Expériences

L’info était bidon… mais elle est toujours en ligne sur ton site, coco

Pour aider les internautes à distinguer le vrai du faux, les médias ont lancé des rubriques de fact checking et passent en revue toute la journée des déclarations politiques, des légendes urbaines croquignolesques ou des reportages de la télé russe — un exercice aussi sain que sans fin.

Mais que se passe-t-il quand les sites d’actu sont eux-mêmes à l’origine de la diffusion d’une info bidon ? Font-ils preuve de la même exigence envers leurs propres contenus ? Que deviennent les articles concernés quand ils sont démentis, parfois brutalement, deux heures ou deux jours plus tard ?

Pour le savoir, j’ai mené une petite expérience.  Après une rapide consultation sur Twitter et sur Facebook, j’ai sélectionné cinq histoires récentes.

Leur point commun ? Elles ont été largement reprises par les sites d’info généralistes français, avant d’être « démontées » peu après :

  • « L’araignée mortelle découverte dans une caisse de bananes ». L’araignée était inoffensive, et les diverses aberrations des articles sur le sujet ont été relevées par l’émission La Tête au carré sur France Inter.
  • « La prestigieuse primatologue française qui termine au Samu social ». L’enquête réalisée par Causettebien que contestée par Sciences et Avenir, montre l’ampleur de l’emballement médiatique autour de Francine Néago.
  • « La jeune mariée enceinte après avoir couché avec le nain strip-teaseur de son enterrement de vie de jeune fille. » Sur L’Express et sur L’Obs, on lira comment démonter (en quelques minutes) cette histoire un peu cracra mais croustillante.
  • « La snowboardeuse poursuivie par un ours. » Truquée, la vidéo a été produite par l’agence australienne The Woolshed Company dans le cadre de l’opération The Viral Experiment.

J’ai ensuite mené des recherches sur 30 médias parmi les plus fréquentés. A chaque fois qu’une de ces « infos bidon » était détectée dans ses archives, j’ai regardé comment le site étudié avait réagi, avant de le classer dans une des cinq catégories détaillées ci-dessous — pour les curieux, les 150 résultats sont aussi dispos dans une Google Sheet.



J’étais un peu sceptique avant de me lancer dans ce travail : je me disais qu’en 2016, les rédactions concernées devaient avoir toutes réfléchi à des règles et des procédures afin d’éviter de laisser des informations erronées survivre dans leurs archives.

Mais en quelques clics, j’ai trouvé 41 articles encore en ligne qui reprennent les cinq sujets ci-dessus, sans prendre de recul ni avertir le lecteur de ce qui a pu se passer depuis la parution.

Soit 41 liens qu’un lecteur pourra publier sur Facebook en toute bonne foi, pour peu qu’il fasse confiance aux médias concernés, redonnant à ces histoires visibilité et légitimité.

Un peu surpris, j’ai interrogé les responsables de trois sites où ce laisser-aller dans les archives était, au moins au vu des résultats de ma petite expérience, le plus flagrant.

Jérome Béglé, directeur adjoint de la rédaction du Point, n’a pas semblé bouleversé quand je lui ai appris que son média continuait à colporter la fable du strip-teaseur nain :

« En cas d’erreur, on n’a pas de règle intangible, on fait au cas par cas. Pour la fausse mort de Martin Bouygues j’ai écrit un article après coup afin d’expliquer ce fail collectif. Là, je vais regarder.

Je dépublie très rarement, c’est un principe. Un papier de presse écrite ne se dépublie pas, donc un papier web ne se dépublie pas non plus : quand le coup est parti, il est parti.

Mais on est assez peu accros au buzz venant des réseaux sociaux, ça limite le type de risques. »

Au Dauphiné libéré, le rédacteur en chef n’hésite pas, lui, à appuyer sur le gros bouton rouge. Après que le lui ai signalé des articles problématiques sur le site du quotidien régional (les trois cases rouges dans le tableau plus haut), Jean-Pierre Souchon a fait supprimer deux contenus par son équipe :

« Il y a sur le site des infos préparées par des équipes à Paris pour plusieurs titres du groupe. S’ils ne rectifient pas le tir, ça peut rester en ligne.

Mais non, on ne laisse pas en ligne une erreur qu’on nous aurait signalée, je trouve insultant que vous le sous-entendiez. Dans certains cas, on va modifier le texte ; si le sujet lui-même n’existe plus, autant le supprimer plutôt que de placer un avertissement. »

« Des molosses affamés de “clics” »

En plongeant dans les placards, j’ai fait quelques découvertes savoureuses. Sur Le Point, on apprend ainsi que l’oncle de Kim Jong-un se serait fait dévorer par 120 chiens affamés, dans un article publié le 4 janvier 2014.

Info bidon, apprend-on dans un billet daté du lendemain, publié sur le même site et titré  « Kim et les chiens : la Toile rase gratis ». Son auteur regrette, non sans lyrisme, que  « les portails du monde entier se jettent sur la bête, tels des molosses affamés de “clics” […] sans appliquer l’un des principes fondamentaux du journalisme : la vérification des informations ».

Soyons juste, l’hebdo n’est pas le seul à avoir ses archives un peu schizophrènes.

Ainsi Libération fait-il encore aujourd’hui mine de s’interroger sur la découverte possible d’une cité maya par un adolescent canadien qui a regardé les étoiles. Pourtant, un clic plus loin, le même site et le même auteur sont beaucoup plus définitifs :  « Non, non et non, il est absolument impensable que les Mayas aient pu […] reproduire la carte des constellations avec leurs cités ». 

Un Démotivateur motivé pour changer

Dans mes fournisseurs d’infos bidon en gros, je n’ai pas été très étonné de retrouver souvent Démotivateur, média d’infotainment rarement cité pour la qualité de son travail journalistique. Le site m’a répondu qu’il était décidé à changer cette réputation :

« L’équipe de Démotivateur ne comptait que quatre personnes jusqu’en septembre 2015. Il était difficile d’approfondir scrupuleusement chacun des articles.

Depuis, nous avons créé une équipe dédiée à la rédaction, composée de six journalistes et dun rédacteur en chef.  Notre politique éditoriale s’inscrit dans la volonté de transmettre des informations réelles dont les sources sont vérifiées.

Les articles auxquels vous faites référence sont antérieurs à cette nouvelle organisation, et sont particulièrement isolés. […] Par manque de temps, nous n’avons pas encore repris un à un chaque sujet pour les re-vérifier. »

Publier moins mais publier mieux : c’est peut-être le meilleur remède aux infos bidon. La première victime de la guerre du clic, c’est la vérité, c’est sûrement ce qu’aurait dit l’écrivain anglais Rudyard Kipling, selon Le Figaro. A moins que ce soit le politicien américain Hiram Warren Johnson, comme l’affirme Le Monde ? A vous de trancher !

Mis à jour le 19/8 à 17h55. Signification des carrés gris ajoutée en légende du tableau.

Précision le 23/8 à 9h25. France Bleu a dépublié les deux articles trouvés sur son site.

Voici comment les médias français voient le monde

Les médias nous donnent-ils une vision déformée du monde qui nous entoure ? La question est vieille comme Théophraste Renaudot, mais j’ai tenté d’y apporter une réponse moderne avec la série de cartes « anamorphosées » publiée ci-dessous — une idée que j’ai piquée à mes petits camarades d’Altermondes.

Elles ont été réalisées en basant la déformation de chaque pays sur le nombre de résultats trouvés par Google quand on le cherche sur le site de l’un des vingt médias étudiés — je reviens plus en détail sur la méthode utilisée (et ses limites) dans un autre post.

Avec l’avènement des réseaux sociaux, devenus pour beaucoup d’entre nous le principal point d’accès à l’information, ces cartes vont-elles se déformer davantage ?

En filtrant selon leur popularité les publications venues de nos amis et des pages auxquelles nous nous sommes abonnés , Facebook est en effet accusé de créer une « bulle » autour de ses utilisateurs, ne les exposant plus qu’à des informations qui les touchent ou les font réagir.

Et comme leur trafic dépend de plus en plus de cette plateforme, les médias sont tentés de « publier pour Facebook », laissant de côté l’actualité des pays trop lointains. Un phénomène qu’on peut observer sur les cartes de Buzzfeed France et du Huffington Post, où les pays du Sud occupent la portion congrue.

Mais ces biais ne sont pas nouveaux, et ils dépendent aussi de la ligne éditoriale des journaux concernés :

  • L’Amérique du Sud et l’Afrique sont nettement enflées sur la carte du Monde diplomatique — logique vu les positions tiers-mondistes de ce mensuel.
  • l’Europe explose sur celle de Contexte — normal, le site suit de près l’actualité législative de l’UE.
  • les Etats-Unis sont bien plus gros que la moyenne sur celle de Slate.fr – pas étonnant, une bonne partie des articles sont des traductions de textes publiés dans la version américaine.
  • Les sites qui reprennent beaucoup l’AFP, par exemple Libération et Le Figaro, ont des cartes assez proches –une part importante des résultats décomptés se trouvent dans les dépêches de cette agence et reprises, sous différentes formes, sur ces sites.

Ces spécificités se retrouvent si on s’intéresse aux pays les plus cités, média par média.

On retrouve bien la loi du « mort-kilomètre », qui veut qu’une tempête de neige à Londres pourra occuper les chaînes infos toute la journée, alors qu’un tsunami en Indonésie peut faire des centaines de victimes sans qu’on chamboule le menu des journaux télévisés.

Mais on peut aussi prendre le problème dans l’autre sens, et s’intéresser aux médias qui s’intéressent plus (ou moins) que la moyenne à un pays donné.

N’hésitez pas à explorer vous-mêmes les données que j’ai récoltées,  et à raconter vos trouvailles ou à signaler des problèmes en me contactant ou en laissant commentaire.

Mis à jour le 26/1 à 10h35. Précision ajoutée concernant les médias reprenant beaucoup l’AFP, après un échange avec @quentingirard sur Twitter.

Ces livres plus chers en version électronique que sur papier

Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/Flickr/CC-BY-NC-DR)
Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/Flickr/CC-BY-NC-DR)

Ça coûte combien, une série de 0 et de 1 ? C’est la vertigineuse question à laquelle se confrontent les éditeurs quand il faut fixer le prix de la version électronique d’un de leurs livres.

Et la réponse varie beaucoup d’un titre à l’autre, comme le montre un échantillon d’une cinquantaine de romans et essais, choisi parmi les plus vendus ou signés des auteurs les plus connus.

Pour chacun, j’ai relevé le prix de l’édition originale, celui de l’édition poche et celui des versions iBook d’Apple ou Kindle d’Amazon (données disponibles au format CSV).

A ma grande surprise, l’ebook est dans la plupart des cas plus cher que la version poche.

Le surcoût atteint même 10,90 € pour Boomerang, de Tatiana de Rosnay (éd. Héloïse d’Ormesson) – 17,99 € en version électronique, 7,10 € au Livre de poche (+150%).

De même, Apocalypse Bébé, de Virginie Despentes (éd. Grasset), vous coûtera 13,99 € si vous souhaitez le lire sur votre Kindle, contre 7,10 € seulement si vous voulez feuilleter les 380 pages de la version Livre de poche (+97%).

Ce décalage m’a étonné : d’un côté, un fichier numérique dont la reproduction ne coûte rien ; de l’autre, un objet physique fait de papier et d’encre et qu’il faut acheminer jusqu’au lecteur.

Sans compter que proposer un prix bas pour les ebooks les rend plus accessibles aux lecteurs les plus fauchés, et pourrait éviter de voir certains se tourner avec le piratage.

Si on compare le prix de l’édition originale et celui de l’ebook, le second est toujours moins élevé, mais la décote est très variable selon les titres : de –17% à –68% (-41% en moyenne).

Parmi les auteurs dont les ebooks sont vendus à prix cassés, on trouve paradoxalement Frédéric Beigbeder, un farouche opposant du livre électronique – c’est la fin « des librairies, des maisons d’édition, des suppléments littéraires dans les journaux et peut-être la fin de la critique littéraire », déclarait-il sur Europe 1 en 2011.

Son Oona & Salinger est vendu 7,10 € en poche mais seulement 6,49 € chez Apple et Amazon, soit une remise de 9%, la plus élevée de mon échantillon. Et pour Windows on the World, l’ebook est « seulement » 39 centimes plus cher que le poche (7,99 € au lieu de 7,60 €, soit +5%).

J’ai donc contacté les maisons d’édition concernées pour mieux comprendre comment ces prix étaient fixés.

La réponse de Fallois m’a beaucoup surpris : si La Vérité sur l’affaire Harry Québert, best-seller surprise de Joël Dicker, coûte 11,99 € en version électronique (contre 9,20 € en poche, soit +30%), c’est pour éviter qu’elle se vende trop bien, m’explique en substance Philippine Cruse :

« Nous voulons soutenir le livre papier. Si vous mettez un prix trop bas pour les ebooks, les gens ne vont acheter que du numérique et vous allez faire mourir les libraires. »

Si le sort des librairies est en jeu, pourquoi ne pas aller plus loin et retirer la version ebook de la vente ? Parce que l’époque est au compromis :  « On est obligés de jongler, c’est une période un peu difficile », reconnaît-elle.

Chez Viviane Hamy, qui vend Coule la Seine de Fred Vargas à 9,99 € en ebook alors qu’il coûte 4,30 € en poche (+132%), Maylis Vauterin a bien voulu détailler la politique tarifaire pratiquée.

Quand le livre est une nouveauté, la décote sera de  « 30% au minimum », mais le prix pourra même être descendu à 9,99 € dans le cadre d’une offre de lancement si  « le potentiel d’un titre est particulièrement fort pour les lecteurs qui lisent en numérique ».

Pour les livres  « de fond », le prix est  « de 9,99 € pour la collection policière et 6,99 € pour la collection bis », hors périodes et offres de promotion.

Et c’est justement pour pouvoir proposer des promos que le prix de Coule la Seine et des autres romans de cet éditeur est maintenu plus cher que la version poche :

« Je ne connais pas d’autres mécanismes pour mettre en avant nos livres (dans la masse de livres disponibles, en étant un éditeur indépendant face à des groupes) que de participer à des opérations de baisse de prix.

En pratiquant un prix normal de 9,99 €, j’ai ainsi la possibilité de les proposer à 4,99 € en négociant de beaux focus sur notre production. »

Vauterin reconnaît qu’elle « tâtonne » pour  « trouver un modèle éditorial » permettant de maintenir en ligne le délicat équilibre entre  « best-sellers et découvertes de talents, forcément déficitaires au plan économique ».

Mais s’il est virtuel, un livre électronique engendre des coûts bien réels pour l’éditeur, ajoute-t-elle. Les revendeurs (Apple, Amazon…) gardent 40% du prix payé par l’acheteur. L’éditeur a choisi de verser des droits d’auteurs plus élevés que pour le papier. Et puis il faut prendre en compte  « l’interface vers les plate-formes et la gestion des métadonnées, qui supposent de gros investissements ». Sans oublier la réalisation des fichiers epub eux-mêmes.

Elle se défend en tout cas de toute hostilité envers ces nouveaux supports :

« Le numérique est une part importante de la vie de notre catalogue. Nous avons investi afin de rendre disponible près de 80% de notre catalogue en numérique, y compris des ouvrages qui vendent de très petites quantités. »

Et pour vous, quel est le bon prix pour un livre électronique ? Le débat est ouvert dans les commentaires !

J’ai fait faire mon logo au Bangladesh pour 5 euros

Il y a quelque temps, je suis tombé sur un entrepreneur français qui partait s’installer en Amérique latine ouvrir des boulangeries-pâtisseries à la française. Il m’avait raconté ses galères et ses bons plans, et montré le logo (plutôt joli) qu’il allait faire imprimer sur ses cartons à gâteaux :

« Je l’ai fait faire en Chine, ça m’a coûté 5 dollars ! En France, ça te coûte des centaines d’euros pour la même chose. »

Je m’étais promis de tester les sites proposant ce genre d’offres un jour, curieux de savoir quel genre de visuel on pouvait obtenir à un tarif si bas. J’ai alors découvert qu’un designer basé au Japon, Sacha Greif, avait déjà réalisé cette expérience et l’avait racontée sur Medium.

Mais le récent conflit entre UberPop et les chauffeurs de taxis m’a incité à passer commande à mon tour. Je me demandais si, comme beaucoup de professions, les graphistes et maquettistes français avaient des soucis à se faire, avec la concurrence d’amateurs et de professionnels du monde entier désormais disponible en quelques clics, grâce à Internet et son « économie du partage ».

Fiverr, pour trouver un freelance pas cher

Comme Greif, je suis passé par Fiverr, qui permet de trouver des freelance pour des travaux de graphisme, mais aussi de traduction, de programmation, de création musicale…

L’interface est simple et efficace, et plutôt que de chercher parmi les portfolios de tous les designers disponibles, j’ai vite choisi de proposer une tâche (un « gig  ») en décrivant sommairement ma demande — le nombre de caractères étant limité, je n’ai pu en dire beaucoup sur mon activité :

« J’ai besoin d’un logo pour mon entreprise. Je suis un consultant et un formateur, je travaille dans le secteur des médias et de la communication. Le nom de mon entreprise est “Dans mon labo”. »

Le texte de l'offre publiée sur Fiverr
Le texte de l’offre publiée sur Fiverr

Une fois l’offre postée, il ne vaut mieux pas trop s’éloigner de son ordinateur : en près de deux heures, j’ai reçu près de 27 offres de services, la plupart au prix plancher, 5$.

Un peu perdu dans cette liste, j’ai finalement décidé de passer trois commandes, pour un prix de 5 $, 15 $ et 55 $. Il faut y ajouter 5% de commission pour le site et puis des frais bancaires : au final j’ai donc payé à peu près 5 €, 15 € et 55 € .

Une fois le paiement par carte bleue effectué, les enchérisseurs sont informés et se mettent au travail — mais ils ne sont payés qu’après que le commanditaire a validé le produit fini.

1. Le logo à 55 dollars, créé en Israël

Dans sa présentation, la designer israélienne que j’ai sélectionné explique avoir douze ans d’expérience dans la réalisation de logos, d’animations et de posters.

Elle garantit, comme Lorie, une  « positive attitude  » dans ces échanges avec les clients — effectivement, de multiples smileys et points d’exclamation émailleront ses messages.

Peu de temps après ma commande, elle me demande « le nom de mon entreprise » et « un petit mot de description ». Mais elle n’attendra pas finalement ma réponse pour livrer la commande dans un ZIP contenant neuf fichiers : trois visuels en trois versions (JPEG, PNG et une sorte de version « extrudée » du plus bel effet).

La première proposition fait un peu penser à l’enseigne d’un LaserGame :

Le premier logo de la designer israélienne
Le premier logo de la designer israélienne

La deuxième est ma préférée, je suis à deux doigts d’acheter le même chapeau pour les visites chez mes clients :

Le deuxième logo de la designer israélienne
Le deuxième logo de la designer israélienne

La dernière piste est très ensoleillée et donne envie de gober plein de comprimés de vitamine C  :

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Le troisième logo de la designer israélienne

Dans son message, elle promettait « une surprise » si je validais son travail (ce qui déclenche le versement de la somme due) et lui  donnais la note maximale (5 étoiles) à son travail — ce que j’ai fait, comme pour les deux autres designers. Mais je n’ai jamais rien reçu.

2. Le logo à 15 dollars, créé au Pakistan

« Le rôle d’un design, c’est de présenter votre message au monde. Un bon design le fait aussi simplement et joliment que possible. » C’est  ainsi que se présente le designer pakistanais que j’avais choisi.

Il m’a d’abord envoyé une liste de questions : une description de mon activité, les textes à inclure avec le logo, des couleurs à privilégier… Quelques heures après avoir reçu mes réponses, il m’a envoyé deux visuels.

La première proposition, avec sa plume Sergent-Major, a un charme désuet.

Le premier logo du designer pakistanais.
Le premier logo du designer pakistanais.

Quant à sa deuxième création, je pense l’utiliser en quatrième de couverture de mon premier recueil de poésie.

 

Le deuxième logo du designer pakistanais.
Le deuxième logo du designer pakistanais.

3. Le logo à 5 dollars, créé au Bangladesh

Sur Fiverr, le designer bengali que j’ai sélectionné explique avoir sept ans d’expérience et avoir réalisé « une grande variété de travaux complexes pour des clients de tout type », qui ont tous été « heureux et satisfaits » du travail réalisé.

Les échanges ont été plus compliqués. Après m’avoir lui aussi demandé plus d’informations, il a vite voulu être payé davantage :

« Si vous souhaitez un logo de qualité et original, alors il faut payer au minimum 20 dollars, ce qui correspond à quatre commandes comme celle-ci. Merci donc de passer trois autres commandes. »

J’ai refusé, expliquant que j’avais juste besoin d’un logo. Il m’a relancé :

« Passez-moi juste une autre commande. Je vais faire de mon mieux pour vous, parce que je veux qu’on continue à faire des affaires ensemble. »

Je n’ai pas répondu, et pourtant j’ai fini par recevoir le logo, le lendemain matin. Mais pas sous la forme d’un visuel utilisable, dans un montage photo.

Le montage photo envoyé par le designer bengali.
Le montage photo envoyé par le designer bengali.

Pour obtenir le visuel lui-même, il a fallu que je valide la commande et que je lui donne une note de cinq étoiles. J’ai ensuite reçu un fichier PNG minuscule.

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Le logo finalement envoyé par le designer bengali

Intrigué, je lui ai demandé une version plus grande ou dans un format vectoriel. Je n’ai jamais reçu de réponses.

Beaucoup de copies de logos existants

Le petit bonhomme utilisé par la designer israélienne.
Le petit bonhomme utilisé par la designer israélienne.

Lorsqu’il s’est livré au même exercice, Sacha Greif s’est rapidement rendu compte que les visuels qu’on lui livrait étaient en fait des copies ou des travaux dérivés d’images existantes, parfois récupérées dans une des grandes banques d’images qu’on trouve sur Internet.

C’est aussi le cas en ce qui me concerne : j’ai retrouvé rapidement le petit bonhomme de la créatrice israélienne, mais sans son chapeau. Il a été utilisé à multiples reprises sur le Web.

Même chose pour le groupe de personnages dont elle s’est servi pour sa première proposition.

Une profession pas simple à « uberiser »

« C’est le Lidl du logo », a commenté un ami directeur artistique à qui je parlais des tarifs pratiqués. Comme lui, je pense qu’un logo ne se résume pas à un joli dessin, mais qu’il doit traduire l’esprit d’une organisation, l’incarner dans le monde extérieur.

On peut ajouter que le travail réalisé par un professionnel inclut en général toute l’identité graphique (incluant, par exemple, le choix de couleurs et de typographies), pas seulement le visuel figurant en haut du papier à en-tête.

Au final, le graphisme me semble une profession difficile à « uberiser », en tout cas d’une façon aussi radicale que celle proposée Fivrr — même si ce secteur, comme bien d’autres, compte son lot de précaires qu’on cherche à payer toujours moins cher.

Le contexte de la marque et la relation directe avec le commanditaire  sont des variables trop importantes, sans oublier les codes culturel : par exemple, le stylo plume semble un bon moyen de symboliser le journalisme et les médias au Bangladesh et au Pakistan, ce qui n’est pas le cas en France.

On n’a pas les mêmes valeurs : le mariage gay sur les sites de Fox News et MSNBC

L’actualité de ces dernières heures est particulièrement chargée, entre les attaques de l’Etat islamique, le référendum annoncé en Grèce et la décision de la Cour suprême américaine de légaliser le mariage homosexuel.

Dans ces conditions, pas simple de choisir le sujet de couverture d’un quotidien ou l’ordre des sujets affichés en page d’accueil d’un site d’information.

Mais la « hiérarchie de l’info » chère aux journalistes ne dépend pas qu’à des critères objectifs, loin de là. L’importance qu’une rédaction accorde à un sujet dépend aussi de sa vision du monde, de ses priorités éditoriales et de ses valeurs.

Je me suis amusé à comparer les pages d’accueil des sites des chaînes américaines MSNBC (classée pro-démocrate, « libérale » au sens américain, à gauche donc) et Fox News (pro-républicain, conservateur, à droite donc). Les captures d’écran ont été prises ce samedi matin.

Les pages d'accueil de Fox News et de MSNBC ce samedi matin.

Vu l’importance du sujet, je m’attendais à ce qu’il occupe à peu près la même place sur les deux sites, mais on voit que Fox News préfère mettre en avant d’autres actualités (une forme de déni ?), surtout en haut de page d’accueil. De façon plus attendue, les titres choisis par les deux médias donnent clairement la couleur.

Titres de MSNBC.

  • L’Amérique ouvre un nouveau chapitre de son histoire
  • Les mots de la Cour suprême dans sa décision
  • Des émeutes à la célébration
  • L’avis d’une sénatrice gay sur « cette étape capitale »
  • La plus belle semaine de tous les temps pour le camp progressiste

Titres de Fox News, en haut de page :

  • « Une cour de justice n’est pas le législateur », explique le juge John Roberts, qui avait soutenu Obamacare
  • Vidéo : le mariage pour tous a gagné
  • Edito : la cour s’attaque à la vérité du mariage et dresse la foi contre la loi

Titres de Fox News, beaucoup plus bas dans la page, affichés seulement après avoir « scrollé » suffisamment :

  • Mariage gay : pourquoi la Cour suprême a tort.
  • Pourquoi les décisions de la Cour suprême sur Obamacare, le mariage gay, le droit de propriété… vont aider les Républicains à la présidentielle de 2016
  • Cour suprême : les couples de même sexe peuvent se marier dans les 50 Etats
  • Comment le mariage gay va affecter l’Amérique
  • Les avertissements du juge Roberts après la victoire du mariage gay
  • Ben & Jerry sortent une crème glacée spéciale après la victoire du mariage gay.
  • Les réactions des célébrités à la décision de la Cour suprême
  • Mike Huckabee s’en prend au jugement de la Cour suprême
  • Pour Ric Grenell, la décision sur mariage gay est une grande victoire pour les conservateurs.
  • Quel impact aura la décisions sur la course à la Maison-Blanche
  • Lea DeLaria sur l’impact de la décision de la Cour suprême

Le monde selon Bernard Guetta : la carte de ses 500 chroniques

Ça se passe au moment où la tartine beurrée entre en contact avec le café brûlant. Un ronronnement s’échappe du poste de radio. Une voix familière qui chevrote un peu, un phrasé impeccable qui franchit les  « premièrement », les « deuxièmement » et les « mais également » sans jamais trébucher. Le texte, lui, glisse sans cahot d’une conférence genevoise à une réunion du G7, en passant par Bruxelles et ses sommets de la dernière chance.

Une chronique quotidienne depuis 1991

Bernard Guetta, 64 ans, est  « un majestueux monument à dômes et à coupoles […] installé dans le paysage matinal », s’amusait Daniel Schneidermann. S’il le taquine, le fondateur d’Arrêt sur images voit aussi en lui l’un des rares journalistes qui  « dans chaque événement microscopique cherchent par réflexe les racines profondes, les lointaines conséquences, bref la perspective ».

Le chroniqueur a rejoint France Inter en 1991 après une carrière déjà longue et tient depuis la chronique Géopolitique chaque matin, du lundi au vendredi à 8h19. Ce passage obligé de la matinale est inscrit dans la routine des auditeurs, sur le mode « déjà Guetta, faut y aller, Matteo va être en retard à l’école ».

Lire l’article

Les pays les plus cités dans la chronique Géopolitique de France Inter

0 1–10 10–50 50–100 100–200 +200
           

Cliquez ou tapotez sur un pays pour plus d’infos, double-cliquez ou pincez pour zoomer.

Mais à quoi ressemble la carte du monde que Guetta raconte à près de 4 millions de Français mal réveillés ?

C’est à cette question que j’ai tenté de répondre en analysant 520 chroniques publiées sur le site de France Inter entre août 2012 et mai 2015 — pour ceux que ça intéresse, je reviens sur les outils utilisés dans un autre article de ce site.

Un tiers de plus que le Nouveau Testament

Près de trois saisons de chroniques pour un imposant corpus de plus de 300 000 mots (pour vous donner une idée, ça fait un tiers de plus que le Nouveau Testament), soit 1,6 million de signes ou encore plus de 1 000 feuillets.

La carte en haut de cette page montre le résultat de ses recherches (contactez-moi ou laissez un commentaire si vous avez remarqué une erreur ou une bizarrerie). Je les ai également rassemblées sous forme de classements.

En se promenant sur la planète de Bernard Guetta, on remarque bien sûr la domination des Etats-Unis, cités dans un près d’une chronique sur deux. Mais la Russie, le Proche-Orient et le Moyen-Orient sont aussi bien servis par le chroniqueur. Logique, vu l’actualité de ces trois dernières années en Ukraine, en Syrie et dans le reste du monde arabe.

Les pays émergents sont moins bien lotis : la Chine n’a été citée que 61 fois, et l’Inde (21 ) comme le Brésil (6) ne semblent guère passionner le chroniqueur.

Même relatif désintérêt pour l’Afrique, surtout si on met de côté les pays où la France est intervenue militairement (Libye, Mali, Centrafrique) — le Nigéria, devenu pourtant la première économie d’Afrique n’est cité que sept fois. Ou pour l’ensemble Amérique latine, malgré les remuants dirigeants du Venezuela, de la Bolivie et de l’Equateur.

« Eclairer les événements, les hiérarchiser »

Loin des yeux, loin du cœur de Guetta ? L’Indonésie, malgré ses 250 millions d’habitants, n’est mentionnée qu’une seule fois, l’Australie et l’Afrique du Sud trois fois seulement.

A l’inverse, de petits pays sont l’objet d’une plus grande attention, comme le Liban, présent dans 35 chroniques, l’Arménie (7) et bien sûr le Vatican (7).

Devant ces chiffres parfois étonnants, Bernard Guetta m’explique qu’il n’est  « pas un universitaire », qu’il n’a pas vocation « à passer en revue les plus de 200 pays présents l’ONU », mais qu’il entend, en bon journaliste,  « éclairer les événements les plus marquants et les hiérarchiser ».

Le chroniqueur explique ne pas chercher, au fil de ses interventions, un équilibre entre les différentes régions du monde.  « C’est l’actualité qui commande », résume-t-il, ajoutant :

« Je vous mets en garde contre la tentation de tirer des conclusions basées seulement sur le nombre d’occurrences, pour moi ce n’est pas pertinent. » 

Thaïlande, Maroc, Birmanie : rien

Mais ce qui m’a le plus surpris, ce sont les trous du gruyère : en effet, la liste des pays qui n’ont jamais cités en plus de 500 chroniques comprend quelques poids lourds.

C’est le cas de la Thaïlande, qui a pourtant connu, sur la période étudiée, une crise politique majeure débouchant sur une reprise en main du pays par l’armée. Mais aussi de la Birmanie, dont le régime donne des signes d’ouverture depuis la libération d’Aung San Suu Kyi en 2010.

Plus frappant encore, le cas du Maroc, où Guetta a pourtant passé une partie de sa jeunesse — l’Algérie voisine est elle mentionnée 22 fois. Ces absences ne perturbent cependant pas l’intéressé :

« Tout dépend de la période que vous étudiez. Il n’était pas illogique que je n’aie pas parlé du Maroc ces derniers temps, il n’y avait pas d’actualité importante dans ce pays.

La brouille avec la France [après que le chef du contre-espionnage marocain Abdellatif Hammouchi a été convoqué par un juge français lors d’un voyage à Paris, ndlr] n’a pas duré très longtemps.

J’en aurais peut-être parlé si personne ne l’avait fait, mais j’ai considéré que ça ne faisait pas le poids, à ce moment-là, face à d’autres événements. »

C’est la limite de mon petit travail : comme tous les journalistes, Guetta parle d’abord des pays dont on parle, ceux qui sont « dans l’actualité », aussi mouvante soit la définition qu’on donne à ce mot. Mais je reste convaincu que sur une si longue période et un si grand nombre de textes, mon exploration du « monde de Bernard Guetta » a malgré tout du sens.

Plus un pays est riche, plus il est cité

Si on met de côté l’actu, quel critère peut expliquer qu’un pays s’impose ou non sur cette drôle de mappemonde ? En croisant ces relevés avec les données de la Banque mondiale, j’ai cherché des corrélations. J’ai fait chou blanc avec la superficie, la population, le PIB par habitant ou le nombre de décès dans des conflits armés.

En revanche, plus un pays est globalement riche, et plus il a de chances d’être cité dans les chroniques de Guetta — pour les matheux, le coefficient de corrélation est de 0,64.  Ce n’est pas illogique : une économie importante va souvent de pair avec des dépenses militaires significatives et une diplomatie plus active.

La liste des personnalités les plus citées réserve elle peu de surprises, même si on notera que Jacques Delors et Charles de Gaulle font de fréquentes apparitions — le premier est plus souvent cité qu’Hugo Chavez.

Enfin, je me suis aussi intéressé au contexte dans lequel ces pays et ces personnalités étaient citées, grâce à un logiciel de « lexicométrie ». J’ai cherché par exemple les adjectifs les qualifiant, notamment ceux qui peuvent dénoter un jugement de valeur voire un parti-pris (par exemple, « populiste » pour Chavez ou « intransigeant » pour Poutine).

L’Europe et le « divorce » des Européens

On peut voir ainsi que Guetta associe très souvent le mot « Europe » (et ses dérivés) au mot « divorce », dans des phrases comme :  « Le divorce croissant entre les Européens et l’Europe menace jusqu’à l’idée même d’unité européenne. » Européiste convaincu, il a fait activement (outrageusement pensent certains, comme Acrimed) campagne pour le oui au référendum sur le traité constitutionnel de 2005.

Mais ces quelques coup de sonde n’ont pas donné grand chose : les « cooccurrences » (soit les mots qu’on relève souvent au voisinage d’un autre dans le texte) détectées m’ont semblé assez neutres — en y passant plus de temps, un spécialiste ferait peut-être davantage de trouvailles.

La preuve d’une prudence très diplomatique dans le choix des formulations ? Bernard Guetta explique en tout cas  « sa très grande méfiance à l’égard de mots qui ne veulent plus rien dire, comme islamiste » :  « Je préfère utiliser un langage plus précis, un mot qui décrit ce qui se passe. »

Mis à jour le 8 mai à 8h20. Erreur d’unité dans le classement et la carte corrigée, merci à @florenchev de l’avoir signalée.

Mis à jour le 11 mai à 8h30. Erreur dans le nombre de citations d’Erdogan, merci à Sibel Fuchs de l’avoir signalée sur Facebook.

Illustration utilisée sur la page Facebook Dans mon labo d’après photo David Monniaux (CC BY-SA)

Airbnb : la carte des prix de location à Paris (et ce qu’on y apprend)

Ça fait un petit moment que j’avais envie de me coltiner aux données du service de location de logements entre particuliers Airbnb, après avoir vu la série de cartes réalisées par Tom Slee dans différentes villes du monde.

Et voilà que le site du Temps publie une enquête sur les loueurs d’Airbnb à Genève, en montrant qu’une part importante des offres publiées proposent des appartements qui ne sont pas ou plus habités à l’année.

Lire l’article

Les prix des locations Airbnb à Paris

Plus la couleur d’un appartement est foncée, plus son tarif est élevé. Pour voir des exemples de prix pratiqués, zoomez en double-cliquant, approchez la souris sur un des cercles ou tapez-le.

Autrefois modèle de « l’économie du partage », Airbnb est ainsi accusé de « siphonner » le marché locatif, les propriétaires y multipliant les locations courte durée plutôt que de choisir un occupant pérenne.

Un scraper pour récupérer les données

Pour mener leur enquête, les journalistes ont récupéré les données au moyen d’un scraper, une sorte de robot qui va visiter une à une les pages du site pour y récupérer des informations repérées au préalable. dans le code source.

Avec quelques manipulations simples sur les données ainsi récupérées, ils ont pu repérer de gros loueurs – telle Jasmina, qui gère 120 biens sur Airbnb – puis les faire témoigner.

Jean Abbiateci, co-auteur de cette enquête avec Julie Conti, raconte cette démarche pas à pas dans le blog Data Le Temps et a eu la bonne idée de mettre à disposition le script mis au point pour Outwit Hub, le logiciel qui a servi au scraping, que j’utilise aussi.

J’ai ainsi pu récupérer un échantillon de 2 000 offres parisiennes, proposant uniquement la location d’un logement entier (et pas d’une chambre privée ou une chambre partagée). Ça m’a servi à dresser la carte publiée en haut de cet article.

J’ai veillé à répartir les annonces choisies pour couvrir un maximum de terrain et obtenir une carte harmonieuse — par exemple, je n’ai gardé que 27 points dans le IIIe arrondissement, alors que c’est celui où les offres sont les plus nombreuses (3,2 par hectare).

Si on en tient pas compte de ce critère, la répartition des offres dans la capitale est en effet très inégale, comme le montre cette carte de chaleur (heat map).  

Carte de chaleur des annonces Airbnb à Paris. Plus la couleur d'une rue est vive, plus il y a d'annonces dans le quartier.
Carte de chaleur des annonces Airbnb à Paris. Plus la couleur d’une rue est vive, plus il y a d’annonces dans le quartier.

« Au final, ta carte va être la même que celle du marché de l’immobilier à Paris », m’a prévenu un confrère qui travaille dans un newsmagazine bien connu pour ses marronniers sur le sujet.

Sa remarque est vraie, mais pas entièrement : un arrondissement peut être plus cher sur Airbnb (c’est le cas du VIIIe et du VIe) que dans une agence traditionnelle, ou au contraire moins cher (le XIXe et le XVIIInotamment).

Et les gros poissons, alors ? Je ne donnerai pas leur profil, histoire de ne pas faciliter le travail du fisc ou du service dédié de la mairie de Paris, mais j’ai repéré des utilisateurs qui ont plusieurs dizaines d’annonces sur le site – des loueurs qui ne ressemblent donc pas beaucoup à ceux en photo sur la page d’accueil, mais plus à des professionnels ayant trouvé un bon filon.

Le phénomène semble assez circonscrit cependant : en cherchant parmi plus de 2 500 annonces, je n’ai trouvé que  9 inscrits avec plus de cinq annonces.

Mais il est possible que les professionnels d’Airbnb se créent plusieurs profils pour gérer leur pool d’annonces et dans ce cas, ils ne peuvent être détectés par cette méthode.

Bonus pour ceux qui ont lu jusqu’ici. Afin d’avoir une idée des expressions les plus utilisés pour convaincre les touristes, voilà un nuage de mots créés avec les titres des annonces de l’échantillon.

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Les mots les plus utilisés dans les titres des annonces d’Airbnb à Paris.

5 trucs que les journalistes papier ne devraient plus jamais dire

Selon Pierre Desproges, les animaux ne savent pas qu’ils vont mourir. Pour les journalistes qui travaillent pour un support papier, ça devient compliqué de l’ignorer. Il leur suffisait par exemple de regarder l’excellent documentaire  « Presse : vers un monde sans papier ? » diffusé fin août sur Arte.

On peut être très attaché au journal-qui-tache-les-doigts-avec-le-café-du-matin ou trouver sexys les hommes qui lisent Libération dans le métro, les faits sont têtus : quand même Le Canard enchaîné voit ses ventes baisser de 13% en un an, il est temps de prendre cette histoire de « transition numérique » au sérieux.

Pourtant, lorsque j’échange avec des collègues travaillant (uniquement ou principalement) pour la version papier de leur média, j’ai souvent l’impression d’une forme de déni rampant.

Le cerveau sait bien qu’en 2014, il n’y a pas un grand avenir pour un média qui doit, pour diffuser des informations, commencer par couper des arbres pour en faire de la pâte à papier, avant d’imprimer des lettres dessus puis de mettre le tout dans des camions.

Mais le cœur, lui, ne se résout pas à voir tout un folklore disparaître : le cérémonial du bouclage, le ballet hypnotique des pages sur les rotatives, les  « chemins de fer » et autres  « cromalins »

Pour les aider à faire leur deuil et s’adapter à leur époque, un bon début est d’arrêter de dire des bêtises dès qu’on parle digital. Voilà en tout cas cinq phrases qu’ils devraient vraiment arrêter de prononcer.

1. « Ce papier n’est pas terrible, mets-le sur le Web »

A lire vos témoignages sur Twitter,  c’est une scène encore courante dans les rédactions : le rédacteur en chef qui, après avoir relu un article un peu raté, à l’angle bancal ou écrit à la va-vite, le fait publier sur le site plutôt que le mettre simplement à la poubelle.

Ses raisons ? La place est chère dans les pages de l’édition papier, alors qu’elle est infinie sur Internet. Et puis il faut ménager l’ego de l’auteur, qui n’aura pas bossé pour rien.

Evidemment, l’effet est désastreux sur les journalistes qui aiment sincèrement travailler sur les supports numériques, fortement incités à mettre à jour leur CV et trouver un job dans un média qui n’insulte pas l’avenir.

Mon conseil. C’est plutôt sur le papier qu’il faut publier les articles les plus mauvais : après tout, quand il les lira, le lecteur aura déjà acheté votre canard, et les kiosquiers ne pratiquent pas le « satisfait ou remboursé ».

Ça bouchera un trou dans les pages et ça vous dégagera du temps pour préparer des contenus numériques assez marquants pour sortir enfin votre titre du XXe siècle.

2. « Twitter, c’est un truc de journalistes »

C’est une phrase que j’ai très souvent entendue lorsque j’animais des formations aux réseaux sociaux, — et je suis loin d’être le seul. Dernier exemple en date : Ariane Chemin, grand reporter au Monde, dans une interview aux Inrockuptibles :

« Twitter, je trouve ça chronophage et sidérant, mais ça m’amuse. Le petit monde de Twitter est endogame, il ne raconte pas la vraie vie mais celle des journalistes qui s’observent. »

Même si les estimations varient (comme le rappelle Cyrille Frank dans les commentaires), plusieurs millions de Français utilisent Twitter, qu’ils soient simples lecteurs ou « twittos » actifs.  Contre un peu plus de 36 000 titulaires d’une carte de presse. Les ados y sont très présents, mais on croise aussi des avocats, des chauffeurs de taxi, des entrepreneurs ou des pilotes d’avion.

Si les journalistes ont l’impression d’y parler entre eux, c’est qu’il y a une part inévitable d’endogamie dans tout réseau social, surtout quand on vient de s’y inscrire : on commence par suivre ses amis, ses collègues, sa famille…

Mais contrairement à un utilisateur lamdba, un reporter a tout intérêt à affûter sa veille et à diversifier ses abonnements, trouver de nouvelles sources et prendre le pouls du vaste monde.

Mon conseil. A chaque fois que vous décidez de suivre un journaliste sur Twitter, obligez-vous à suivre aussi un non-journaliste. Parce que penser que « Twitter, c’est un truc de journalistes », c’est vraiment un truc de journalistes.

3. « La priorité, c’est la nouvelle formule du papier »


Non. La priorité pour un titre papier aujourd’hui, ce n’est pas de retirer deux demi-pages à la rubrique culture pour les donner au service politique, de changer la couleur des intertitres ou de choisir une nouvelle typographie pour les « chapos ».

Une rédaction qui se lance dans une refonte du papier en 2014, c’est comme une compagnie de diligences qui décide de changer le velours des sièges pendant qu’on construit une ligne de chemin de fer sous son nez.

Mon conseil. Que vous travailliez ans un quotidien national, pour un mensuel professionnel ou dans un hebdo régional, le débat qui doit animer vos séminaires, vos conférences de rédaction et vos discussions à la machine à café, ce n’est pas l’édition papier. C’est : « Comment produire un travail journalistique suffisamment convaincant sur le numérique pour espérer survivre au grand basculement actuel ? »

4. « On perd de l’argent à cause du Web »

C’est la petite vengeance du journaliste papier quand il commence à se sentir largué : rappeler que depuis l’arrivée d’Internet au milieu des années 90, les services web ont été une source importante de pertes financières.

C’est d’autant plus vrai que beaucoup de médias se sont lancés dans de gros investissements mal maîtrisés, de projets coûteux que leurs équipes ont parfois du mal à digérer.

Dans leur Manifeste pour un nouveau journalisme, paru début 2013, les éditeurs de la revue XXI exploitent cette veine, estimant que la presse écrite a trop investi sur le numérique. C’est ce qu’expliquait alors Laurent Beccaria à Télérama :

« Le problème n’est pas d’opposer l’écran et le papier, les modernes et les anciens. Simplement, le numérique n’est pas ‘LA’ solution, y croire est dangereux.  »

J’ai l’impression que les responsables des sites d’actu ont fini par intérioriser cette critique, se dire qu’ils « vivent aux frais de la princesse », la presse papier.

Mon conseil. Rédactions web, redressez la tête et arrêtez d’avoir honte de vos pertes ! Ce n’est pas comme si vous claquiez tout en notes de frais somptuaires ou en soirées de gala.

Vous avez un des jobs les plus difficiles au monde en ce moment : tenter de faire de l’info de qualité dans un secteur en pleine déconfiture.

Mais c’est vous qui avez une chance (même petite) de trouver de nouveaux lecteurs et d’assurer la pérennité de votre titre. Pas vos aînés du papier.

5. « Facebook rend débile, j’ai fermé mon compte »

C’est vrai, on a tous des moments où on regrette notre cerveau d’avant Internet. Mais de là à quitter Facebook, service utilisé par 26 millions de Français et d’où provient une part grandissante du trafic des sites d’actu, il y a un pas qu’il vaudrait mieux ne pas franchir.

Non, ce n’est vraiment pas le moment de jouer les snobs. C’est maintenant que vous devez comprendre comment vivent et prospèrent les  communautés en ligne, qu’il s’agisse de vos contacts sur Facebook, des stars de YouTube, des contributeurs de Wikipédia ou des parturientes de Doctissimo.

Ce sont eux, les nouveaux « voisins de bureau » des journalistes. Que vous l’aimiez ou non, c’est dans ce monde qu’il va vous falloir vous faire une place (et ça fait longtemps qu’ils ont arrêté de vous attendre).

Mon conseil. Faites le tri dans vos « amis », pour éviter au maximum les invitations à Candy Crush et les photos de Milk. Mais n’oubliez pas que ces gens bizarres qui s’agitent sur votre fil d’actualités, qui likent, commentent et partagent ce que vous publiez, ce sont aussi des lecteurs. C’est pour eux que vous avez choisi ce métier, il va bien falloir assumer.

6. Bonus ! D’autres phrases qui énervent les gens du Web

Vous avez été plusieurs à me signaler sur Twitter d’autres phrases de journalistes papier qui vous énervent :

« Bonjour, je suis bien au service informatique ? »

Via @ThomasBaietto, FranceTV Info

« Mais t’es quoi en fait toi ? Développeur ou journaliste ? »

Via @GurvanKris, Rue89

« Il est bien cet article, c’est dommage qu’il soit pas dans le journal plutôt que sur le Web… »

« Elle marche, l’imprimante ? »

« C’est pas mal de faire un papier sur le Web, en fait. Comme ça, t’as le plan de ton article pour le papier. »

Via un courageux anonyme

« “T’as vu cette info ?” (Généralement un truc qu’on fait la veille ou deux jours plus tôt.) »

Via @PerrineST

« Tu nous fais ça juste pour le Web, hein. »

Via @BenjaminFerran, Figaro et MacGeneration

« Non, pas de place pour demain. File donc ça au web ! »

Via (@Mou_Gui)

« J’ai un problème avec mes mails, tu peux m’aider ? »

Via @Sychazot, Le Lab Europe 1

« Ça débordait de ma page du coup je t’ai mis le reste sur le Web »

Via @XavierLalu

« “C’est là qu’ils mettent nos articles en ligne” : un journaliste print qui faisait visiter la rédac web à un autre journaliste print. »

@VCquz

« Internet ne sert à rien: un article ça se lit un crayon à la main »

@ARouchaleou, L’Humanité

« Tu peux me trouver Photoshop gratos? »

@XavierLalu

« “Dans le pire des cas, ça ira sur le Web” (au sujet d’un papier sans intérêt). »

@GaelVaillant, Le JDD

« On peut pas fermer les commentaires sur les articles ? »

@MarieAmelie, Le Figaro

Vous pouvez continuer l’exercice si ça vous amuse, sur Twitter avec le hashtag #perlespapier ou dans les commentaires.

Dans un souci d’équité, je prévois déjà une suite à cet article, consacrées aux phrases que les journalistes papier ne supportent plus d’entendre de la part de ces « putes à clic du web »…

MAJ le 3/10 à 18h10. Passage sur Libération retiré, après un échange avec Johan Hufnagel montrant que l’exemple n’était pas forcément pertinent.

MAJ le 4/10 à 18h10. Passage sur Twitter modifié, voir les remarques de Cyrille Frank dans les commentaires.


Les sites d’info français et le mobile : qui est in et qui est out ?

On vous le dit, on vous le claironne : l’avenir des sites d’info se joue sur le mobile, et plus sur les ordinateurs.

Les chiffres de la dernière étude AT Internet, cités par Eric Mettout, directeur adjoint de L’Express sur son blog Nouvelle formule, sont impressionnants : encore quelques mois (et quelques centaines de milliers de smartphones et tablettes offerts à Noël) et certains articles seront davantage consultés sur le petit écran d’un smartphone plutôt que sur un laptop ou un ordinateur de bureau.

Mais les sites d’infos sont-ils prêts pour cette (énième) révolution ? J’ai dressé un tableau comparatif pour examiner les différentes stratégies adoptées par un échantillon (arbitraire) de 40 sites. Le résultat montre que sur le mobile, les médias avancent en ordre dispersé.

Quelques enseignements :

  • Les trois quarts des sites étudiés ne sont pas (encore) passés au responsive design, une proportion qui paraît élevée alors que les lecteurs les consultent sur des écrans de taille de plus en plus variable.
  • Sur les 40 sites étudiés, 8 ne proposent toujours pas un design adapté quand l’utilisateur se connecte depuis un mobile. Le lecteur subit un téléchargement plus long et doit ensuite zoomer sur la colonne contenant le texte à lire, après avoir fermé d’éventuels pop-ups et messages intrusifs. Ce choix peut être imposé par la régie pub, qui préfère utiliser des emplacements publicitaires classiques si les campagnes sont mieux rémunérés.
    La liste : L’Express, Jeuxvideo.com, Télérama, Premiere, PureMédias, Ouest-France, Les Inrockuptibles et le Journal du dimanche.
  • Les 40 médias de l’échantillon proposent tous une application iPhone, mais 5 d’entre eux ne disposent pas d’une application Android et 24 n’ont pas développé d’application Windows Phone.
  • Deux sites proposent une version mobile incluant un téléchargement pour une lecture offline ultérieure, fonctionnalité réservée aux utilisateurs des applications natives pour tous les autres : Le Monde et Rue89.
  • Un site seulement propose une version Web adaptée aux tablettes : Rue89. Les autres « servent » la version classique du site, même s’ils ont par ailleurs une application pour iPad ou tablettes Android.

Lorsqu’on veut adapter ses contenus au mobile, trois stratégies au moins sont en effet possibles :

  • Proposer des applications natives. C’est le choix longtemps privilégié . On compte alors sur les lecteurs pour installer l’application du média depuis les principaux store : iTunes pour un iPhone ou un iPad, Google Play pour un smartphone ou une tablette Android, Windows Store pour un appareil équipé de Windows Phone.
  • Proposer une version mobile. Bien souvent, le lecteur accède au site d’info depuis une autre application de son téléphone, qu’il s’agisse du navigateur ou des app des réseaux sociaux et autres agrégateurs. Une solution dans ce cas est de charger une version spéciale du site, située sur une URL spécifique (qui commence souvent par « m. » ou « mobile. », par exemple mobile.lemonde.fr).
  • Proposer un site responsif. Le site est dès le départ conçu pour s’adapter à  la largeur disponible au moment de l’affichage. L’URL est unique, et des cas supplémentaires peuvent être pris en compte (écrans de tablette, écrans très larges…). Les sites ayant connu une refonte récente ont pour la plupart choisi cette voie.

Un casse-tête et des coûts importants

Chaque méthode a ses avantages et ses inconvénients, qu’il serait trop long d’énumérer ici. Par exemple, il est plus simple d’ajouter des formats pub avancés et donc plus rémunérateurs, comme un clip vidéo plein écran, sur des applis natives. Mais opter pour une version mobile revient beaucoup moins cher : développer en parallèle deux à trois versions différentes du même produit fait exploser les coûts.

Choisir un design entièrement responsif est la solution la plus moderne, mais elle a des implications importantes : par exemple, le visuel d’un « habillage » publicitaire peut avoir une largeur fixe et ne pourra pas être activé sur un site dont la largeur n’est pas fixe. Et certains formats rédactionnels (infographies, diaporamas, cartes…) sont difficiles à adapter pour les journalistes qui les préparent.

Quelques précisions sur la méthode choisie — les données sont disponibles dans ce Google Sheet et au format CSV, n’hésitez pas à les réutiliser :

  • Je n’ai pas retenu la version mobile d’un site si l’utilisateur n’est pas automatiquement redirigé vers elles (cas de L’Express notamment).
  • Lorsqu’un média dispose de plusieurs application pour la même plate-forme, j’ai relevé la note de celle diffusant les articles du site, et pas d’autres contenus.
  • Je n’ai pas retenu les applications qui ne permettent que de téléchargger un numéro de l’édition papier.
  • J’ai retenu les applications non officielles, notamment sur Windows Phone.
  • Je n’ai pas classé parmi les sites responsifs ceux dont la maquette est « élastique » sans cependant s’adapter réellement en fonction de  (c’est le cas de Slate.fr par exemple).

Disclaimer : ancien rédacteur en chef adjoint de Rue89, j’ai participé au lancement des différentes applications et versions mobiles et tablettes de ce site.

N’hésitez à me signaler d’éventuelles erreurs ou oublis dans les commentaires.

Le top 50 des sites d’info les plus cités sur Wikipédia

« Wikipedian protester », strip de XKCD (CC-BY-NC)

Les médias français et la version francophone de Wikipédia entretiennent une relation compliquée.  La fiabilité de l’encyclopédie collaborative a longtemps été mise en doute par des chroniqueurs et éditorialiste, mal à l’aise face à l’absence de « comité éditorial » ou d’instance dirigeante bien identifiée.

Certains journalistes n’hésitent pas à « vandaliser » des notices pour mieux appuyer leur démonstration, comme pour un reportage d’Envoyé spécial diffusé en novembre 2012 et qui avait hérissé le poil des Wikipédiens ou pour le livre La Révolution Wikipédia, publié sous la direction du chroniqueur littéraire Pierre Assouline en 2007.

Pourtant, les journalistes utilisent quotidiennement Wikipédia pour leurs recherches d’information, même s’ils en connaissent souvent mal le fonctionnement et le complexe système d’autorégulation. En formation, j’ai souvent dû prendre le temps de faire l’anatomie d’une notice, de la liste de sources en bas d’article à l’onglet « Discussion », en passant par la comparaison des différentes versions.

La « référence nécessaire », règle d’or de l’encyclopédie

Et les Wikipédiens eux-mêmes se servent largement des sites d’information pour sourcer le contenu de leurs notices. Les rédacteurs doivent en effet respecter une règle fondamentale : l’absence de travaux inédits dans le texte des notices. Tout savoir qui y est référencé doit s’appuyer sur une source existante, qu’il s’agisse d’un livre, d’une page officielle ou, bien souvent, d’un article de presse.

Un porte-clés Wikipédia (Cary Bass-Deschenes/CC-BY-SA)

C’est pour cette raison qu’on croise régulièrement la mention « (Réf. nécessaire) » [et non « citation nécessaire, merci Gilles, ndlr] dans le contenu d’une page, signe qu’un contributeur vigilant a édité la page pour signaler que l’information mentionnée n’était pas correctement sourcée.

En 2012, l’écrivain américain Philip Roth a pu mesurer toute l’intransigeance de cette règle quand il a tenté de modifier la notice d’un de ses romans, correction refusée par un administrateur de la Wikipédia anglophone. Un épisode qu’il a raconté dans le New Yorker.

L’existence d’un nombre d’articles suffisant traitant d’une personnalité ou d’un phénomène étant d’ailleurs un critère important pour juger de la « recevabilité » d’un nouvel article  — ce qui avait amusé Daniel Schneidermann lors d’une une émission d’Arrêt sur images sur ce sujet sensible.

Mais quelles sont leurs sources privilégiées ? J’ai mené une petite enquête en me basant sur un échantillon de plus de 16 500 fiches contenant en tout plus de 100 000 liens externes. Je reviens pas à pas sur la méthode utilisée dans un autre article de ce site, où je liste aussi l’ensemble des données utilisées — sachez juste que mon ordinateur a beaucoup ressemblé à ça ces dernières heures :

Voilà donc le top 50 des sites d’actu dont le contenu est le plus souvent cité en référence dans Wikipédia :

 

Si au lieu d’un échantillon « généraliste » de fiches, on se cantonne à des sélections resserrées, on peut voir comment cette liste de médias de référence évolue thème par thème — n’hésitez pas à me contacter ou à laisser un commentaire si vous souhaitez que j’explore d’autres thématiques.

Enfin, si vous êtes journaliste, vous avez peut-être envie de savoir quels contenus de votre média ou de son concurrent font désormais référence, peut-être pour l’éternité — c’est quand même plus chic que d’être cité dans un tweet de Nadine Morano, non ?

Vous pouvez chercher votre média et les notices dans lequel il est cité dans la liste complète des liens de l’échantillon « généraliste », soit 1% du total des fiches publiées sur Wikipédia. Si le tableau ne se charge pas, vous pouvez retrouver la liste complète dans cette Google Sheet.

Si vous trouvez des erreurs ou des bizarreries, contactez-moi ou laissez un commentaire que je puisse jeter un œil à vos trouvailles.