La France de la VO et celle de la VF : les cartes d’une fracture française

La France de la VO
La France de la VF

Ça fait par­tie de ces com­bats qui divisent les Fran­çais en deux camps irré­con­ci­liables. Comme la guerre sans mer­ci du « pain au cho­co­lat » et de la « cho­co­la­tine », ou le conflit sécu­laire entre la tar­tine au beurre salé et celle au beurre doux.

De même, il y a ceux qui ne jurent que par la ver­sion ori­gi­nale sous-titrée (VO) – quitte à pas­ser son temps à lire les sous-titres plu­tôt qu’à pro­fi­ter de lpoac­tion et des dia­logues – et ceux qui ne peuvent pas vivre sans la ver­sion fran­çaise (VF) – quitte à subir des tra­duc­tions et des dou­blages pas tou­jours par­faits.

His­toire de frus­trer un peu tout le monde, les ciné­mas ne pro­posent pas for­cé­ment les deux ver­sions. Sur les deux ana­mor­phoses en haut de cet article, plus un dépar­te­ment est gros et plus ses habi­tants se voient pro­po­ser de séances en VO (à gauche, en rouge) ou de la VF (à droite, en vert).

Sur une journée, 20 182 séances de cinéma dans 1 400 salles

Pour les réa­li­ser, j’ai récu­pé­ré, grâce à un scra­per, l’intégralité des séances dis­po­nibles sur un site spé­cia­li­sé pour la jour­née du 28 avril 2017. Soit plus de 20 182 séances, dans plus de 1 400 ciné­mas de France et de Navarre, pro­je­tant un total de 981 films dif­fé­rents.

Par­mi ces der­niers, j’en ai iden­ti­fié 549 en langue étran­gère (non sans mal, comme je l’explique dans un autre post sur site, où je reviens sur la méthode uti­li­sée) pour un total de 14 223 séances, dont 2 964 en VO.

Dans cer­taines régions, la VO est réser­vée aux petites salles de centre-ville ou aux ciné­mas art et essai. Mais cer­tains réseaux de mul­ti­plexes pro­gramment aus­si un nombre impor­tant de séances en VO, comme UGC.

Si on passe à l’échelon des villes, c’est bien sûr à Paris que sont pro­po­sées le plus de séances en VO. Mais la ban­lieue et la pro­vince se défendent, avec Mon­treuil, Biar­ritz et Hérou­ville-Saint-Clair en tête devant la capi­tale si on prend compte la part totale des séances en VO.

A l’inverse, il y a des coins de France où on vous recom­mande pas de démé­na­ger si vous êtes #team­vo. Dans cinq dépar­te­ments, aucune séance en VO n’était pro­po­sée dans la jour­née :

  • l’Ariège
  • la Creuse
  • la Haute-Saône
  • l’Indre
  • l’Orne

Les villes avec VO et les villes avec VF

Mais pour­quoi les ciné­mas d’une ville pro­posent-ils de la VO alors que ceux de la ville d’à côté se contentent de la VF ? Le goût pour la VO est lié à la richesse des habi­tants, à leur niveau d’éducation, où bien à leur choix poli­tique ?

Sur les 1 133 loca­li­tés étu­diées, plus de 65% ne pro­po­saient aucune séance en VO dans leurs salles de ciné­ma. Pour explo­rer mes don­nées, j’ai donc répar­ti la liste en deux deux camps : les villes avec VO et les villes sans VO.


J’ai ensuite asso­cié mes résul­tats à une série de sta­tis­tiques de l’Insee, à com­men­cer par la popu­la­tion (en 2014). Sans sur­prise, ce sont dans les loca­li­tés les plus peu­plées qu’on a le plus de chances se trou­ver des séances en VO.

Ça semble logique : comme la majo­ri­té des Fran­çais pré­fère la VF, pro­po­ser de la VO n’est com­mer­cia­le­ment inté­res­sant que si la salle se trouve dans une zone suf­fi­sam­ment peu­plée pour qu’on y trouve un nombre suf­fi­sant d’amateurs de ver­sions sous-titrées.

Dans les deux camps, le niveau de vie médian est proche. On peut faire l’hypothèse que la VO n’est pas « un truc de riches»…

… ce que semble confir­mer la com­pa­rai­son du taux de pau­vre­té médian des deux séries de villes.

En revanche, si on s’intéresse à la part de la popu­la­tion ayant sui­vi des études supé­rieures, la dif­fé­rence est nette.

Je vois au moins une cau­sa­li­té pos­sible à cette cor­ré­la­tion : plus on étu­die, plus on est à l’aise avec la lec­ture, et moins on est gêné quand on doit pas­ser du temps à lire les dia­logues en bas de l’écran. Ce qui pour­rait inci­ter les gérants de salle de la loca­li­té concer­née à pri­vi­lé­gier les copies en VO.

J’ai aus­si croi­sé mes don­nées avec les résul­tats du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle 2017. Les villes sans VO ont ten­dance à voter davan­tage pour Le Pen et moins pour Macron et Mélen­chon que les autres. Si la pré­si­den­tielle ne s’était jouée que dans les villes avec VO, Mélen­chon aurait été qua­li­fié pour le second tour.


Voi­là ! Evi­dem­ment, ce tra­vail est très par­cel­laire, et la méthode que j’ai uti­li­sée sûre­ment contes­table. Je ne suis pas spé­cia­liste de l’étude des pra­tiques cultu­relles, et je ne sais pas si cette grande frac­ture fran­çaise a fait l’objet d’enquêtes plus pous­sées. [ajout le 27/7 à 17h20 : Vod­kas­ter a fait un point assez com­plet sur le sujet en 2016]

Je serais en tout cas ravi d’en savoir plus, donc n’hésitez pas à des­cendre don­ner votre avis un peu plus bas dans les com­men­taires, et à aller explo­rer ces don­nées, qui sont dis­po­nibles dans une Google Sheet.

Cor­ri­gé le 21/7 à 10h20. Inver­sion des barres dans les gra­phique niveaux de vie et part des diplô­més du supé­rieur.

Mis à jour le 21/7 à 11h45. Ajout du gra­phique consa­cré aux réseaux de mul­ti­plexes.

Cor­ri­gé le 1/10 à 21h10. Inver­sion des barres dans le gra­phique popu­la­tion.

Un peu d'inspiration !

Depuis 2014, j'accompagne des médias dans leurs projets et je mène mes propres expériences. Retrouvez les réalisations dont je suis le plus fier dans un portfolio qui vous donnera envie d'innover !

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