Expériences

Obsessions, marottes et zones d’ombre : voici les sujets préférés de 60 sites d’info français

Dans une rédac­tion, la ligne édi­to­riale, c’est comme le dahu : tout le monde en parle, mais per­sonne ne l’a jamais vue. Elle struc­ture pour­tant le tra­vail quo­ti­dien des jour­na­listes ; c’est en son nom qu’on va accep­ter ou refu­ser une idée de sujet ou d’angle. Et quand elle est absente ou bien trop floue, ce n’est sou­vent pas bon signe.

Pour ten­ter de repré­sen­ter ces fameuses lignes, j’ai mis au point ce tableau de bord, qui montre les thé­ma­tiques les plus pré­sentes sur une soixan­taine de sites d’actualité dans les sept der­niers jours, le tout rafraî­chi trois fois par jour.

Encore expé­ri­men­tales, ces listes sont géné­rées auto­ma­ti­que­ment, grâce à la recon­nais­sance d’entités nom­mées dans un cor­pus spé­ci­fique à chaque média. Cet agglo­mé­rat de texte est for­mé avec les infor­ma­tions dis­po­nibles au sein de son flux RSS prin­ci­pal – je reviens en détail sur la métho­do­lo­gie uti­li­sée dans un autre post.

Mis à jour le 5/10/2018. L’infographie a pas mal évo­lué depuis sa publi­ca­tion, voir la liste des chan­ge­ments dans ce post.

 

Bataille de bouffe ! Découvrez les ingrédients et recettes préférés des Français

Met­tez deux Fran­çais ensemble, et il y a de bonnes chances qu’après quelques minutes, ils se mettent à par­ler de bouffe, qu’il s’agisse du der­nier res­tau­rant à la mode ou de cette recette exclu­sive de moel­leux au cho­co­lat qu’ils sortent du tiroir pour les grandes occa­sions.

Mais quels sont les ali­ments et les pré­pa­ra­tions pré­fé­rés des Fran­çais ? Pour le savoir, j’ai « aspi­ré » les don­nées d’un des sites de recettes les plus popu­laires, Mar­mi­ton, Vous pou­vez décou­vrir les résul­tats en lan­çant des batailles d’ingrédients dans l’infographie ci-des­sous.

Pour cal­cu­ler le score d’un ingré­dient, j’ai d’abord récu­pé­ré toutes les recettes qui le contiennent, grâce à un script en Python. Ensuite j’ai mul­ti­plié, pour cha­cune de ces der­nières, le nombre d’avis d’internautes par la note moyenne obte­nue. Et j’ai addi­tion­né le tout.

Je n’ai gar­dé que les 1 130 ingré­dients qui appa­raissent dans au moins 10 recettes, et opé­ré pas mal de regrou­pe­ments pour obte­nir des résul­tats plus per­ti­nents (par exemple, « échine de porc », « côtes de porc » ou « esca­lope de porc » sont toutes regrou­pées dans l’ingrédient « porc »). La liste rete­nue contient fina­le­ment 871 entrées, de A comme « abri­cot » à Y comme « yaourt ».

Il m’a aus­si fal­lu créer une cin­quan­taine de caté­go­ries (de « viandes » à « pro­duits lai­tiers » en pas­sant par « bon­bons » ou « cham­pi­gnons ») afin de géné­rer les clas­se­ments. N’hésitez pas à me signa­ler des erreurs ou des bizar­re­ries dans les com­men­taires ou en me contac­tant, afin que je les cor­rige.

Vous pou­vez aus­si consul­ter les don­nées sur les ingré­dients comme celles sur les caté­go­ries, pour les réuti­li­ser si vous le sou­hai­tez.

 

La France de la VO et celle de la VF : les cartes d’une fracture française

La France de la VO
La France de la VF

Ça fait par­tie de ces com­bats qui divisent les Fran­çais en deux camps irré­con­ci­liables. Comme la guerre sans mer­ci du « pain au cho­co­lat » et de la « cho­co­la­tine », ou le conflit sécu­laire entre la tar­tine au beurre salé et celle au beurre doux.

De même, il y a ceux qui ne jurent que par la ver­sion ori­gi­nale sous-titrée (VO) – quitte à pas­ser son temps à lire les sous-titres plu­tôt qu’à pro­fi­ter de lpoac­tion et des dia­logues – et ceux qui ne peuvent pas vivre sans la ver­sion fran­çaise (VF) – quitte à subir des tra­duc­tions et des dou­blages pas tou­jours par­faits.

His­toire de frus­trer un peu tout le monde, les ciné­mas ne pro­posent pas for­cé­ment les deux ver­sions. Sur les deux ana­mor­phoses en haut de cet article, plus un dépar­te­ment est gros et plus ses habi­tants se voient pro­po­ser de séances en VO (à gauche, en rouge) ou de la VF (à droite, en vert).

Sur une journée, 20 182 séances de cinéma dans 1 400 salles

Pour les réa­li­ser, j’ai récu­pé­ré, grâce à un scra­per, l’intégralité des séances dis­po­nibles sur un site spé­cia­li­sé pour la jour­née du 28 avril 2017. Soit plus de 20 182 séances, dans plus de 1 400 ciné­mas de France et de Navarre, pro­je­tant un total de 981 films dif­fé­rents.

Par­mi ces der­niers, j’en ai iden­ti­fié 549 en langue étran­gère (non sans mal, comme je l’explique dans un autre post sur site, où je reviens sur la méthode uti­li­sée) pour un total de 14 223 séances, dont 2 964 en VO.

Dans cer­taines régions, la VO est réser­vée aux petites salles de centre-ville ou aux ciné­mas art et essai. Mais cer­tains réseaux de mul­ti­plexes pro­gramment aus­si un nombre impor­tant de séances en VO, comme UGC.

Si on passe à l’échelon des villes, c’est bien sûr à Paris que sont pro­po­sées le plus de séances en VO. Mais la ban­lieue et la pro­vince se défendent, avec Mon­treuil, Biar­ritz et Hérou­ville-Saint-Clair en tête devant la capi­tale si on prend compte la part totale des séances en VO.

A l’inverse, il y a des coins de France où on vous recom­mande pas de démé­na­ger si vous êtes #team­vo. Dans cinq dépar­te­ments, aucune séance en VO n’était pro­po­sée dans la jour­née :

  • l’Ariège
  • la Creuse
  • la Haute-Saône
  • l’Indre
  • l’Orne

Les villes avec VO et les villes avec VF

Mais pour­quoi les ciné­mas d’une ville pro­posent-ils de la VO alors que ceux de la ville d’à côté se contentent de la VF ? Le goût pour la VO est lié à la richesse des habi­tants, à leur niveau d’éducation, où bien à leur choix poli­tique ?

Sur les 1 133 loca­li­tés étu­diées, plus de 65% ne pro­po­saient aucune séance en VO dans leurs salles de ciné­ma. Pour explo­rer mes don­nées, j’ai donc répar­ti la liste en deux deux camps : les villes avec VO et les villes sans VO.


J’ai ensuite asso­cié mes résul­tats à une série de sta­tis­tiques de l’Insee, à com­men­cer par la popu­la­tion (en 2014). Sans sur­prise, ce sont dans les loca­li­tés les plus peu­plées qu’on a le plus de chances se trou­ver des séances en VO.

Ça semble logique : comme la majo­ri­té des Fran­çais pré­fère la VF, pro­po­ser de la VO n’est com­mer­cia­le­ment inté­res­sant que si la salle se trouve dans une zone suf­fi­sam­ment peu­plée pour qu’on y trouve un nombre suf­fi­sant d’amateurs de ver­sions sous-titrées.

Dans les deux camps, le niveau de vie médian est proche. On peut faire l’hypothèse que la VO n’est pas « un truc de riches»…

… ce que semble confir­mer la com­pa­rai­son du taux de pau­vre­té médian des deux séries de villes.

En revanche, si on s’intéresse à la part de la popu­la­tion ayant sui­vi des études supé­rieures, la dif­fé­rence est nette.

Je vois au moins une cau­sa­li­té pos­sible à cette cor­ré­la­tion : plus on étu­die, plus on est à l’aise avec la lec­ture, et moins on est gêné quand on doit pas­ser du temps à lire les dia­logues en bas de l’écran. Ce qui pour­rait inci­ter les gérants de salle de la loca­li­té concer­née à pri­vi­lé­gier les copies en VO.

J’ai aus­si croi­sé mes don­nées avec les résul­tats du pre­mier tour de la pré­si­den­tielle 2017. Les villes sans VO ont ten­dance à voter davan­tage pour Le Pen et moins pour Macron et Mélen­chon que les autres. Si la pré­si­den­tielle ne s’était jouée que dans les villes avec VO, Mélen­chon aurait été qua­li­fié pour le second tour.


Voi­là ! Evi­dem­ment, ce tra­vail est très par­cel­laire, et la méthode que j’ai uti­li­sée sûre­ment contes­table. Je ne suis pas spé­cia­liste de l’étude des pra­tiques cultu­relles, et je ne sais pas si cette grande frac­ture fran­çaise a fait l’objet d’enquêtes plus pous­sées. [ajout le 27/7 à 17h20 : Vod­kas­ter a fait un point assez com­plet sur le sujet en 2016]

Je serais en tout cas ravi d’en savoir plus, donc n’hésitez pas à des­cendre don­ner votre avis un peu plus bas dans les com­men­taires, et à aller explo­rer ces don­nées, qui sont dis­po­nibles dans une Google Sheet.

Cor­ri­gé le 21/7 à 10h20. Inver­sion des barres dans les gra­phique niveaux de vie et part des diplô­més du supé­rieur.

Mis à jour le 21/7 à 11h45. Ajout du gra­phique consa­cré aux réseaux de mul­ti­plexes.

Cor­ri­gé le 1/10 à 21h10. Inver­sion des barres dans le gra­phique popu­la­tion.

L’info était bidon… mais elle est toujours en ligne sur ton site, coco

Pour aider les inter­nautes à dis­tin­guer le vrai du faux, les médias ont lan­cé des rubriques de fact che­cking et passent en revue toute la jour­née des décla­ra­tions poli­tiques, des légendes urbaines cro­qui­gno­lesques ou des repor­tages de la télé russe – un exer­cice aus­si sain que sans fin.

Mais que se passe-t-il quand les sites d’actu sont eux-mêmes à l’origine de la dif­fu­sion d’une info bidon ? Font-ils preuve de la même exi­gence envers leurs propres conte­nus ? Que deviennent les articles concer­nés quand ils sont démen­tis, par­fois bru­ta­le­ment, deux heures ou deux jours plus tard ?

Pour le savoir, j’ai mené une petite expé­rience.  Après une rapide consul­ta­tion sur Twit­ter et sur Face­book, j’ai sélec­tion­né cinq his­toires récentes.

Leur point com­mun ? Elles ont été lar­ge­ment reprises par les sites d’info géné­ra­listes fran­çais, avant d’être « démon­tées » peu après :

  • « L’araignée mor­telle décou­verte dans une caisse de bananes ». L’araignée était inof­fen­sive, et les diverses aber­ra­tions des articles sur le sujet ont été rele­vées par l’émission La Tête au car­ré sur France Inter.
  • « La pres­ti­gieuse pri­ma­to­logue fran­çaise qui ter­mine au Samu social ». L’enquête réa­li­sée par Cau­settebien que contes­tée par Sciences et Ave­nir, montre l’ampleur de l’emballement média­tique autour de Fran­cine Néa­go.
  • « La jeune mariée enceinte après avoir cou­ché avec le nain strip-tea­seur de son enter­re­ment de vie de jeune fille. » Sur L’Express et sur L’Obs, on lira com­ment démon­ter (en quelques minutes) cette his­toire un peu cra­cra mais crous­tillante.
  • « La snow­boar­deuse pour­sui­vie par un ours. » Tru­quée, la vidéo a été pro­duite par l’agence aus­tra­lienne The Wool­shed Com­pa­ny dans le cadre de l’opération The Viral Expe­riment.

J’ai ensuite mené des recherches sur 30 médias par­mi les plus fré­quen­tés. A chaque fois qu’une de ces « infos bidon » était détec­tée dans ses archives, j’ai regar­dé com­ment le site étu­dié avait réagi, avant de le clas­ser dans une des cinq caté­go­ries détaillées ci-des­sous – pour les curieux, les 150 résul­tats sont aus­si dis­pos dans une Google Sheet.



J’étais un peu scep­tique avant de me lan­cer dans ce tra­vail : je me disais qu’en 2016, les rédac­tions concer­nées devaient avoir toutes réflé­chi à des règles et des pro­cé­dures afin d’éviter de lais­ser des infor­ma­tions erro­nées sur­vivre dans leurs archives.

Mais en quelques clics, j’ai trou­vé 41 articles encore en ligne qui reprennent les cinq sujets ci-des­sus, sans prendre de recul ni aver­tir le lec­teur de ce qui a pu se pas­ser depuis la paru­tion.

Soit 41 liens qu’un lec­teur pour­ra publier sur Face­book en toute bonne foi, pour peu qu’il fasse confiance aux médias concer­nés, redon­nant à ces his­toires visi­bi­li­té et légi­ti­mi­té.

Un peu sur­pris, j’ai inter­ro­gé les res­pon­sables de trois sites où ce lais­ser-aller dans les archives était, au moins au vu des résul­tats de ma petite expé­rience, le plus fla­grant.

Jérome Béglé, direc­teur adjoint de la rédac­tion du Point, n’a pas sem­blé bou­le­ver­sé quand je lui ai appris que son média conti­nuait à col­por­ter la fable du strip-tea­seur nain :

« En cas d’erreur, on n’a pas de règle intan­gible, on fait au cas par cas. Pour la fausse mort de Mar­tin Bouygues j’ai écrit un article après coup afin d’expliquer ce fail col­lec­tif. Là, je vais regar­der.

Je dépu­blie très rare­ment, c’est un prin­cipe. Un papier de presse écrite ne se dépu­blie pas, donc un papier web ne se dépu­blie pas non plus : quand le coup est par­ti, il est par­ti.

Mais on est assez peu accros au buzz venant des réseaux sociaux, ça limite le type de risques. »

Au Dau­phi­né libé­ré, le rédac­teur en chef n’hésite pas, lui, à appuyer sur le gros bou­ton rouge. Après que le lui ai signa­lé des articles pro­blé­ma­tiques sur le site du quo­ti­dien régio­nal (les trois cases rouges dans le tableau plus haut), Jean-Pierre Sou­chon a fait sup­pri­mer deux conte­nus par son équipe :

« Il y a sur le site des infos pré­pa­rées par des équipes à Paris pour plu­sieurs titres du groupe. S’ils ne rec­ti­fient pas le tir, ça peut res­ter en ligne.

Mais non, on ne laisse pas en ligne une erreur qu’on nous aurait signa­lée, je trouve insul­tant que vous le sous-enten­diez. Dans cer­tains cas, on va modi­fier le texte ; si le sujet lui-même n’existe plus, autant le sup­pri­mer plu­tôt que de pla­cer un aver­tis­se­ment. »

« Des molosses affamés de “clics” »

En plon­geant dans les pla­cards, j’ai fait quelques décou­vertes savou­reuses. Sur Le Point, on apprend ain­si que l’oncle de Kim Jong-un se serait fait dévo­rer par 120 chiens affa­més, dans un article publié le 4 jan­vier 2014.

Info bidon, apprend-on dans un billet daté du len­de­main, publié sur le même site et titré « Kim et les chiens : la Toile rase gra­tis ». Son auteur regrette, non sans lyrisme, que « les por­tails du monde entier se jettent sur la bête, tels des molosses affa­més de “clics” […] sans appli­quer l’un des prin­cipes fon­da­men­taux du jour­na­lisme : la véri­fi­ca­tion des infor­ma­tions ».

Soyons juste, l’hebdo n’est pas le seul à avoir ses archives un peu schi­zo­phrènes.

Ain­si Libé­ra­tion fait-il encore aujourd’hui mine de s’interroger sur la décou­verte pos­sible d’une cité maya par un ado­les­cent cana­dien qui a regar­dé les étoiles. Pour­tant, un clic plus loin, le même site et le même auteur sont beau­coup plus défi­ni­tifs : « Non, non et non, il est abso­lu­ment impen­sable que les Mayas aient pu […] repro­duire la carte des constel­la­tions avec leurs cités ». 

Un Démotivateur motivé pour changer

Dans mes four­nis­seurs d’infos bidon en gros, je n’ai pas été très éton­né de retrou­ver sou­vent Démo­ti­va­teur, média d’info­tain­ment rare­ment cité pour la qua­li­té de son tra­vail jour­na­lis­tique. Le site m’a répon­du qu’il était déci­dé à chan­ger cette répu­ta­tion :

« L’équipe de Démo­ti­va­teur ne comp­tait que quatre per­sonnes jusqu’en sep­tembre 2015. Il était dif­fi­cile d’approfondir scru­pu­leu­se­ment cha­cun des articles.

Depuis, nous avons créé une équipe dédiée à la rédac­tion, com­po­sée de six jour­na­listes et dun rédac­teur en chef.  Notre poli­tique édi­to­riale s’inscrit dans la volon­té de trans­mettre des infor­ma­tions réelles dont les sources sont véri­fiées.

Les articles aux­quels vous faites réfé­rence sont anté­rieurs à cette nou­velle orga­ni­sa­tion, et sont par­ti­cu­liè­re­ment iso­lés. […] Par manque de temps, nous n’avons pas encore repris un à un chaque sujet pour les re-véri­fier. »

Publier moins mais publier mieux : c’est peut-être le meilleur remède aux infos bidon. La pre­mière vic­time de la guerre du clic, c’est la véri­té, c’est sûre­ment ce qu’aurait dit l’écrivain anglais Rudyard Kipling, selon Le Figa­ro. A moins que ce soit le poli­ti­cien amé­ri­cain Hiram War­ren John­son, comme l’affirme Le Monde ? A vous de tran­cher !

Mis à jour le 19/8 à 17h55. Signi­fi­ca­tion des car­rés gris ajou­tée en légende du tableau.

Pré­ci­sion le 23/8 à 9h25. France Bleu a dépu­blié les deux articles trou­vés sur son site.

Voici comment les médias français voient le monde

Les médias nous donnent-ils une vision défor­mée du monde qui nous entoure ? La ques­tion est vieille comme Théo­phraste Renau­dot, mais j’ai ten­té d’y appor­ter une réponse moderne avec la série de cartes « ana­mor­pho­sées » publiée ci-des­sous – une idée que j’ai piquée à mes petits cama­rades d’Altermondes.

Elles ont été réa­li­sées en basant la défor­ma­tion de chaque pays sur le nombre de résul­tats trou­vés par Google quand on le cherche sur le site de l’un des vingt médias étu­diés – je reviens plus en détail sur la méthode uti­li­sée (et ses limites) dans un autre post.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, deve­nus pour beau­coup d’entre nous le prin­ci­pal point d’accès à l’information, ces cartes vont-elles se défor­mer davan­tage ?

En fil­trant selon leur popu­la­ri­té les publi­ca­tions venues de nos amis et des pages aux­quelles nous nous sommes abon­nés , Face­book est en effet accu­sé de créer une « bulle » autour de ses uti­li­sa­teurs, ne les expo­sant plus qu’à des infor­ma­tions qui les touchent ou les font réagir.

Et comme leur tra­fic dépend de plus en plus de cette pla­te­forme, les médias sont ten­tés de « publier pour Face­book », lais­sant de côté l’actualité des pays trop loin­tains. Un phé­no­mène qu’on peut obser­ver sur les cartes de Buzz­feed France et du Huf­fing­ton Post, où les pays du Sud occupent la por­tion congrue.

Mais ces biais ne sont pas nou­veaux, et ils dépendent aus­si de la ligne édi­to­riale des jour­naux concer­nés :

  • L’Amérique du Sud et l’Afrique sont net­te­ment enflées sur la carte du Monde diplo­ma­tique – logique vu les posi­tions tiers-mon­distes de ce men­suel.
  • l’Europe explose sur celle de Contexte – nor­mal, le site suit de près l’actualité légis­la­tive de l’UE.
  • les Etats-Unis sont bien plus gros que la moyenne sur celle de Slate.fr – pas éton­nant, une bonne par­tie des articles sont des tra­duc­tions de textes publiés dans la ver­sion amé­ri­caine.
  • Les sites qui reprennent beau­coup l’AFP, par exemple Libé­ra­tion et Le Figa­ro, ont des cartes assez proches –une part impor­tante des résul­tats décomp­tés se trouvent dans les dépêches de cette agence et reprises, sous dif­fé­rentes formes, sur ces sites.

Ces spé­ci­fi­ci­tés se retrouvent si on s’intéresse aux pays les plus cités, média par média.

On retrouve bien la loi du « mort-kilo­mètre », qui veut qu’une tem­pête de neige à Londres pour­ra occu­per les chaînes infos toute la jour­née, alors qu’un tsu­na­mi en Indo­né­sie peut faire des cen­taines de vic­times sans qu’on cham­boule le menu des jour­naux télé­vi­sés.

Mais on peut aus­si prendre le pro­blème dans l’autre sens, et s’intéresser aux médias qui s’intéressent plus (ou moins) que la moyenne à un pays don­né.

N’hésitez pas à explo­rer vous-mêmes les don­nées que j’ai récol­tées,  et à racon­ter vos trou­vailles ou à signa­ler des pro­blèmes en me contac­tant ou en lais­sant com­men­taire.

Mis à jour le 26/1 à 10h35. Pré­ci­sion ajou­tée concer­nant les médias repre­nant beau­coup l’AFP, après un échange avec @quentingirard sur Twit­ter.

Ces livres plus chers en version électronique que sur papier

Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/Flickr/CC-BY-NC-DR)
Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/­Fli­ckr/CC-BY-NC-DR)

Ça coûte com­bien, une série de 0 et de 1 ? C’est la ver­ti­gi­neuse ques­tion à laquelle se confrontent les édi­teurs quand il faut fixer le prix de la ver­sion élec­tro­nique d’un de leurs livres.

Et la réponse varie beau­coup d’un titre à l’autre, comme le montre un échan­tillon d’une cin­quan­taine de romans et essais, choi­si par­mi les plus ven­dus ou signés des auteurs les plus connus.

Pour cha­cun, j’ai rele­vé le prix de l’édition ori­gi­nale, celui de l’édition poche et celui des ver­sions iBook d’Apple ou Kindle d’Amazon (don­nées dis­po­nibles au for­mat CSV).

A ma grande sur­prise, l’ebook est dans la plu­part des cas plus cher que la ver­sion poche.

Le sur­coût atteint même 10,90 € pour Boo­me­rang, de Tatia­na de Ros­nay (éd. Héloïse d’Ormesson) – 17,99 € en ver­sion élec­tro­nique, 7,10 € au Livre de poche (+150%).

De même, Apo­ca­lypse Bébé, de Vir­gi­nie Des­pentes (éd. Gras­set), vous coû­te­ra 13,99 € si vous sou­hai­tez le lire sur votre Kindle, contre 7,10 € seule­ment si vous vou­lez feuille­ter les 380 pages de la ver­sion Livre de poche (+97%).

Ce déca­lage m’a éton­né : d’un côté, un fichier numé­rique dont la repro­duc­tion ne coûte rien ; de l’autre, un objet phy­sique fait de papier et d’encre et qu’il faut ache­mi­ner jusqu’au lec­teur.

Sans comp­ter que pro­po­ser un prix bas pour les ebooks les rend plus acces­sibles aux lec­teurs les plus fau­chés, et pour­rait évi­ter de voir cer­tains se tour­ner avec le pira­tage.

Si on com­pare le prix de l’édition ori­gi­nale et celui de l’ebook, le second est tou­jours moins éle­vé, mais la décote est très variable selon les titres : de -17% à -68% (-41% en moyenne).

Par­mi les auteurs dont les ebooks sont ven­dus à prix cas­sés, on trouve para­doxa­le­ment Fré­dé­ric Beig­be­der, un farouche oppo­sant du livre élec­tro­nique – c’est la fin « des librai­ries, des mai­sons d’édition, des sup­plé­ments lit­té­raires dans les jour­naux et peut-être la fin de la cri­tique lit­té­raire », décla­rait-il sur Europe 1 en 2011.

Son Oona & Salin­ger est ven­du 7,10 € en poche mais seule­ment 6,49 € chez Apple et Ama­zon, soit une remise de 9%, la plus éle­vée de mon échan­tillon. Et pour Win­dows on the World, l’ebook est « seule­ment » 39 cen­times plus cher que le poche (7,99 € au lieu de 7,60 €, soit +5%).

J’ai donc contac­té les mai­sons d’édition concer­nées pour mieux com­prendre com­ment ces prix étaient fixés.

La réponse de Fal­lois m’a beau­coup sur­pris : si La Véri­té sur l’affaire Har­ry Qué­bert, best-sel­ler sur­prise de Joël Dicker, coûte 11,99 € en ver­sion élec­tro­nique (contre 9,20 € en poche, soit +30%), c’est pour évi­ter qu’elle se vende trop bien, m’explique en sub­stance Phi­lip­pine Cruse :

« Nous vou­lons sou­te­nir le livre papier. Si vous met­tez un prix trop bas pour les ebooks, les gens ne vont ache­ter que du numé­rique et vous allez faire mou­rir les libraires. »

Si le sort des librai­ries est en jeu, pour­quoi ne pas aller plus loin et reti­rer la ver­sion ebook de la vente ? Parce que l’époque est au com­pro­mis : « On est obli­gés de jon­gler, c’est une période un peu dif­fi­cile », recon­naît-elle.

Chez Viviane Hamy, qui vend Coule la Seine de Fred Var­gas à 9,99 € en ebook alors qu’il coûte 4,30 € en poche (+132%), May­lis Vau­te­rin a bien vou­lu détailler la poli­tique tari­faire pra­ti­quée.

Quand le livre est une nou­veau­té, la décote sera de « 30% au mini­mum », mais le prix pour­ra même être des­cen­du à 9,99 € dans le cadre d’une offre de lan­ce­ment si « le poten­tiel d’un titre est par­ti­cu­liè­re­ment fort pour les lec­teurs qui lisent en numé­rique ».

Pour les livres « de fond », le prix est « de 9,99 € pour la col­lec­tion poli­cière et 6,99 € pour la col­lec­tion bis », hors périodes et offres de pro­mo­tion.

Et c’est jus­te­ment pour pou­voir pro­po­ser des pro­mos que le prix de Coule la Seine et des autres romans de cet édi­teur est main­te­nu plus cher que la ver­sion poche :

« Je ne connais pas d’autres méca­nismes pour mettre en avant nos livres (dans la masse de livres dis­po­nibles, en étant un édi­teur indé­pen­dant face à des groupes) que de par­ti­ci­per à des opé­ra­tions de baisse de prix.

En pra­ti­quant un prix nor­mal de 9,99 €, j’ai ain­si la pos­si­bi­li­té de les pro­po­ser à 4,99 € en négo­ciant de beaux focus sur notre pro­duc­tion. »

Vau­te­rin recon­naît qu’elle « tâtonne » pour « trou­ver un modèle édi­to­rial » per­met­tant de main­te­nir en ligne le déli­cat équi­libre entre « best-sel­lers et décou­vertes de talents, for­cé­ment défi­ci­taires au plan éco­no­mique ».

Mais s’il est vir­tuel, un livre élec­tro­nique engendre des coûts bien réels pour l’éditeur, ajoute-t-elle. Les reven­deurs (Apple, Ama­zon…) gardent 40% du prix payé par l’acheteur. L’éditeur a choi­si de ver­ser des droits d’auteurs plus éle­vés que pour le papier. Et puis il faut prendre en compte « l’interface vers les plate-formes et la ges­tion des méta­don­nées, qui sup­posent de gros inves­tis­se­ments ». Sans oublier la réa­li­sa­tion des fichiers epub eux-mêmes.

Elle se défend en tout cas de toute hos­ti­li­té envers ces nou­veaux sup­ports :

« Le numé­rique est une part impor­tante de la vie de notre cata­logue. Nous avons inves­ti afin de rendre dis­po­nible près de 80% de notre cata­logue en numé­rique, y com­pris des ouvrages qui vendent de très petites quan­ti­tés. »

Et pour vous, quel est le bon prix pour un livre élec­tro­nique ? Le débat est ouvert dans les com­men­taires !

J’ai fait faire mon logo au Bangladesh pour 5 euros

Il y a quelque temps, je suis tom­bé sur un entre­pre­neur fran­çais qui par­tait s’installer en Amé­rique latine ouvrir des bou­lan­ge­ries-pâtis­se­ries à la fran­çaise. Il m’avait racon­té ses galères et ses bons plans, et mon­tré le logo (plu­tôt joli) qu’il allait faire impri­mer sur ses car­tons à gâteaux :

« Je l’ai fait faire en Chine, ça m’a coû­té 5 dol­lars ! En France, ça te coûte des cen­taines d’euros pour la même chose. »

Je m’étais pro­mis de tes­ter les sites pro­po­sant ce genre d’offres un jour, curieux de savoir quel genre de visuel on pou­vait obte­nir à un tarif si bas. J’ai alors décou­vert qu’un desi­gner basé au Japon, Sacha Greif, avait déjà réa­li­sé cette expé­rience et l’avait racon­tée sur Medium.

Mais le récent conflit entre Uber­Pop et les chauf­feurs de taxis m’a inci­té à pas­ser com­mande à mon tour. Je me deman­dais si, comme beau­coup de pro­fes­sions, les gra­phistes et maquet­tistes fran­çais avaient des sou­cis à se faire, avec la concur­rence d’amateurs et de pro­fes­sion­nels du monde entier désor­mais dis­po­nible en quelques clics, grâce à Inter­net et son « éco­no­mie du par­tage ».

Fiverr, pour trouver un freelance pas cher

Comme Greif, je suis pas­sé par Fiverr, qui per­met de trou­ver des free­lance pour des tra­vaux de gra­phisme, mais aus­si de tra­duc­tion, de pro­gram­ma­tion, de créa­tion musi­cale…

L’interface est simple et effi­cace, et plu­tôt que de cher­cher par­mi les port­fo­lios de tous les desi­gners dis­po­nibles, j’ai vite choi­si de pro­po­ser une tâche (un « gig ») en décri­vant som­mai­re­ment ma demande – le nombre de carac­tères étant limi­té, je n’ai pu en dire beau­coup sur mon acti­vi­té :

« J’ai besoin d’un logo pour mon entre­prise. Je suis un consul­tant et un for­ma­teur, je tra­vaille dans le sec­teur des médias et de la com­mu­ni­ca­tion. Le nom de mon entre­prise est “Dans mon labo”.»

Le texte de l'offre publiée sur Fiverr
Le texte de l’offre publiée sur Fiverr

Une fois l’offre pos­tée, il ne vaut mieux pas trop s’éloigner de son ordi­na­teur : en près de deux heures, j’ai reçu près de 27 offres de ser­vices, la plu­part au prix plan­cher, 5$.

Un peu per­du dans cette liste, j’ai fina­le­ment déci­dé de pas­ser trois com­mandes, pour un prix de 5 $, 15 $ et 55 $. Il faut y ajou­ter 5% de com­mis­sion pour le site et puis des frais ban­caires : au final j’ai donc payé à peu près 5 €, 15 € et 55 € .

Une fois le paie­ment par carte bleue effec­tué, les enché­ris­seurs sont infor­més et se mettent au tra­vail – mais ils ne sont payés qu’après que le com­man­di­taire a vali­dé le pro­duit fini.

1. Le logo à 55 dollars, créé en Israël

Dans sa pré­sen­ta­tion, la desi­gner israé­lienne que j’ai sélec­tion­né explique avoir douze ans d’expérience dans la réa­li­sa­tion de logos, d’animations et de pos­ters.

Elle garan­tit, comme Lorie, une « posi­tive atti­tude » dans ces échanges avec les clients – effec­ti­ve­ment, de mul­tiples smi­leys et points d’exclamation émaille­ront ses mes­sages.

Peu de temps après ma com­mande, elle me demande « le nom de mon entre­prise » et « un petit mot de des­crip­tion ». Mais elle n’attendra pas fina­le­ment ma réponse pour livrer la com­mande dans un ZIP conte­nant neuf fichiers : trois visuels en trois ver­sions (JPEG, PNG et une sorte de ver­sion « extru­dée » du plus bel effet).

La pre­mière pro­po­si­tion fait un peu pen­ser à l’enseigne d’un Laser­Game :

Le premier logo de la designer israélienne
Le pre­mier logo de la desi­gner israé­lienne

La deuxième est ma pré­fé­rée, je suis à deux doigts d’acheter le même cha­peau pour les visites chez mes clients :

Le deuxième logo de la designer israélienne
Le deuxième logo de la desi­gner israé­lienne

La der­nière piste est très enso­leillée et donne envie de gober plein de com­pri­més de vita­mine C  :

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Le troi­sième logo de la desi­gner israé­lienne

Dans son mes­sage, elle pro­met­tait « une sur­prise » si je vali­dais son tra­vail (ce qui déclenche le ver­se­ment de la somme due) et lui  don­nais la note maxi­male (5 étoiles) à son tra­vail – ce que j’ai fait, comme pour les deux autres desi­gners. Mais je n’ai jamais rien reçu.

2. Le logo à 15 dollars, créé au Pakistan

« Le rôle d’un desi­gn, c’est de pré­sen­ter votre mes­sage au monde. Un bon desi­gn le fait aus­si sim­ple­ment et joli­ment que pos­sible. » C’est  ain­si que se pré­sente le desi­gner pakis­ta­nais que j’avais choi­si.

Il m’a d’abord envoyé une liste de ques­tions : une des­crip­tion de mon acti­vi­té, les textes à inclure avec le logo, des cou­leurs à pri­vi­lé­gier… Quelques heures après avoir reçu mes réponses, il m’a envoyé deux visuels.

La pre­mière pro­po­si­tion, avec sa plume Ser­gent-Major, a un charme désuet.

Le premier logo du designer pakistanais.
Le pre­mier logo du desi­gner pakis­ta­nais.

Quant à sa deuxième créa­tion, je pense l’utiliser en qua­trième de cou­ver­ture de mon pre­mier recueil de poé­sie.

 

Le deuxième logo du designer pakistanais.
Le deuxième logo du desi­gner pakis­ta­nais.

3. Le logo à 5 dollars, créé au Bangladesh

Sur Fiverr, le desi­gner ben­ga­li que j’ai sélec­tion­né explique avoir sept ans d’expérience et avoir réa­li­sé « une grande varié­té de tra­vaux com­plexes pour des clients de tout type », qui ont tous été « heu­reux et satis­faits » du tra­vail réa­li­sé.

Les échanges ont été plus com­pli­qués. Après m’avoir lui aus­si deman­dé plus d’informations, il a vite vou­lu être payé davan­tage :

« Si vous sou­hai­tez un logo de qua­li­té et ori­gi­nal, alors il faut payer au mini­mum 20 dol­lars, ce qui cor­res­pond à quatre com­mandes comme celle-ci. Mer­ci donc de pas­ser trois autres com­mandes. »

J’ai refu­sé, expli­quant que j’avais juste besoin d’un logo. Il m’a relan­cé :

« Pas­sez-moi juste une autre com­mande. Je vais faire de mon mieux pour vous, parce que je veux qu’on conti­nue à faire des affaires ensemble. »

Je n’ai pas répon­du, et pour­tant j’ai fini par rece­voir le logo, le len­de­main matin. Mais pas sous la forme d’un visuel uti­li­sable, dans un mon­tage pho­to.

Le montage photo envoyé par le designer bengali.
Le mon­tage pho­to envoyé par le desi­gner ben­ga­li.

Pour obte­nir le visuel lui-même, il a fal­lu que je valide la com­mande et que je lui donne une note de cinq étoiles. J’ai ensuite reçu un fichier PNG minus­cule.

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Le logo fina­le­ment envoyé par le desi­gner ben­ga­li

Intri­gué, je lui ai deman­dé une ver­sion plus grande ou dans un for­mat vec­to­riel. Je n’ai jamais reçu de réponses.

Beaucoup de copies de logos existants

Le petit bonhomme utilisé par la designer israélienne.
Le petit bon­homme uti­li­sé par la desi­gner israé­lienne.

Lorsqu’il s’est livré au même exer­cice, Sacha Greif s’est rapi­de­ment ren­du compte que les visuels qu’on lui livrait étaient en fait des copies ou des tra­vaux déri­vés d’images exis­tantes, par­fois récu­pé­rées dans une des grandes banques d’images qu’on trouve sur Inter­net.

C’est aus­si le cas en ce qui me concerne : j’ai retrou­vé rapi­de­ment le petit bon­homme de la créa­trice israé­lienne, mais sans son cha­peau. Il a été uti­li­sé à mul­tiples reprises sur le Web.

Même chose pour le groupe de per­son­nages dont elle s’est ser­vi pour sa pre­mière pro­po­si­tion.

Une profession pas simple à « uberiser »

« C’est le Lidl du logo », a com­men­té un ami direc­teur artis­tique à qui je par­lais des tarifs pra­ti­qués. Comme lui, je pense qu’un logo ne se résume pas à un joli des­sin, mais qu’il doit tra­duire l’esprit d’une orga­ni­sa­tion, l’incarner dans le monde exté­rieur.

On peut ajou­ter que le tra­vail réa­li­sé par un pro­fes­sion­nel inclut en géné­ral toute l’identité gra­phique (incluant, par exemple, le choix de cou­leurs et de typo­gra­phies), pas seule­ment le visuel figu­rant en haut du papier à en-tête.

Au final, le gra­phisme me semble une pro­fes­sion dif­fi­cile à « ube­ri­ser », en tout cas d’une façon aus­si radi­cale que celle pro­po­sée Fivrr – même si ce sec­teur, comme bien d’autres, compte son lot de pré­caires qu’on cherche à payer tou­jours moins cher.

Le contexte de la marque et la rela­tion directe avec le com­man­di­taire  sont des variables trop impor­tantes, sans oublier les codes cultu­rel : par exemple, le sty­lo plume semble un bon moyen de sym­bo­li­ser le jour­na­lisme et les médias au Ban­gla­desh et au Pakis­tan, ce qui n’est pas le cas en France.

On n’a pas les mêmes valeurs : le mariage gay sur les sites de Fox News et MSNBC

L’actualité de ces der­nières heures est par­ti­cu­liè­re­ment char­gée, entre les attaques de l’Etat isla­mique, le réfé­ren­dum annon­cé en Grèce et la déci­sion de la Cour suprême amé­ri­caine de léga­li­ser le mariage homo­sexuel.

Dans ces condi­tions, pas simple de choi­sir le sujet de cou­ver­ture d’un quo­ti­dien ou l’ordre des sujets affi­chés en page d’accueil d’un site d’information.

Mais la « hié­rar­chie de l’info » chère aux jour­na­listes ne dépend pas qu’à des cri­tères objec­tifs, loin de là. L’importance qu’une rédac­tion accorde à un sujet dépend aus­si de sa vision du monde, de ses prio­ri­tés édi­to­riales et de ses valeurs.

Je me suis amu­sé à com­pa­rer les pages d’accueil des sites des chaînes amé­ri­caines MSNBC (clas­sée pro-démo­crate, « libé­rale » au sens amé­ri­cain, à gauche donc) et Fox News (pro-répu­bli­cain, conser­va­teur, à droite donc). Les cap­tures d’écran ont été prises ce same­di matin.

Les pages d'accueil de Fox News et de MSNBC ce samedi matin.

Vu l’importance du sujet, je m’attendais à ce qu’il occupe à peu près la même place sur les deux sites, mais on voit que Fox News pré­fère mettre en avant d’autres actua­li­tés (une forme de déni ?), sur­tout en haut de page d’accueil. De façon plus atten­due, les titres choi­sis par les deux médias donnent clai­re­ment la cou­leur.

Titres de MSNBC.

  • L’Amérique ouvre un nou­veau cha­pitre de son his­toire
  • Les mots de la Cour suprême dans sa déci­sion
  • Des émeutes à la célé­bra­tion
  • L’avis d’une séna­trice gay sur « cette étape capi­tale »
  • La plus belle semaine de tous les temps pour le camp pro­gres­siste

Titres de Fox News, en haut de page :

  • « Une cour de jus­tice n’est pas le légis­la­teur », explique le juge John Roberts, qui avait sou­te­nu Oba­ma­care
  • Vidéo : le mariage pour tous a gagné
  • Edi­to : la cour s’attaque à la véri­té du mariage et dresse la foi contre la loi

Titres de Fox News, beau­coup plus bas dans la page, affi­chés seule­ment après avoir « scrol­lé » suf­fi­sam­ment :

  • Mariage gay : pour­quoi la Cour suprême a tort.
  • Pour­quoi les déci­sions de la Cour suprême sur Oba­ma­care, le mariage gay, le droit de pro­prié­té… vont aider les Répu­bli­cains à la pré­si­den­tielle de 2016
  • Cour suprême : les couples de même sexe peuvent se marier dans les 50 Etats
  • Com­ment le mariage gay va affec­ter l’Amérique
  • Les aver­tis­se­ments du juge Roberts après la vic­toire du mariage gay
  • Ben & Jer­ry sortent une crème gla­cée spé­ciale après la vic­toire du mariage gay.
  • Les réac­tions des célé­bri­tés à la déci­sion de la Cour suprême
  • Mike Hucka­bee s’en prend au juge­ment de la Cour suprême
  • Pour Ric Gre­nell, la déci­sion sur mariage gay est une grande vic­toire pour les conser­va­teurs.
  • Quel impact aura la déci­sions sur la course à la Mai­son-Blanche
  • Lea DeLa­ria sur l’impact de la déci­sion de la Cour suprême

Le monde selon Bernard Guetta : la carte de ses 500 chroniques

Ça se passe au moment où la tar­tine beur­rée entre en contact avec le café brû­lant. Un ron­ron­ne­ment s’échappe du poste de radio. Une voix fami­lière qui che­vrote un peu, un phra­sé impec­cable qui fran­chit les « pre­miè­re­ment », les « deuxiè­me­ment » et les « mais éga­le­ment » sans jamais tré­bu­cher. Le texte, lui, glisse sans cahot d’une confé­rence gene­voise à une réunion du G7, en pas­sant par Bruxelles et ses som­mets de la der­nière chance.

Une chronique quotidienne depuis 1991

Ber­nard Guet­ta, 64 ans, est « un majes­tueux monu­ment à dômes et à cou­poles […] ins­tal­lé dans le pay­sage mati­nal », s’amusait Daniel Schnei­der­mann. S’il le taquine, le fon­da­teur d’Arrêt sur images voit aus­si en lui l’un des rares jour­na­listes qui « dans chaque évé­ne­ment micro­sco­pique cherchent par réflexe les racines pro­fondes, les loin­taines consé­quences, bref la pers­pec­tive ».

Le chro­ni­queur a rejoint France Inter en 1991 après une car­rière déjà longue et tient depuis la chro­nique Géo­po­li­tique chaque matin, du lun­di au ven­dre­di à 8h19. Ce pas­sage obli­gé de la mati­nale est ins­crit dans la rou­tine des audi­teurs, sur le mode « déjà Guet­ta, faut y aller, Mat­teo va être en retard à l’école ».

Lire l’article

Les pays les plus cités dans la chronique Géopolitique de France Inter

0 1–10 10–50 50–100 100–200 +200
           

Cli­quez ou tapo­tez sur un pays pour plus d’infos, double-cli­quez ou pin­cez pour zoo­mer.

Mais à quoi res­semble la carte du monde que Guet­ta raconte à près de 4 mil­lions de Fran­çais mal réveillés ?

C’est à cette ques­tion que j’ai ten­té de répondre en ana­ly­sant 520 chro­niques publiées sur le site de France Inter entre août 2012 et mai 2015 – pour ceux que ça inté­resse, je reviens sur les outils uti­li­sés dans un autre article de ce site.

Un tiers de plus que le Nouveau Testament

Près de trois sai­sons de chro­niques pour un impo­sant cor­pus de plus de 300 000 mots (pour vous don­ner une idée, ça fait un tiers de plus que le Nou­veau Tes­ta­ment), soit 1,6 mil­lion de signes ou encore plus de 1 000 feuillets.

La carte en haut de cette page montre le résul­tat de ses recherches (contac­tez-moi ou lais­sez un com­men­taire si vous avez remar­qué une erreur ou une bizar­re­rie). Je les ai éga­le­ment ras­sem­blées sous forme de clas­se­ments.

En se pro­me­nant sur la pla­nète de Ber­nard Guet­ta, on remarque bien sûr la domi­na­tion des Etats-Unis, cités dans un près d’une chro­nique sur deux. Mais la Rus­sie, le Proche-Orient et le Moyen-Orient sont aus­si bien ser­vis par le chro­ni­queur. Logique, vu l’actualité de ces trois der­nières années en Ukraine, en Syrie et dans le reste du monde arabe.

Les pays émer­gents sont moins bien lotis : la Chine n’a été citée que 61 fois, et l’Inde (21 ) comme le Bré­sil (6) ne semblent guère pas­sion­ner le chro­ni­queur.

Même rela­tif dés­in­té­rêt pour l’Afrique, sur­tout si on met de côté les pays où la France est inter­ve­nue mili­tai­re­ment (Libye, Mali, Cen­tra­frique) – le Nigé­ria, deve­nu pour­tant la pre­mière éco­no­mie d’Afrique n’est cité que sept fois. Ou pour l’ensemble Amé­rique latine, mal­gré les remuants diri­geants du Vene­zue­la, de la Boli­vie et de l’Equateur.

« Eclairer les événements, les hiérarchiser »

Loin des yeux, loin du cœur de Guet­ta ? L’Indonésie, mal­gré ses 250 mil­lions d’habitants, n’est men­tion­née qu’une seule fois, l’Australie et l’Afrique du Sud trois fois seule­ment.

A l’inverse, de petits pays sont l’objet d’une plus grande atten­tion, comme le Liban, pré­sent dans 35 chro­niques, l’Arménie (7) et bien sûr le Vati­can (7).

Devant ces chiffres par­fois éton­nants, Ber­nard Guet­ta m’explique qu’il n’est « pas un uni­ver­si­taire », qu’il n’a pas voca­tion « à pas­ser en revue les plus de 200 pays pré­sents l’ONU », mais qu’il entend, en bon jour­na­liste, « éclai­rer les évé­ne­ments les plus mar­quants et les hié­rar­chi­ser ».

Le chro­ni­queur explique ne pas cher­cher, au fil de ses inter­ven­tions, un équi­libre entre les dif­fé­rentes régions du monde. « C’est l’actualité qui com­mande », résume-t-il, ajou­tant :

« Je vous mets en garde contre la ten­ta­tion de tirer des conclu­sions basées seule­ment sur le nombre d’occurrences, pour moi ce n’est pas per­ti­nent. » 

Thaïlande, Maroc, Birmanie : rien

Mais ce qui m’a le plus sur­pris, ce sont les trous du gruyère : en effet, la liste des pays qui n’ont jamais cités en plus de 500 chro­niques com­prend quelques poids lourds.

C’est le cas de la Thaï­lande, qui a pour­tant connu, sur la période étu­diée, une crise poli­tique majeure débou­chant sur une reprise en main du pays par l’armée. Mais aus­si de la Bir­ma­nie, dont le régime donne des signes d’ouverture depuis la libé­ra­tion d’Aung San Suu Kyi en 2010.

Plus frap­pant encore, le cas du Maroc, où Guet­ta a pour­tant pas­sé une par­tie de sa jeu­nesse – l’Algérie voi­sine est elle men­tion­née 22 fois. Ces absences ne per­turbent cepen­dant pas l’intéressé :

« Tout dépend de la période que vous étu­diez. Il n’était pas illo­gique que je n’aie pas par­lé du Maroc ces der­niers temps, il n’y avait pas d’actualité impor­tante dans ce pays.

La brouille avec la France [après que le chef du contre-espion­nage maro­cain Abdel­la­tif Ham­mou­chi a été convo­qué par un juge fran­çais lors d’un voyage à Paris, ndlr] n’a pas duré très long­temps.

J’en aurais peut-être par­lé si per­sonne ne l’avait fait, mais j’ai consi­dé­ré que ça ne fai­sait pas le poids, à ce moment-là, face à d’autres évé­ne­ments. »

C’est la limite de mon petit tra­vail : comme tous les jour­na­listes, Guet­ta parle d’abord des pays dont on parle, ceux qui sont « dans l’actualité », aus­si mou­vante soit la défi­ni­tion qu’on donne à ce mot. Mais je reste convain­cu que sur une si longue période et un si grand nombre de textes, mon explo­ra­tion du « monde de Ber­nard Guet­ta » a mal­gré tout du sens.

Plus un pays est riche, plus il est cité

Si on met de côté l’actu, quel cri­tère peut expli­quer qu’un pays s’impose ou non sur cette drôle de map­pe­monde ? En croi­sant ces rele­vés avec les don­nées de la Banque mon­diale, j’ai cher­ché des cor­ré­la­tions. J’ai fait chou blanc avec la super­fi­cie, la popu­la­tion, le PIB par habi­tant ou le nombre de décès dans des conflits armés.

En revanche, plus un pays est glo­ba­le­ment riche, et plus il a de chances d’être cité dans les chro­niques de Guet­ta – pour les matheux, le coef­fi­cient de cor­ré­la­tion est de 0,64.  Ce n’est pas illo­gique : une éco­no­mie impor­tante va sou­vent de pair avec des dépenses mili­taires signi­fi­ca­tives et une diplo­ma­tie plus active.

La liste des per­son­na­li­tés les plus citées réserve elle peu de sur­prises, même si on note­ra que Jacques Delors et Charles de Gaulle font de fré­quentes appa­ri­tions – le pre­mier est plus sou­vent cité qu’Hugo Cha­vez.

Enfin, je me suis aus­si inté­res­sé au contexte dans lequel ces pays et ces per­son­na­li­tés étaient citées, grâce à un logi­ciel de « lexi­co­mé­trie ». J’ai cher­ché par exemple les adjec­tifs les qua­li­fiant, notam­ment ceux qui peuvent déno­ter un juge­ment de valeur voire un par­ti-pris (par exemple, « popu­liste » pour Cha­vez ou « intran­si­geant » pour Pou­tine).

L’Europe et le « divorce » des Européens

On peut voir ain­si que Guet­ta asso­cie très sou­vent le mot « Europe » (et ses déri­vés) au mot « divorce », dans des phrases comme : « Le divorce crois­sant entre les Euro­péens et l’Europe menace jusqu’à l’idée même d’unité euro­péenne. » Euro­péiste convain­cu, il a fait acti­ve­ment (outra­geu­se­ment pensent cer­tains, comme Acri­med) cam­pagne pour le oui au réfé­ren­dum sur le trai­té consti­tu­tion­nel de 2005.

Mais ces quelques coup de sonde n’ont pas don­né grand chose : les « cooc­cur­rences » (soit les mots qu’on relève sou­vent au voi­si­nage d’un autre dans le texte) détec­tées m’ont sem­blé assez neutres – en y pas­sant plus de temps, un spé­cia­liste ferait peut-être davan­tage de trou­vailles.

La preuve d’une pru­dence très diplo­ma­tique dans le choix des for­mu­la­tions ? Ber­nard Guet­ta explique en tout cas « sa très grande méfiance à l’égard de mots qui ne veulent plus rien dire, comme isla­miste » : « Je pré­fère uti­li­ser un lan­gage plus pré­cis, un mot qui décrit ce qui se passe. »

Mis à jour le 8 mai à 8h20. Erreur d’unité dans le clas­se­ment et la carte cor­ri­gée, mer­ci à @florenchev de l’avoir signa­lée.

Mis à jour le 11 mai à 8h30. Erreur dans le nombre de cita­tions d’Erdogan, mer­ci à Sibel Fuchs de l’avoir signa­lée sur Face­book.

Illus­tra­tion uti­li­sée sur la page Face­book Dans mon labo d’après pho­to David Mon­niaux (CC BY-SA)

Airbnb : la carte des prix de location à Paris (et ce qu’on y apprend)

Ça fait un petit moment que j’avais envie de me col­ti­ner aux don­nées du ser­vice de loca­tion de loge­ments entre par­ti­cu­liers Airbnb, après avoir vu la série de cartes réa­li­sées par Tom Slee dans dif­fé­rentes villes du monde.

Et voi­là que le site du Temps publie une enquête sur les loueurs d’Airbnb à Genève, en mon­trant qu’une part impor­tante des offres publiées pro­posent des appar­te­ments qui ne sont pas ou plus habi­tés à l’année.

Lire l’article

Les prix des locations Airbnb à Paris

Plus la cou­leur d’un appar­te­ment est fon­cée, plus son tarif est éle­vé. Pour voir des exemples de prix pra­ti­qués, zoo­mez en double-cli­quant, appro­chez la sou­ris sur un des cercles ou tapez-le.

Autre­fois modèle de « l’économie du par­tage », Airbnb est ain­si accu­sé de « siphon­ner » le mar­ché loca­tif, les pro­prié­taires y mul­ti­pliant les loca­tions courte durée plu­tôt que de choi­sir un occu­pant pérenne.

Un scraper pour récupérer les données

Pour mener leur enquête, les jour­na­listes ont récu­pé­ré les don­nées au moyen d’un scra­per, une sorte de robot qui va visi­ter une à une les pages du site pour y récu­pé­rer des infor­ma­tions repé­rées au préa­lable. dans le code source.

Avec quelques mani­pu­la­tions simples sur les don­nées ain­si récu­pé­rées, ils ont pu repé­rer de gros loueurs – telle Jas­mi­na, qui gère 120 biens sur Airbnb – puis les faire témoi­gner.

Jean Abbia­te­ci, co-auteur de cette enquête avec Julie Conti, raconte cette démarche pas à pas dans le blog Data Le Temps et a eu la bonne idée de mettre à dis­po­si­tion le script mis au point pour Out­wit Hub, le logi­ciel qui a ser­vi au scra­ping, que j’utilise aus­si.

J’ai ain­si pu récu­pé­rer un échan­tillon de 2 000 offres pari­siennes, pro­po­sant uni­que­ment la loca­tion d’un loge­ment entier (et pas d’une chambre pri­vée ou une chambre par­ta­gée). Ça m’a ser­vi à dres­ser la carte publiée en haut de cet article.

J’ai veillé à répar­tir les annonces choi­sies pour cou­vrir un maxi­mum de ter­rain et obte­nir une carte har­mo­nieuse – par exemple, je n’ai gar­dé que 27 points dans le IIIe arron­dis­se­ment, alors que c’est celui où les offres sont les plus nom­breuses (3,2 par hec­tare).

Si on en tient pas compte de ce cri­tère, la répar­ti­tion des offres dans la capi­tale est en effet très inégale, comme le montre cette carte de cha­leur (heat map).  

Carte de chaleur des annonces Airbnb à Paris. Plus la couleur d'une rue est vive, plus il y a d'annonces dans le quartier.
Carte de cha­leur des annonces Airbnb à Paris. Plus la cou­leur d’une rue est vive, plus il y a d’annonces dans le quar­tier.

« Au final, ta carte va être la même que celle du mar­ché de l’immobilier à Paris », m’a pré­ve­nu un confrère qui tra­vaille dans un news­ma­ga­zine bien connu pour ses mar­ron­niers sur le sujet.

Sa remarque est vraie, mais pas entiè­re­ment : un arron­dis­se­ment peut être plus cher sur Airbnb (c’est le cas du VIIIe et du VIe) que dans une agence tra­di­tion­nelle, ou au contraire moins cher (le XIXe et le XVIIInotam­ment).

Et les gros pois­sons, alors ? Je ne don­ne­rai pas leur pro­fil, his­toire de ne pas faci­li­ter le tra­vail du fisc ou du ser­vice dédié de la mai­rie de Paris, mais j’ai repé­ré des uti­li­sa­teurs qui ont plu­sieurs dizaines d’annonces sur le site – des loueurs qui ne res­semblent donc pas beau­coup à ceux en pho­to sur la page d’accueil, mais plus à des pro­fes­sion­nels ayant trou­vé un bon filon.

Le phé­no­mène semble assez cir­cons­crit cepen­dant : en cher­chant par­mi plus de 2 500 annonces, je n’ai trou­vé que  9 ins­crits avec plus de cinq annonces.

Mais il est pos­sible que les pro­fes­sion­nels d’Airbnb se créent plu­sieurs pro­fils pour gérer leur pool d’annonces et dans ce cas, ils ne peuvent être détec­tés par cette méthode.

Bonus pour ceux qui ont lu jusqu’ici. Afin d’avoir une idée des expres­sions les plus uti­li­sés pour convaincre les tou­ristes, voi­là un nuage de mots créés avec les titres des annonces de l’échantillon.

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Les mots les plus uti­li­sés dans les titres des annonces d’Airbnb à Paris.