’elles suivent cette for­ma­tion. Beau­coup refu­saient, ren­voyaient vers un homme, même s’il était moins expé­ri­men­té. Il y a ce syn­drome de l’usurpatrice, cette idée qu’un homme sera tou­jours meilleur qu’elles.

Pour moi, les quo­tas ne fonc­tionnent pas : il faut que les femmes expertes se fassent valoir elles-mêmes et feront de même.

T. T. A l’université France Télé­vi­sions, on forme les chefs, mais pas les expertes.

S. H. Est-ce que les gens du ser­vice des sports y vont ?

T. T. Le ser­vice des sports n’est pas sous ma res­pon­sa­bi­li­té, mais je vois très bien à quoi à faire illu­sion…

R. E. J’ai sou­vent l’impression que les femmes se disent : « Je suis une élève appli­quée, je fais bien mon tra­vail, je n’ai pas besoin de pas­ser à la télé. » Et ben si. Les médias struc­turent le monde, et vous pou­vez avoir du pou­voir.

De mon côté, je me gen­darme, je me police, je dis : « Ça fait quinze jours qu’il n’y a pas assez de femmes, c’est pas pos­sible. »

C’est plus simple d’appeler les mêmes mecs : ils sont bons, il savent qu’il faut être clair, pas trop long. Sur une chaîne info, vous devez être per­cu­tant, vous devez aller vite. Je suis exi­geante, sévère, par­fois injuste. Je vou­drais avoir davan­tage d’expertes dans cer­tains domaines, mais je ne les trouve pas assez bonnes.

C’est pour ça que BBC Aca­de­my très bonne idée.

A. Y. Il y a un autre blo­cage : la volon­té d’être aimé. Pour une femme, ça veut dire ne pas paraître comme auto­ri­taire ou mal­po­lie. On voit qu’on demande tout et son contraire aux femmes…

Comme pré­sen­ta­trice, c’est très dur de trou­ver des femmes à Paris qui parlent assez bien anglais et qui se sentent suf­fi­sam­ment en confiance pour pas­ser dans mon émis­sion sur France 24.

Et je me rends compte qu’il faut avoir un enca­dre­ment qui pense ces ques­tions-là,  qui est conscient du pro­blème et s’en occupe concrè­te­ment. La volon­té doit venir d’eux. A France 24, on dif­fuse 24h/24, c’est comme une grosse mois­son­neuse bat­teuse, on ne sait pas ce qu’on va dif­fu­ser dans une heure, on ne peut pas pen­ser à long terme ?

Du coup, je me demande s’il ne faut pas une obli­ga­tion légale pour for­cer les mana­gers.

A. H. En France, elle existe en par­tie, d’ailleurs l’objectif du CSA est d’arriver à 30% d’expertes à la fin de l’année, on ver­ra s’il déclenche les sanc­tions.

D. T. Je pense que les objec­tifs internes sont meilleurs que les quo­tas. A la BBC, la poli­tique c’est d’avoir au moins un femme dans chaque sta­tion locale et une femme dans chaque émis­sion de diver­tis­se­ment. C’est l’affaire de tous, des sala­riés lamb­das au grand patron.

Mais il faut arrê­ter de dire que c’est dur, sinon c’est uti­li­sé comme excuse. On est 52%, ce n’est pas si dif­fi­cile.

T.  T. Le PDG de France TV a deman­dé qu’il y ait au moins une femme can­di­date quand un poste de direc­tion est ouvert au recru­te­ment. Moi aus­si, je pré­fère que l’ensemble de l’entreprise s’engage.

M. C.-G. D’accord, mais on peut trou­ver que ça ne va pas très vite. On a hur­lé quand la pari­té a été ins­tau­rée en poli­tique ; pour­tant, aujourd’hui, per­sonne ne pro­pose de la sup­pri­mer, et ça a per­mis aux choses de bou­ger. Il ne faut pas être sys­té­ma­ti­que­ment oppo­sé à des quo­tas.

R. E. Pour moi, la sen­si­bi­li­sa­tion est en train de fonc­tion­ner. Quand il y a une femme patronne dans une rédac­tion, elle donne envie, et elle sert de modèle. La com­pé­tence est impor­tante, mais avoir des femmes à la tête des médias est impor­tant pour les sala­riées.

Je me sou­vient d’une phrase du juge Marc Tré­vi­dic, qui me rap­pe­lait que les femmes sont désor­mais ultra majo­ri­taires dans la magis­tra­ture. « Bien­tôt il n’y aura plus que des femmes magis­trats, donc bien­tôt il y aura des femmes aux postes plus pres­ti­gieux, c’est inévi­table. » C’est la même chose pour les rédac­tions.

Après, le pou­voir réel, ce n’est pas for­cé­ment dans un comi­té de direc­tion pari­taire qu’il s’exerce. Par­fois, c’est dans une dis­cus­sion entre mecs dans un bureau fer­mé, avec un homme poli­tique au télé­phone. Je l’ai vécu, et c’est pour ça que je n’ai pas aimé être chef.

Les hommes sont pro­gram­més dès le plus jeune âge puis au fil de leurs études à se voir à un haut niveau de pou­voir.

Mais je ne suis pas favo­rable à une loi, en tout cas pas tout de suite. Lais­sons sa chance à la sen­si­bi­li­sa­tion. Peut-être que dans cinq ans, j’aurai un autre avis.

D. F. Si on regarde l’évolution entre 2013 et 2014, on voit qu’elle est posi­tive : on est pas­sés de 18,9% à 20,1% de femmes par­mi les inter­viewés pour les chaines géné­ra­listes. Pour les chaînes info, il y a stag­na­tion. A la radio, on passe de 16,5% à 17,7%. RTL est en baisse, Europe 1 en hausse de 5 points.

R. E. Pour les invi­tés poli­tiques, c’est plus facile, grâce à la pari­té. Mais il y a des domaines où on y arrive pas.

Au pas­sage, rap­pe­lons que les dis­cri­mi­na­tions qui touchent les entre­prises touchent aus­si les entre­prises de presse : les femmes repré­sentent 54% des CDD et 58% des pigistes, par exemple. […]

Je vou­drais reve­nir sur une chose : quand j’ai Natha­lie Kos­cius­ko-Mori­zet en pla­teau et que je lui dis : « Vous avez chan­gé de coif­fure », je ne consi­dère pas que c’est du sexisme.

M. C.-G. Il faut que vous posiez la même ques­tion à Mon­te­bourg…

R. E. Quand j’ai reçu Bru­no Lemaire, je lui en par­lé de sa che­mise, qu’il porte ouverte plus sou­vent depuis qu’il est can­di­dat à la pré­si­dence de l’UMP, pour faire plus jeune. C’est aus­si une ana­lyse de leur com”.

Dans le public. Avoir plus de femmes jour­na­listes, est-ce que ça change quelque chose au jour­na­lisme lui-même ?

T. T.  Sur les ter­rains dan­ge­reux, les femmes sont un peu plus déter­mi­nées et cou­ra­geuses. Mais sinon, je ne vois pas de chan­ge­ment.

R. E. Je ne pense pas qu’il y ait un œil fémi­nin sur l’information. Il peut y avoir des approches dif­fé­rentes ponc­tuel­le­ment. Ça me ras­su­re­rait qu’il n’y ait pas de géné­ra­li­sa­tion. Il y a une for­ma­tion, un pro­fes­sion­na­lisme qui peut se retrou­ver chez les hommes et chez les femmes.

D. T.  Si on ne reflète pas la diver­si­té de l’audience, on perd en audience. Pour la BBC, il ne s’agissait pas que d’avoir plus des femmes, mais aus­si d’avoir de nou­veaux sujets, des sujets appor­tés par expertes femmes.

Du coup, on a orga­ni­sé des ren­contres entre jour­na­listes et expertes, et on a don­né le numé­ro de télé­phone des pre­miers aux secondes. Et ça a chan­gé le conte­nu des infor­ma­tions.

Dans le public. On n’a pas par­lé de l’écart de rému­né­ra­tion, qui aug­mente quand on monte dans la hié­rar­chie…

R. E. C’est la même chose dans les médias que dans le reste des entre­prises. Là, on rentre dans le dur.

M. C.-G. Les femmes négo­cient moins leur salaire que les hommes, elles vont moins sou­vent voir leur supé­rieur hié­rar­chique. Aux futures jour­na­listes dans la salle, je dis : « Il faut aller négo­cier votre salaire. » Les femmes pensent sou­vent qu’elles doivent être recon­nues d’elles-mêmes.

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