5 trucs que les journalistes papier ne devraient plus jamais dire

Selon Pierre Desproges, les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir. Pour les journalistes qui travaillent pour un support papier, ça devient compliqué de l’ignorer. Il leur suffisait par exemple de regarder l’excellent documentaire  « Presse : vers un monde sans papier ? » diffusé fin août sur Arte.

On peut être très attaché au journal-qui-tache-les-doigts-avec-le-café-du-matin ou trouver sexys les hommes qui lisent Libération dans le métro, les faits sont têtus : quand même Le Canard enchaîné voit ses ventes baisser de 13% en un an, il est temps de prendre cette histoire de « transition numérique » au sérieux.

Pourtant, lorsque j’échange avec des collègues travaillant (uniquement ou principalement) pour la version papier de leur média, j’ai souvent l’impression d’une forme de déni rampant.

Le cerveau sait bien qu’en 2014, il n’y a pas un grand avenir pour un média qui doit, pour diffuser des informations, commencer par couper des arbres pour en faire de la pâte à papier, avant d’imprimer des lettres dessus puis de mettre le tout dans des camions.

Mais le cœur, lui, ne se résout pas à voir tout un folklore disparaître : le cérémonial du bouclage, le ballet hypnotique des pages sur les rotatives, les  « chemins de fer » et autres  « cromalins »

Pour les aider à faire leur deuil et s’adapter à leur époque, un bon début est d’arrêter de dire des bêtises dès qu’on parle digital. Voilà en tout cas cinq phrases qu’ils devraient vraiment arrêter de prononcer.

1. « Ce papier n’est pas terrible, mets-le sur le Web »

A lire vos témoignages sur Twitter,  c’est une scène encore courante dans les rédactions : le rédacteur en chef qui, après avoir relu un article un peu raté, à l’angle bancal ou écrit à la va-vite, le fait publier sur le site plutôt que le mettre simplement à la poubelle.

Ses raisons ? La place est chère dans les pages de l’édition papier, alors qu’elle est infinie sur Internet. Et puis il faut ménager l’ego de l’auteur, qui n’aura pas bossé pour rien.

Evidemment, l’effet est désastreux sur les journalistes qui aiment sincèrement travailler sur les supports numériques, fortement incités à mettre à jour leur CV et trouver un job dans un média qui n’insulte pas l’avenir.

Mon conseil. C’est plutôt sur le papier qu’il faut publier les articles les plus mauvais : après tout, quand il les lira, le lecteur aura déjà acheté votre canard, et les kiosquiers ne pratiquent pas le « satisfait ou remboursé ».

Ça bouchera un trou dans les pages et ça vous dégagera du temps pour préparer des contenus numériques assez marquants pour sortir enfin votre titre du XXe siècle.

2. « Twitter, c’est un truc de journalistes »

C’est une phrase que j’ai très souvent entendue lorsque j’animais des formations aux réseaux sociaux, — et je suis loin d’être le seul. Dernier exemple en date : Ariane Chemin, grand reporter au Monde, dans une interview aux Inrockuptibles :

« Twitter, je trouve ça chronophage et sidérant, mais ça m’amuse. Le petit monde de Twitter est endogame, il ne raconte pas la vraie vie mais celle des journalistes qui s’observent. »

Même si les estimations varient (comme le rappelle Cyrille Frank dans les commentaires), plusieurs millions de Français utilisent Twitter, qu’ils soient simples lecteurs ou « twittos » actifs.  Contre un peu plus de 36 000 titulaires d’une carte de presse. Les ados y sont très présents, mais on croise aussi des avocats, des chauffeurs de taxi, des entrepreneurs ou des pilotes d’avion.

Si les journalistes ont l’impression d’y parler entre eux, c’est qu’il y a une part inévitable d’endogamie dans tout réseau social, surtout quand on vient de s’y inscrire : on commence par suivre ses amis, ses collègues, sa famille…

Mais contrairement à un utilisateur lamdba, un reporter a tout intérêt à affûter sa veille et à diversifier ses abonnements, trouver de nouvelles sources et prendre le pouls du vaste monde.

Mon conseil. A chaque fois que vous décidez de suivre un journaliste sur Twitter, obligez-vous à suivre aussi un non-journaliste. Parce que penser que « Twitter, c’est un truc de journalistes », c’est vraiment un truc de journalistes.

3. « La priorité, c’est la nouvelle formule du papier »


Non. La priorité pour un titre papier aujourd’hui, ce n’est pas de retirer deux demi-pages à la rubrique culture pour les donner au service politique, de changer la couleur des intertitres ou de choisir une nouvelle typographie pour les « chapos ».

Une rédaction qui se lance dans une refonte du papier en 2014, c’est comme une compagnie de diligences qui décide de changer le velours des sièges pendant qu’on construit une ligne de chemin de fer sous son nez.

Mon conseil. Que vous travailliez ans un quotidien national, pour un mensuel professionnel ou dans un hebdo régional, le débat qui doit animer vos séminaires, vos conférences de rédaction et vos discussions à la machine à café, ce n’est pas l’édition papier. C’est : « Comment produire un travail journalistique suffisamment convaincant sur le numérique pour espérer survivre au grand basculement actuel ? »

4. « On perd de l’argent à cause du Web »

C’est la petite vengeance du journaliste papier quand il commence à se sentir largué : rappeler que depuis l’arrivée d’Internet au milieu des années 90, les services web ont été une source importante de pertes financières.

C’est d’autant plus vrai que beaucoup de médias se sont lancés dans de gros investissements mal maîtrisés, de projets coûteux que leurs équipes ont parfois du mal à digérer.

Dans leur Manifeste pour un nouveau journalisme, paru début 2013, les éditeurs de la revue XXI exploitent cette veine, estimant que la presse écrite a trop investi sur le numérique. C’est ce qu’expliquait alors Laurent Beccaria à Télérama :

« Le problème n’est pas d’opposer l’écran et le papier, les modernes et les anciens. Simplement, le numérique n’est pas ‘LA’ solution, y croire est dangereux.  »

J’ai l’impression que les responsables des sites d’actu ont fini par intérioriser cette critique, se dire qu’ils « vivent aux frais de la princesse », la presse papier.

Mon conseil. Rédactions web, redressez la tête et arrêtez d’avoir honte de vos pertes ! Ce n’est pas comme si vous claquiez tout en notes de frais somptuaires ou en soirées de gala.

Vous avez un des jobs les plus difficiles au monde en ce moment : tenter de faire de l’info de qualité dans un secteur en pleine déconfiture.

Mais c’est vous qui avez une chance (même petite) de trouver de nouveaux lecteurs et d’assurer la pérennité de votre titre. Pas vos aînés du papier.

5. « Facebook rend débile, j’ai fermé mon compte »

C’est vrai, on a tous des moments où on regrette notre cerveau d’avant Internet. Mais de là à quitter Facebook, service utilisé par 26 millions de Français et d’où provient une part grandissante du trafic des sites d’actu, il y a un pas qu’il vaudrait mieux ne pas franchir.

Non, ce n’est vraiment pas le moment de jouer les snobs. C’est maintenant que vous devez comprendre comment vivent et prospèrent les  communautés en ligne, qu’il s’agisse de vos contacts sur Facebook, des stars de YouTube, des contributeurs de Wikipédia ou des parturientes de Doctissimo.

Ce sont eux, les nouveaux « voisins de bureau » des journalistes. Que vous l’aimiez ou non, c’est dans ce monde qu’il va vous falloir vous faire une place (et ça fait longtemps qu’ils ont arrêté de vous attendre).

Mon conseil. Faites le tri dans vos « amis », pour éviter au maximum les invitations à Candy Crush et les photos de Milk. Mais n’oubliez pas que ces gens bizarres qui s’agitent sur votre fil d’actualités, qui likent, commentent et partagent ce que vous publiez, ce sont aussi des lecteurs. C’est pour eux que vous avez choisi ce métier, il va bien falloir assumer.

6. Bonus ! D’autres phrases qui énervent les gens du Web

Vous avez été plusieurs à me signaler sur Twitter d’autres phrases de journalistes papier qui vous énervent :

« Bonjour, je suis bien au service informatique ? »

Via @ThomasBaietto, FranceTV Info

« Mais t’es quoi en fait toi ? Développeur ou journaliste ? »

Via @GurvanKris, Rue89

« Il est bien cet article, c’est dommage qu’il soit pas dans le journal plutôt que sur le Web… »

« Elle marche, l’imprimante ? »

« C’est pas mal de faire un papier sur le Web, en fait. Comme ça, t’as le plan de ton article pour le papier. »

Via un courageux anonyme

« “T’as vu cette info ?” (Généralement un truc qu’on fait la veille ou deux jours plus tôt.) »

Via @PerrineST

« Tu nous fais ça juste pour le Web, hein. »

Via @BenjaminFerran, Figaro et MacGeneration

« Non, pas de place pour demain. File donc ça au web ! »

Via (@Mou_Gui)

« J’ai un problème avec mes mails, tu peux m’aider ? »

Via @Sychazot, Le Lab Europe 1

« Ça débordait de ma page du coup je t’ai mis le reste sur le Web »

Via @XavierLalu

« “C’est là qu’ils mettent nos articles en ligne” : un journaliste print qui faisait visiter la rédac web à un autre journaliste print. »

@VCquz

« Internet ne sert à rien: un article ça se lit un crayon à la main »

@ARouchaleou, L’Humanité

« Tu peux me trouver Photoshop gratos? »

@XavierLalu

« “Dans le pire des cas, ça ira sur le Web” (au sujet d’un papier sans intérêt). »

@GaelVaillant, Le JDD

« On peut pas fermer les commentaires sur les articles ? »

@MarieAmelie, Le Figaro

Vous pouvez continuer l’exercice si ça vous amuse, sur Twitter avec le hashtag #perlespapier ou dans les commentaires.

Dans un souci d’équité, je prévois déjà une suite à cet article, consacrées aux phrases que les journalistes papier ne supportent plus d’entendre de la part de ces « putes à clic du web »…

MAJ le 3/10 à 18h10. Passage sur Libération retiré, après un échange avec Johan Hufnagel montrant que l’exemple n’était pas forcément pertinent.

MAJ le 4/10 à 18h10. Passage sur Twitter modifié, voir les remarques de Cyrille Frank dans les commentaires.


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Un peu d'inspiration !

Depuis 2014, j'accompagne des médias dans leurs projets et je mène mes propres expériences. Retrouvez les réalisations dont je suis le plus fier dans un portfolio qui vous donnera envie d'innover !

On en discute ?

  • phil

    A la fin du documentaire sur la presse papier, la derniere phrase reste : le plus important est ce que vous écrivez. Si c est interessant les gens iront le lire où qu il se reouve.… sur le net, sur le papier, sur un parapluie… encore faut il le faire savoir !

    • “Content is king”, comme on dit souvent. Merci pour votre réaction. J’aime beaucoup l’idée d’une presse sur parapluie, je pense qu’en ce moment à Hong kong ça pourrait marcher.

      • Jean-Paul Fritz

        Avec l’Internet des objets, on pourrait avoir des parapluies connectés. Une idée à creuser ? 😉

  • flbl

    Le cerveau sait bien qu’en 2014, non loin de fortes baisses d’énergie,
    il n’y a pas un grand avenir pour un média qui doit, pour diffuser ses
    informations, commencer par avoir uniquement des lecteurs ayant des
    périphériques bourrés de métaux rares venant de l’autre bout du monde,
    sous électricité permanente, et avoir de grosses machines qui tournent
    24/24 7/7 pour livrer son contenu.

  • Tom

    Le pire, ce sont tous ces articles orientés papier et mis à la va-vite sur le Web qui contiennent des « à lire dans notre édition de demain » ou « voire page 4 ».

    • Nathalie Fey

      voire…

  • Charles Ingalls

    Souvenir de la fin des années 90, dans la rédaction d’un grand quotidien régional : « Internet, c’est une mode américaine, ça passera, nous, on a le Minitel »

    • PJLONGBAULT

      le Minitel fut l’invention que le monde entier nous enviait, mais dont personne ne voulait!

      • Blabla

        juste vous oubliez un xavier niel, blindé, plus riche que steve jobs. les conards qui ont laissé passer le train sans en profiter crachent maintenant sur le minitel mais n’ont pas inventé ni la poudre ni internet. et puis il y a ceux qui ont vécu avec leur époque, le minitel avant internet, le modem avant l’adsl, en tirant a chaque fois les bénéfices des technologies de l’époque.

  • CP58438

    Écrire pour le print ou écrire pour le Web, c’est totalement différent : dans un journal imprimé, il n’y a pas de moteur de recherche. Écrire pour le Web nécessite de connaître en amont les mots clefs qui feront remonter l’article dans Google (ou autre). C’est une contrainte supplémentaire pour le journaliste rédacteur. Mais y sont-ils tous formés ?

    • L’écriture web ne se résume pas au référencement et heureusement. Et ça fait quand même un petit moment que des formations sont organisées (j’en ai animé beaucoup). Ça ne règle pas tous les problèmes, loin de là.

      • Xavier Lambert

        Ce fameux concept d’écrire pour le web est franchement dépassé. Il y a des narrations différentes. Mais pas des styles d’écriture qui seraient fondamentalement différents. Comme le dit Phil ci- dessous, c’est le contenu qui reste l’essentiel. Simplement l’intégration de certains outils multimédia, que ce soit fils de tweet, graphiques interactifs, cartes interactives, etc. peut être un vrai plus, et faire de l’article un pur produit spécifique web. Mais pour le style d’écriture franchement.… Je ne vois pas de différence fondamentale.…

        • Je ne sais pas à partir de quand deux modes d’écriture sont « fondamentalement » différents. Mais quand je sais que lorsque j’écris pour le Web, je travaille de façon très différente du papier, en me servant de liens pour un rythme plus rapide. Et les réactions après publication comptent beaucoup, le contenu pouvant être mis à jour en permanence.

  • Cyrille Frank

    Très bon billet, merci Yann. Je me suis régalé et j’ai retrouvé quelques réflexions entendues ici et là, notamment « le web, c’est nous qu’on le finance ». 🙂

    Juste un point de détail : pour les chiffres Twitter, Comscore parle de reach (donc plutôt de visiteurs de twitter.com), pas vraiment d’utilisateurs réels. Pour les utilisateurs, le chiffre doit être aux alentours de 2,5 millions mais dont la moitié à peine a déjà publié un tweet.

    Je crois qu’en fait, depuis 2012, Twitter est devenu majoritairement un truc d’ados (à 53%) et un peu de communicants/geeks (marketing, HT, journalistes…). Il y a assez peu de diversité sur Twitter, je le crains, contrairement à Facebook. Et madame Michu, sauf exception, n’y est pas.

    Mais, cela ne justifie en aucun cas de ne pas y aller, surtout pour un journaliste : quelle source d’infos incroyable !

    Et cela n’enlève rien au propos tout à fait pertinent et marrant 🙂

    A bientôt !

    Cyrille

    • Merci pour ces précisions Cyrille. Je vais reformuler ce passage.

      • Francois Schock

        J’ai très peu utilisé Twitter mais ce que j’ai vu et les arguments utilisés par ceux m’invitant à m’inscrire, tournent autour de la richesse de l’information institutionnelle. L’intérêt de voir les positions et la curiosité des autres journalistes, les déclarations politiques, ministérielles.

        Si on débute en journalisme c’est intéressant. Glaner une info sur un meeting, un événement, une conférence à laquelle demander une invitation, etc.
        Mais si on est dans une rédaction déjà bien installée je veux bien croire que cela soit chronophage pour peu de résultats. La rédaction possède les contacts et invitations pour se rendre sur les lieux, les informations sont dans la boite mail avant d’être sur twitter.

        Facebook comme souligne Cyrille semble être beaucoup plus diversifié. Dessus je retrouve les acteurs de la société civile sans moyens logistiques importants, qui ont souvent qu’un compte FB. Cela me permet de voir les communiqués des petites associations, ayant des actions de terrain ou des échanges avec les pouvoirs locaux, les interventions auto-média de militants divers et variés, d’avoir les contacts et versions de mouvements d’activistes difficilement relayés par le mainstream, etc. C’est plus représentatif de la société civile, le nombre d’inscrit pèse beaucoup.

  • Michel Baujard

    Web et grammaire doivent aussi faire meilleur ménage que grammaire et papier : « que vous travailliez », pas « que vous travaillez ». Corrigez donc, ce que l’imprimé ne saurait faire. Merci.

    • Je corrige je corrige, inutile de monter sur d’aussi grands chevaux quand un poney suffit 🙂

  • cirotix

    « Elle marche, l’imprimante ? »

    « J’ai un problème avec mes mails, tu peux m’aider ? »

    Ça marche pas mal aussi pour les développeurs web qui ne sont en général pas le service IT mais peu savent faire la différence.

  • Mariana

    « J’adore votre blog »… Venant d’un lecteur, à la rigueur, c’est seulement vexant. Mais d’un attaché de presse, c’est franchement pas professionnel !

  • charlie

    Peut-être que les journalistes web devraient arrêter de mettre des images qui bougent en permanence dans leurs articles, surtout quand ce sont des images-prétexte? :-)) En tout cas ça ne facilite pas beaucoup la lecture, désolé de le dire…

    • Moi qui ai choisi avec soin ces “images qui bougent » pour vous arracher un sourire… Je suis tristesse.

  • Lovebetweenwebandprint

    Je suis journaliste moi aussi, j’ai commencé sur le web dans ma rédac avant de faire un tour sur le print. Et franchement, ce que j’ai découvert c’est que les choses avaient bien changé : les journalistes print ont quand même bien capté qu’il fallait se mettre au web ou mourir, et ne disent plus ce genre d’énormités. Ils sont tout frétillants quand ils ont une infos qu’ils balancent sur le web tout de suite, tout fiers de voir leurs infos en push sur leur smartphone, etc. Ils sont ravis qu’on leur apprenne à bien twitter, s’extasient devant Instagram, veulent faire une vidéo quand ils chopent une bonne interview, etc. Je pense que la tendance s’est inversée, et je me demande même si parfois ce n’est pas le web qui méprise davantage le print que l’inverse, à les prendre pour des vieux cons par principe. Alors que notre salut, si on a un, est tout sauf dans le mépris mais bien dans la collaboration !

    • Merci pour votre témoignage et le vent d’optimisme qui l’accompagne. D’autres réactions à cette note me laissent penser que tous les journalistes web ne vivent pas (encore) une telle symbiose, mais ça viendra ! 🙂

  • Albert Bristol

    Le journalisme va mal. C’est indéniable.

    Après, il y a deux solutions. Soit essayer de redresser la barre en proposant du contenu de qualité, que ce soit sur papier ou sur le net. C’est dur (quasiment impossible), mais certains y sont arrivés.

    Soit produire à la chaîne de la merde indigeste et sans âme, indifferenciable de la merde indigeste et sans âme du voisin. Si possible en se soumettant aux diktats qui voudraient que « parce que des gens sont sur twitter, c’est que c’est génial », que « les commentaires des lecteurs, c’est fantastique, il faut y aller à fond » ou que « les stars de youtube, c’est le futur mon coco ». État d’esprit complètement hypocrite, puisque je n’ai (heureusement) pas encore rencontré de journaliste qui ne soit pas persuadé que tout ceci n’est qu’une vaste fumisterie, mais-qu’il-faut-bien-s’y-mettre-parce-que-ceux-d’en-face-le-fond-et-que-c’est-à-la-mode. Tout comme je n’ai pas rencontré un seul journaliste qui n’ait pas désespéré à la lecture des commentaires sous ses papiers.

    Bref, entre la vision que dénonce l’auteur de ce papier et celle qu’il semble mettre en avant, je suis bien incapable de pointer du doigt celle qui me paraît la plus minable.

    Enfin, et je suis le premier à le regretter, « l’info de qualité » des rédactions web, elle se compte sur les doigts d’une seule main. À part de très (très très) rares sites, la presse française a sombré dans les articles putassiers et autre clickbaits sans intérêt. Et ce n’est pas avec Twitter, youtube et autres site de e-branleurs que ce contenu de qualité va voir le jour.

    • > puisque je n’ai (heureusement) pas encore
      > rencontré de journaliste qui ne soit pas persuadé
      > que tout ceci n’est qu’une vaste fumisterie

      Enchanté, je m’appelle Yann ! Ravi de vous rencontrer

      • anonymous

        Je crois que le monsieur parlait de journaliste …

  • Peut-être la baisse des ventes des journaux papier est-elle liée au manque d’intérêt que leur contenu suscite pour les lecteurs, et également à la hausse du coût de la vie. Les gens préfèrent, à choisir, acheter à manger qu’un journal.

  • Clémentine

    Je suis d’accord avec votre article et j’ai conscience que l’avenir du métier se trouve sur le web. Paradoxalement en tant que pigiste je recherche en priorité les rédactions papier, car elles payent (encore trop peu pour vivre décemment mais) bien plus que le web. :/

    • Et ça ira plus mal avant de commencer à aller mieux. Je me souviens d’une responsable d’un newsmagazine expliquant qu’un lecteur sur le web rapportait dix fois moins d’argent qu’un lecteur sur papier, et un lecteur mobile dix fois moins qu’un lecteur sur mobile…

      C’est aussi pour cette raison que de plus en plus de journalistes se lancent dans la création d’entreprises plutôt que de dépendre de piges en baisse tendancielle depuis des années.

  • Rémy

    L’opposition digital / print me semble déplacée.

    Rien ne nous permet de prédire l’avenir, si ce n’est que de nouveaux modes de consommation de l’information sont apparus et en complètent d’autres. S’il y a concurrence pour certains je parlerai moi de complémentarité.
    La TV n’a pas tué la radio, malgré une offre des chaînes qui explose le cinéma se porte in fine plutôt bien…

    Nous entendons des inepties des 2 cotés, peut être parce que le modèle économique des uns et des autres n’est pas encore au point.

    Le journaliste se doit d’être le relai d’infos qu’ils source, valide, développe confronte et analyse, et ceci quelque soit le support (le web comme le print ont soulevés pas mal d’affaires en cours), c’est bien « l’enquêteur » qu’est ce journaliste qui le permet (avec ses sources éventuelles) et non le support sur lesquelles elles sortent.

    • > Rien ne nous permet de prédire l’avenir, si ce n’est
      > que de nouveaux modes de consommation de
      > l’information sont apparus et en complètent
      > d’autres

      Au contraire, plein de choses nous permettent de prédire l’avenir, des chiffres de vente au marché publicitaire en passant par l’évolution des usages.

      Plus grand monde ne doute que les quotidiens papier vont disparaître dans les cinq à dix ans qui viennent. Pour les magazines, c’est moins sûr mais le mouvement est désormais bien amorcé.

      > c’est bien « l’enquêteur » qu’est ce journaliste qui le
      > permet (avec ses sources éventuelles) et non le
      > support sur lesquelles elles sortent.

      On est d’accord qu’on parle du même métier. Après, la forme et le fond ne sont pas aussi indépendants que vous semblez le croire. Travailler sur le web, ce n’est pas la même chose que travailler sur le papier (de la même manière que le journalisme radio n’est pas le journalisme télé, alors que c’est toujours du journalisme). Un rédaction qui persiste à ignorer les différences entre les supports va dans le mur.

      • Rémy

        Je crois également qu’une rédaction qui sépare catégoriquement les deux va également dans le mur (démultiplication des coûts, « doublonnements », etc.), n’avoir qu’une seule rédaction a du sens, un journaliste expert dans un domaine particulier doit pouvoir rédiger sur les deux (et c’est là une des évolutions de leur métier qu’il doivent intégrer), même si effectivement il n’agira pas de la même façon (media chaud versus media froid, media d’échange vs media à sens unique…, l’un n’étant pas meilleur que l’autre, ils sont complémentaires).
        L’évolution métier est inhérente à notre société et reste une bonne chose car elle nous stimule. Pour autant gardons en tête également que nous avons des avis de citadins / parisiens, la majorité de la population n’a pas forcément accès au net, ni la culture.

        • > Pour autant gardons en tête
          > également que nous avons des avis
          > de citadins / parisiens, la majorité
          > de la population n’a pas forcément
          > accès au net, ni la culture.

          Vous avez effectivement une vision assez parisienne de “la province” 🙂

          • NON je suis provincial, justement… et y suis extrêmement attaché 😉
            J’entend par province non pas uniquement le hors Paris mais hors grandes agglomérations.

          • Ça ne fait pas « la majorité de la population”… Plus sérieusement 82% des ménages ont accès à Internet en France, donc bon, difficile de dire que « le numérique, c’est un truc de citadins ». D’autres chiffres ici :
            http://www.observatoire-du-numerique.fr/usages-2/grand-public/equipement

          • Avoir accès est une chose (et au demeurant je suis censé avoir accès en province et ce n’est pas le cas dans la réalité… les chiffres des opérateurs me laissent plus que perplexe depuis longtemps).
            Ensuite il faut analyser l’utilisation qui en est faite (surfer, acheter, s’informer… ?) et par qui (étudiants, cadres… : ce n’est pas la majorité des français même si cela représente une force vive et d’avenir)
            L’utilisation« pleine et entière » du net n’est pas pour autant encore rentrée dans les moeurs de tous, ça évolue bien et vite.

            Et je reste tout de même persuadé de l’intérêt démocratique de la complémentarité des media TV, radio, web, newspaper qui peuvent être des supports extrêmement réactifs ou d’analyse. C’est en croisant les sources que l’on se forge une opinion.

  • patty94

    Ce papier est d’un débilisme profond, je suis journaliste pour des supports papier qui font de l’investigation contrairement à mes collègues du web dont beaucoup font du copier-coller de CP à longueur de journée. Et l’un n’exclut pas l’autre arrêtez les stéréotypes éculés !

    • Bonjour Patty et bienvenue Dans mon labo

      “je suis journaliste pour des supports papier qui font de l’investigation contrairement à mes collègues du web dont beaucoup font du copier-coller de CP à longueur de journée.”

      Je ne comprends pas votre réaction, où ai-je écrit que les journalistes papier ne faisaient pas d’investigation ? Ou que les journalistes web ne reprenaient jamais de communiqués de presse ?

      • patty94

        Si on lit bien votre papier, vous avez l’air de dire que point de salut sans le numérique et que la presse papier est condamnée. C’est sur cela que j’ai voulu réagir, désolée si ça a été mal compris

        • “vous avez l’air de dire que point de salut sans le numérique et que la presse papier est condamnée”

          Ah non sur ce point vous m’avez parfaitement compris 🙂 Mais c’est pas vraiment une opinion, plutôt un fait bien établi, à peu près tous les directeurs des ventes vous le confirmeront.

          C’est sur la qualité du travail des uns et des autres que je me prononce pas, parce que ce serait effectivement idiot de considérer que les journalistes sont intrinsèquement meilleurs sur le web que sur le print, ou inversement.

          • patty94

            Je bosse pour ma part pour un magazine papier qui a été lancé voilà bientôt deux ans et qui marche du tonnerre. Il suffit de trouver le bon créneau, de ne pas se moquer des lecteurs (leur donner de la qualité), et de respecter ses journalistes. C’est le tiercé gagnant !

          • ‘“Y’a aussi des poissons volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre” 🙂

            Mais toutes mes félicitations en tout cas. Tous les titres papier ne vont de toute façon pas disparaître du jour au lendemain, notamment ceux qui ont une forte identité, qui sont sur une niche ou qui sont tout simplement très bons.

            Simplement, pour le secteur, la tendance à la baisse est là, et elle ne fera que s’accentuer dans les années qui viennent. Voir par ex le graph dans cet article de Business Insider :

            http://www.businessinsider.com/media-usage-by-age-2014–5#!IFwxx

  • ABCDigital

    J’ai beaucoup aimé la fin de la presse papier sur Arte. Je trouve fascinant le positionnement des marques qui deviennent leur propre média. Que chaque individu soit sa propre source de communication.
    Il y a un article très interessant sur la vision des médias américains sur la presse Francaise. C’est dans Neiman Lab, a lire

  • Nathalie Fey

    Digital, même en italique, ça veut dire avec les doigts.
    C’est un peu de ça dont les journalistes papier ont peur peut-être. De la vitesse liée au support qui passe aux oubliettes tous les réflexes du métier : vérifier ses infos, laisser le boulot de relecture aux relecteurs (y’en a encore, allo ?) etc…
    Nathalie Fey

    • Bonjour Nathalie, et bienvenue Dans mon labo.

      Sur papier comme sur le web, l’emploi de l’italique pour signaler l’utilisation d’un mot emprunté à une langue étrangère est une pratique courante, sinon systématique. Je vous suggère de poser la question aux « relecteurs » que vous évoquez, je pense qu’ils vous feront la même réponse.

      Et si vous pensez que le simple fait de travailler pour le papier rend plus compétent ou plus rigoureux, vous colportez une faribole que les journalistes du papier se racontent pour se rassurer, mais qui n’a rien de vrai.

      J’ai travaillé sept ans sur le web et sept ans en presse écrite, je peux vous garantir que l’incompétence est impeccablement répartie dans ces deux domaines 🙂

  • Francois Letellier

    Ce n’est pas le journalisme « papier » qui disparait, c’est l’info (au sens de l’info du XXe siècle — à savoir l’image d’Epinal du fait à la fois objectif, important, et difficile à obtenir). Les rédactions s’autocensurent (cf la notion de chiens de garde). Les lecteurs ne font plus la différence entre l’important, le marrant, le spectaculaire (Ebola vs la vie amoureuse du président). Quant à la difficulté d’obtention, n’importe quel crétin peut bloguer sur tout et n’importe quoi et, au final, dans le monceau de conneries qui circulent, on trouve parfois des pépites. Pur hasard. Elles flottent sur le bouillon, noyées dans le bruit, mais elles sont là. Ce qui laisse penser que le web (lire web, Twitter, FaceBook, ça en change rien) est une source d’information primordiale. Qu’elles soient web ou papier, les rédactions sont mal barrées. Sauf que celles qui sont « web » surfent sur la vague, la même qui permet aux crétins sus-cités d’écrire des blogs. Elles perdent de l’argent — oui, comme les rédactions papier. Pour les mêmes raisons. Croire que le web est le futur des rédactions, c’est comme croire que pour moderniser la diligence il faut la faire circuler sur une voie de chemin de fer, en adaptant les roues, mais sans changer ni le cheval ni la carrosserie. Aujourd’hui, on ne paie plus pour l’info. C’est l’inverse : on se fait payer pour donner son attention. Après, si la problématique d’untel ou d’unetelle est d’exister, comme le dit ce billet mieux vaut de le faire en ligne. Moult followers, amis, commentaires et likes. Ca flatte l’égo. Easy come, easy go, le tout oublié en 5 minutes chrono. Mais cela n’a rien à voir avec le fait d’être journaliste ou pâtissier. Pâtissiers du XXIe siècle, si vous voulez être lus par le monde entier, ayez un compte Twitter, un blog et une page FB. Vous serez à égalité avec les collégiens qui vous achètent des bonbons et avec les journalistes web.

  • Jean Bon

    Un truc quand même à verser au dossier : je viens de lire ce billet sur (attendez, je regarde l’URL …) dansmonlabo.com. Je ne connaissais pas le site il y 3 minutes, je l’aurai oublié demain matin. Par contre, je suis abonné à Time depuis 10 ans et je le serai encore dans 1 an. Vous comprenez la différence, ou bien il faut faire un dessin 🙂 ? Passez au web : vous devenez jetable.

    • “Passez au web : vous devenez jetable.”

      Passez au print : vos articles serviront à emballer le poisson ou à allumer la cheminée. Avec des arguments comme ça…

      • JDB

        les réponses de Yann Guegan sont parfaitement grotesques !

        • SB

          Au contraire, elles sont drôles et pleines de bon sens.

  • Ophélie Neiman

    Moi ce qui m’a fait bizarre, ce sont tes liens sans .
    C’est comme ça qu’on doit faire, maintenant ?
    Sur certains liens, ce n’est pas gênant… mais sur le site de Milk, c’est assez compliqué de revenir en arrière, j’ai peur que mes yeux fondent.

    • C’est parce que tu es une milk en puissance, le dieu du web l’a senti

  • JDB

    Bizarre, cet article date du 3 octobre dernier, mais il semble avoir 4 ans de retard. Pour travailler dans la presse papier depuis vingt ans, je peux vous garantir que l’avenir du papier est garanti. Le retour est en train de prendre forme, de nouveaux titres sont attendus dans les semaines à venir, les annonceurs ont compris que le Net était inutile et inefficace. La presse papier se transforme, le gratuit se fait une place conséquente tout en améliorant fortement la qualité de son contenu (je ne parle pas des gratuits d’infos comme 20 minutes et consorts). Bref, Yann Guégan, je ne sais pas quel âge vous avez ni dans quel milieu vous œuvrez, mais cet article montre à quel point vous êtes à coté de la plaque en ce qui concerne les médias imprimés.

    • Bonjour JDB, et merci pour votre commentaire.

      Je suis surpris par les journalistes qui, comme vous, fantasment sur le retour du papier. Ils ont un point commun : ils ne s’appuient sur aucune étude, aucun chiffre, aucune statistique, mais seulement sur quelques exceptions. Rendez-vous dans cinq ans, on verra qui a « quatre ans de retard » 🙂

      • JDB

        réponse ridicule. je me base sur des études et des faits réels, sur une présence personnelle sur le terrain et sur des témoignages de gens concernés et renseignés. vous, vous vous basez uniquement sur des chiffres, des stats et des fantasmes. RDV dans 5 ans ? non, certainement pas, je ne compte pas revisiter votre pauvre blog rétrograde de sitôt !

        • > je me base sur des études
          > et des faits réels

          N’hésitez pas à nous en dire plus sur ces études et ces faits réels, ainsi que sur votre « présence personnelle sur le terrain ».

          Comme vous êtes courageusement anonyme sur ce « pauvre blog », nous n’avons aucun moyen de savoir de quelle « présence personnelle » ni de quels « gens concernés re renseignés » vous vous prévalez.

          Ce qui dessert votre propos. C’est dommage, je n’ai rien contre un peu de contradiction, à condition évidemment qu’elle soit un minimum étayée.

  • JDB

    Il faut quand même savoir que le gars qui a écrit cet « article » a rédigé 2 fois plus de tweets, mais a 1000 fois moins de followers que Nabilla !!! Alors ces prévisions astrologiques sur l’avenir des médias, il peut se les mettre où je pense !

    • Je préfère avoir moins de followers et ne pas dormir en prison

  • Labo

    20 millions de français sont sur facebook ou sur tweeter… Et ca serait un critère de qualité ? Plus de la moitié des français sont plus c.ns que la moyenne, ne l’oublions pas ! Je suis toujours très étonné quand je vois les âneries sorties spontanément sur tweeter par des personnes d’un certain niveau intellectuel, âneries qu’elles n’auraient jamais sorties après réflexion dans un document écrit , construit, relu avant d’être publié. Personnellement, très à l’aise avec les nouvelles technologies, j’ai fui facebook, tweeter ou autres réseau du m^me type, comme je fuis les discussions au Cafe du Commerce, en bas de chez moi .…

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