6 phrases sur l’avenir du journalisme pour briller dans les dîners

Je ne parles pas forcément du futur du journalisme, mais quand je le fais, c'est avec des citations trouvées Dans mon labo.
Je ne parle pas sou­vent du futur du jour­na­lisme, mais quand je le fais, c’est avec des cita­tions trou­vées Dans mon labo.

Vous n’étiez pas au Fes­ti­val inter­na­tio­nal de jour­na­lisme de Pérouse la semaine der­nière, et vous avez bien fait. Il y avait beau­coup trop de confé­rences inté­res­santes en même temps, ça rend le choix impos­sible et on finit la jour­née avec un super mal de crâne, après avoir subi un tel flot de bonnes idées, de conseils utiles et d’expériences pas­sion­nantes.

Et puis c’est tota­le­ment gra­tuit, alors les salles sont bon­dées, rem­plies d’étudiants en jour­na­lisme et d’activistes sans le sou, mer­ci bien. Quant aux inter­ve­nants, c’est bien simple : ils répondent aux  ques­tions, débattent avec le public, sont ouverts aux cri­tiques et acces­sibles même le soir, au res­tau­rant. Tant de déma­go­gie, c’est fati­guant.

Enfin, j’ai pen­sé à vous et j’ai fait une petite com­pi­la­tion de phrases que vous pou­vez res­sor­tir dans les dîners entre jour­na­listes, pour faire croire que vous y étiez.

1. « Tu sais, si tu chasses les clics, tu finis par publier des chatons »

Comme le blo­gueur Jeff Jar­vis, auteur de cette for­mule pen­dant sa key­note, beau­coup d’intervenants ont rap­pe­lé que les médias devaient mieux choi­sir les sta­tis­tiques à suivre pour bien déve­lop­per leur site :

« Les métriques doivent être repen­sées. Les pages vues, les visi­teurs uniques, le nombre de likes… tout ça, c’est du pas­sé.

Avec Chart­beat, on peut mesu­rer le temps pas­sé sur le site, et vendre aux annon­ceurs du temps d’affichage de leurs publi­ci­tés [et non un nombre d’affichages, ndlr]. Ça va dans la bonne direc­tion, mais ça aus­si, je pense qu’on pour­ra le tru­quer.

Il faut aller vers des mesures plus qua­li­ta­tives, pour savoir si ce que les jour­na­listes font a vrai­ment de la valeur, com­prendre ce qu’ils apportent à la vie des gens. Je ne sais pas com­ment on peut mesu­rer ça, mais il faut trou­ver. »

Même constat pour Sti­jn Debrou­were, spé­cia­liste des sta­tis­tiques des sites de médias, dont la confé­rence était pleine de bons conseils – je l’ai d’ailleurs retrans­crite.

2. « Il faut casser les services et travailler en équipe »

D’accord, il y aura tou­jours des rédac­teurs de génie et des enquê­teurs hors pair qui bossent en solo, se conten­tant d’envoyer un fichier Word par e-mail une fois leur tâche ter­mi­née.

Mais pour tous les autres, être capable de bien tra­vailler dans des équipes mêlant des métiers de plus en plus variés devient un impé­ra­tif.

Aron Pil­ho­fer a ain­si racon­té qu’à son arri­vée à la tête du numé­rique au Guar­dian, il s’est ain­si empres­sé de créer un pôle « Visuals », regrou­pant des com­pé­tences en pho­to, en illus­tra­tion, en desi­gn, en mul­ti­me­dia… Une idée emprun­tée à la NPR, le réseau amé­ri­cain de radios publiques :

« Avant ça, ces métiers étaient plus ou moins dans des ser­vices sépa­rés. Ça n’a pas de sens : quand vous mon­tez un pro­jet numé­rique, ça implique for­cé­ment du texte, des images, de la vidéo, des gra­phiques, des ani­ma­tions…

Vous ne devriez pas avoir à négo­cier entre les dif­fé­rents ser­vices pour for­mer votre équipe. C’est quelque chose qui était vrai­ment dif­fi­cile pour moi quand j’étais au New York Times et dans d’autres rédac­tions.

Ça oblige à mener des négo­cia­tions dignes de pour­par­lers à ONU, en allant voir chaque res­pon­sable pour le convaincre de l’intérêt de votre idée. Ça prend un temps fou, ça se ter­mine avec une réunion avec qua­rante per­sonnes dans la pièce, et ce n’est pas comme ça qu’on fait du bon jour­na­lisme. »

Qu’ils le veuillent ou non, les médias ne sont plus seule­ment des four­nis­seurs de conte­nu, mais aus­si des créa­teurs de tech­no­lo­gie. Et seuls ceux qui peuvent mon­ter rapi­de­ment des équipes plu­ri­dis­ci­pli­naires seront à même de mener des pro­jets rédac­tion­nels ambi­tieux sans les voir s’enliser.

3. « L’Afrique mérite mieux que le journalisme-hélicoptère »

Trou­ver des solu­tions afri­caines aux pro­blèmes afri­cains : l’adage vaut aus­si pour les médias, à en croire le jour­na­liste et poète Tolu Ogun­le­si. Basé à Lagos, au Nigé­ria, il en a assez de voir des repor­ters de télés occi­den­tales débar­quer dans un pays pour cou­vrir une crise pen­dant quelques heures, avant de repar­tir pour tou­jours :

« J’appelle ça le “jour­na­lisme-héli­co­ptère”. Les médias locaux, eux, sont là sur la durée. Depuis quelques années, les jour­na­listes afri­cains ont gagné en confiance, assez pour racon­ter leur propre expé­rience. Les réseaux sociaux ont per­mis à leur voix de por­ter davan­tage.

Avant, CNN ou la BBC étaient les seuls à avoir les moyens de domi­ner la conver­sa­tion mon­diale, main­te­nant on a des chaines comme Chan­nels au Nige­ria qui a très bien trai­té les récentes élec­tions.

Quand vous par­lez de l’endroit dans lequel vous vivez, où se trouve votre mai­son, vous pou­vez vous per­mettre d’aller plus loin, d’être plus nuan­cé. »

4. « Recruter un abonné pour son journal, ce n’est pas seulement lui prendre son argent »

Fini le temps où on pou­vait faire signer un chèque ou un for­mu­laire de pré­lè­ve­ment auto­ma­tique à son lec­teur et puis par­tir en cou­rant, en espé­rant qu’il reste fidèle pour les dix ou vingt ans à venir. C’est ce qu’a rap­pe­lé Jeff Jar­vis dans sa key­note :

« Les gens veulent désor­mais qu’il y ait une vraie col­la­bo­ra­tion entre leurs médias et eux. Un sen­ti­ment d’appartenance, un enga­ge­ment à faire des choses ensemble. […]

Il faut trou­ver de nou­velles façons de contri­buer, pas seule­ment en envoyant de l’argent, mais en fai­sant un effort, en pro­po­sant du conte­nu, de l’aide pour le mar­ke­ting, des lignes de code, bref tout ce qui peut aider dans notre mis­sion d’informer.

Et en retour, il faut trou­ver com­ment récom­pen­ser cette par­ti­ci­pa­tion, et ça ne peut pas être seule­ment l’accès à un conte­nu. Ça peut être une invi­ta­tion à un évé­ne­ment, mais aus­si une forme de recon­nais­sance sociale. »

Alors que beau­coup de sites d’actualité peinent à défi­nir ou rendre attrac­tives leurs offres d’abonnement, c’est peut-être cher­chant des « membres actifs » ou des « sou­tiens » plu­tôt que de simples « abon­nés » qu’ils réus­si­ront. La méthode a en tout cas réus­si pour Media­part.

5. « Le nouveau datajournalisme, c’est le journalisme de capteurs »

On pour­rait pen­ser que les cigales sont tou­jours dans le coin, qu’il suf­fit de s’installer dehors pour l’apéro pour com­men­cer à les entendre. Mais il en existe un genre par­ti­cu­lier, la magi­ci­ca­da Brood IIqui ne débarque sur la côte est des Etats-Unis qu’une fois tous les dix-sept ans.

Pour pré­voir le moment exact de son arri­vée et ne pas la rater, l’émission Radio­lab a lan­cé début 2013 le pro­jet Cica­da Tra­cker, et pro­po­sé aux inter­nautes moti­vés d’assembler un boî­tier élec­tro­nique capable de mesu­rer la tem­pé­ra­ture à 20 cen­ti­mètres sous la sur­face du sol, grâce à un cap­teur de tem­pé­ra­ture.

Des diodes lumi­neuses indiquent quand la tem­pé­ra­ture atteint 17,8 °C, soit juste avant le réveil des cigales mâles, qui rejoignent la sur­face et com­mencent à faire du bou­can pour atti­rer les femelles. Les don­nées étaient ensuite cen­tra­li­sées pour dres­ser des cartes natio­nales.

Si vous avez envie de tes­ter ça dans votre garage afin de vous pré­pa­rer pour la vague de 2030, le fabri­cant Ardui­no pro­pose toute une gamme de sup­ports qu’on branche à son ordi­na­teur et sur les­quels se montent des cap­teurs de tem­pé­ra­ture, de son, de vent, d’humidité, d’accélération, de lumière, de proxi­mi­té, de rythme car­diaque, de ten­sion arté­rielle…

Tous ces pro­duits (pré­sen­tés par la crea­tive tech­no­lo­gist Lin­da Sand­vik à Pérouse) sont loins d’être nou­veaux mais, un peu comme les drones, ils ouvrent de nou­veaux hori­zons aux jour­na­listes et aux acti­vistes bidouilleurs. Comme ces étu­diants chi­nois qui ont fait voler des cerf-volants pour mesu­rer la pol­lu­tion dans  le ciel chi­nois.

6. « Aujourd’hui, tu peux plus te contenter d’être un observateur, il faut t’engager »

Le jour­na­liste est de moins en moins vu comme un pur esprit, obser­va­teur objec­tif de la marche du monde mais ne pre­nant jamais part aux évé­ne­ments qui le secouent.

Ce mythe-là a vécu, comme l’a prou­vé la récente ini­tia­tive du Guar­dian, qui veut faire pres­sion sur la fon­da­tion Bill et Melin­da Gates et d’autres fonds d’investissement afin qu’ils n’investissent plus dans les entre­prises exploi­tant les éner­gies fos­siles, afin de lut­ter contre le réchauf­fe­ment cli­ma­tique.

Une vraie libé­ra­tion pour Aron Pil­ho­fer :

« Après vingt ans de jour­na­lisme, je m’étais tou­jours arrê­té devant cette porte-là. On est là pour racon­ter ce qui se passe, ce qui ne va pas, ce qu’il fau­drait faire, mais on ne s’empare pas d’un com­bat. Et ça, c’est vrai­ment frus­trant à force.

Ce serait impos­sible de faire ça au New York Times, ils ne veulent vrai­ment pas aller vers un « jour­na­lisme de solu­tions. »

Beau­coup de pro­jets reposent aus­si sur la col­la­bo­ra­tion avec des orga­ni­sa­tions non gou­ver­ne­men­tales (ONG) ou des groupes d’activistes, comme le lan­ce­ment de la revue Alter-mondes, en France.

Puisque vous passez par là…

J’ai besoin de votre aide : je m’intéresse à la mesure d’audience des médias en ligne (dans Google Analytics, sur Facebook, sur Twitter…) et à ce que les journalistes en font. En participant à ma petite enquête sur le sujet, vous m’aiderez à concevoir de nouveaux services intéressants.

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