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Les journalistes devraient arrêter de s’asseoir au bord de la rivière et plonger dedans

Un chat ayant boulotté un peu trop d'actualité (Liz/Flickr/CC-BY-NC-ND)
Un chat ayant boulotté un peu trop d’actualité (Liz/Flickr/CC-BY-NC-ND)

Si même Christophe Barbier s’y met !  « Aider les lecteurs à trier dans l’infobésité », c’est l’une des priorités de la nouvelle formule de L’Express lancée mercredi, expliquait le directeur du magazine.

L” »infobésité » serait la source de tous nos maux, et beaucoup de nouveaux médias veulent nous mettre au régime sec. On pense bien sûr aux Jours, lancés il y a peu par des anciens de Libération estimant qu” « il n’y a jamais eu autant d’informations, mais qu’on n’a jamais eu autant de mal à être bien informés ».

L’autre promesse à la mode, c’est de ralentir le rythme en s’échappant du flot continu de l’actu. Ainsi, dans la FAQ de L’Imprévu, qui a lancé en février sa version abonnés, on lit que le site veut  « se [détacher] de l’actualité » pour publier « chaque mois » des articles « qui sondent la société […] au-delà des sujets imposés ».

Chasser les kilos en trop de l’info

Avec un peu d’aide, j’ai pu compléter la liste des médias qui trouvent, selon les cas, que l’info a des kilos en trop ou bien qu’elle nous file beaucoup trop vite sous le nez. On y trouve notamment :

  •  Ijsberg, qui explique dans son manifeste :  « Nous sommes surinformés, mais tant d’histoires nous échappent. Noyés sous les faits divers, nous n’y faisons presque plus attention et préférons en rire, le Gorafi le prouve » ;
  • Ulyces et son  « journalisme narratif » au long cours ;
  • The Conversation et  « son journalisme in-depth […] à rebours de l’accélération folle de l’information sur Twitter et des chaînes d’info en continue », comme le décrit ibération ;
  • Le Quatre Heures, qui se veut « une pause dans l’information continue, pour prendre le temps de la rencontre et de l’approfondissement »;
  • d’autres magazines en ligne moins connus mais qui font des propositions approchantes à leurs lecteurs : Le Zéphyr, 8e étage, 10 001 mots,  Medor ou Global.

Comme nous sommes nombreux à nous inquiéter de l’hyper-connexion de notre époque, je vois bien ce que ce positionnement a de séduisant — et j’espère d’ailleurs qu’il convaincra suffisamment de lecteurs pour faire vivre et prospérer tous les médias cités ici.

« Des journalistes conservateurs dans leur tête, pour être poli »

Ces nouveaux entrants bénéficient d’ailleurs d’une couverture médiatique très favorable — les journalistes ne font pas preuve de beaucoup d’esprit critique quand se montent des projets aux intentions aussi nobles.

Et puis dans la presse, on aime bien caresser l’idée que les lecteurs, en vrai, veulent des récits longs, profonds et fouillés, dont les contraintes du marché et les dérives du marketing n’auraient de cesse de les priver. C’est parfois vrai (et ça explique le succès de XXI ou de Mediapart) mais c’est souvent faux (et ça explique l’échec de presque tous ceux qui ont voulu les imiter).

Certaines voix se font un peu plus critiques. A Rue89, l’historien de la presse Patrick Eveno expliquait toutefois qu’il voyait dans cette tendance  « un réflexe de journalistes qui sont conservateurs dans leur tête, pour être poli » :

« On retrouve ça quasiment dès l’invention des journaux. Quand ils ne faisaient que quatre pages, les gens se plaignaient déjà qu’il y avait trop à lire. »

De mon côté, je trouve qu’il y a comme un parfum de défaite dans ces déclarations de principe. Comme si, effrayés par la guerre de l’attention, cette denrée rare que se disputent par un nombre toujours croissant de protagonistes, une bonne partie des journalistes avaient renoncé à livrer bataille.

« C’est chiant d’avoir un système digestif »

Le blogueur Laurent Dupin résume assez bien mon sentiment dans un post consacré aux rapports entre les stars d’Europe 1 et les réseaux sociaux :

« Le côté “oh là là, que c’est chiant d’être dérangé tout le temps, on y arrive plus entre toutes ces sollicitations”, me fait penser à ses bourgeoises soufflant dans un demi-rot post-déjeuner un “oh là là, que c’est chiant d’avoir un système digestif”. »

Le bidouilleur fou Damien Van Achter, alors que je lui faisais lire une première ébauche de ce texte, a eu cette réaction :

« Ce mouvement de prise de distance, je le vois plus comme une tentative de reprendre le contrôle.

Ces journalistes se disent : “Puisque je ne sais pas (ou ne veux pas) surfer sur la vague comme Buzzfeed et les autres, alors je vais essayer de super bien ramer.” Après tout, c’est aussi un sport olympique, qui a du charme et une certaine noblesse.

Je ne le vois pas comme un aveu d’échec, mais plutôt comme une l’envie furieuse de réussir malgré tout à faire son trou. Quitte à mourir pour son idée du journalisme, la fleur au bout du canon. Perso, je respecte beaucoup ça. »

Se tourner autant vers le passé, ça n’incite pas vraiment à innover

Une fine connaisseuse des médias souhaitant rester anonyme me rappelle, elle, que le phénomène n’est pas si nouveau ; avant Internet, les magazines qui se lançaient proposait déjà de « faire un pas de côté » afin de garantir des contenus plus originaux :

« Aucun média ne se lance jamais en promettant de réagir à chaud, sans aucune distance, sur tout ce qui se passe. Et pourtant ça fait le gros des contenus médias produits, preuve que les engagements ne sont pas si bien tenus que ça . »

(Je n’ai d’ailleurs pas tenu un autre discours lors du lancement de Rue89 Week-end, le magazine tablette de Rue89 que je pilotais. Lors de la conférence de presse de lancement, il était ainsi question de « sortir du flux » pour  « prendre le temps » d’apprécier « ces papiers qui restent »…)

Le souci, c’est que lancer un média en se tournant autant vers le passé (quitte à l’idéaliser au passage), ça n’incite pas beaucoup à innover, qu’il s’agisse de tester de nouveaux formats éditoriaux, de chercher de nouveaux modèles économiques ou d’expérimenter des moyens malins d’atteindre son audience.

  • Le mobile n’est pas au cœur de ces projets, alors que les statistiques d’usage sont sans appel et qu’il y a tant à inventer dans ce domaine — Quartz a récemment marqué les esprits avec son appli iOS qui raconte l’information dans une conversation.
  • La vidéo n’est pas non plus une priorité, alors qu’elle occupe une part grandissante de notre temps passé en ligne.
  • Les réseaux sociaux, eux, sont souvent désignés comme la source de tout ce mal-être informationnel. Conséquence : on y porte pas l’effort, alors qu’ils sont devenus un passage obligé vers l’information pour une part croissante de la population, et qu’ils pourraient bien finir par  « manger le monde ».
  • Les formats visuels, enfin, intéressent peu ces médias du temps long : on y croise bien quelques belles productions photo, mais pas ou peu  d’infographies interactives, de diaporamas ou d’expériences de serious gaming.

Un peu partout, des impétrants prêts à plonger dans le grand flux

La bonne nouvelle, c’est que pendant que ces journalistes se replient sur ce qu’ils connaissent le mieux (et leur fait le plus plaisir), la place est libre pour toute une série d’impétrants qui n’ont pas peur, eux, de plonger la tête la première dans le grand flux.

C’est le cas d’une série de newsletters (de Brief.me à Artips en passant par Time To Sign Off) qui ajoutent sans complexe à la profusion régnant dans nos boîtes e-mail.

Il y a aussi ces youtubers qui commencent à vivre de leur travail grâce à la pub et aux contributions de leurs lecteurs (comme les « pourboires » reçus sur Tipee). Et ce avec des productions dont la qualité ne cesse de croître, comme pour Bruce Benamran et sa chaîne E-penser, Usul et ses Chers contemporains ou encore Léo Grasset de DirtyBiology.

On pense également à Buzzfeed qui assume sans complexe de chercher à être lu partout où le lecteur se trouve, quitte à ajouter du bruit au bruit. Et à la version française de Mashable, qui vient d’être lancée par France 24,  veut « Informer, inspirer, divertir » et n’hésite pas à se définir comme une « purée » associant  « différents ingrédients que l’on écrase » pour un résultat  « onctueux et goûteux ».

On fait quoi de l’actu, du coup ?

C’est vrai, c’est tentant de sortir du fleuve de l’information connectée pour prendre du temps et du recul — c’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai quitté Rue89 pour lancer Dans mon labo en 2014.

Mais « le journalisme n’existe que dans le contexte de son public, c’est pour ça qu’on cherche à l’augmenter », rappelait récemment Chris Moran, responsable de l’audience au Guardian.

Même si on arrive, à force de volonté et de talent, à faire exister des îlots capable de résister aux torrents du numérique, on n’aura fait qu’esquiver le problème : comment bien traiter l’information, à chaud et sans filet, quand l’information est partout, tout le temps ?

Et pour trouver des réponses satisfaisantes à cette question, il va bien falloir se mouiller.

Journalisme et nombre de clics : 4 mauvais réflexes dont il faut se débarrasser

“La Nuit étoilée”, de Van Gogh, revisitée façon camembert (Mario Klingemann/Flickr/CC-BY).
“La Nuit étoilée”, de Van Gogh, revisitée façon camembert (Mario Klingemann/Flickr/CC-BY).

C’est une de mes marottes : ouvrir le tableau de bord Google Analytics d’un site, parcourir les courbes et tableaux qui s’affichent puis tenter d’en tirer les leçons et les actions à entreprendre.

Coup de chance pour les fadas de data comme moi, le thème était au cœur de la conférence annuelle  « Nouvelles pratiques du journalisme » organisée début décembre par l’Ecole de journalisme de Sciences Po. Un choix logique, vu l’importance que prennent ces données dans un univers médiatique toujours plus numérique.

J’ai manqué de temps à cette période pour en faire un compte-rendu, je profite donc de ce dimanche pluvieux pour rattraper mon retard —  comme toujours,  n’hésitez pas à me signaler erreurs ou approximations en m’écrivant un message ou en laissant un commentaire.

1. Les chiffres ne font pas des journalistes web des robots, mais plutôt des accros

Chercheuse au Tow Center, Caitlin Petre s’est rendu compte en visitant des rédactions que les journalistes passaient beaucoup de temps devant les tableaux de bord montrant le trafic de leur site.

Elle a aussi découvert que si le rôle de ces derniers suscitait des débats passionnés dans la profession, il n’y avait pas forcément beaucoup de travaux de recherche sur ce sujet.

Son étude The Traffic Factories (« les usines à trafic ») repose notamment sur des entretiens avec des employés de Chartbeat — un service de statistiques en temps réel très utilisé dans les médias –, du New York Times et de Gawker.

Elle en a tiré plusieurs enseignements :

  • Les chiffres suscitent des émotions fortes chez les journalistes parce qu’ils montrent en temps réel l’impact de leur travail, et peuvent susciter des explosions de joie comme des moments de profond abattement.  Une rédactrice lui a ainsi expliqué qu’elle était inquiète des effets qu’ils pouvaient avoir sur sa vie personnelle et qu’elle en parlait à son psy.
  • Les services comme Chartbeat sont très addictifs parce qu’ils sont conçus pour l’être, avec des interfaces simplifiées montrant des jauges et des compteurs qui bougent en permanence. En face, ceux qui publient et organisent le contenu jouent à un jeu auquel ils ont envie de gagner, mais qui n’a pas vraiment de fin,  un peu comme avec une machine à sous. Ou plutôt comme au poker : même si on est bon, il y a une part d’aléatoire importante dans le résultat final.
  • L’accès aux analytics renforce la concurrence entre les journalistes. A Gawker, il existe un classement individuel des employés selon le trafic que leurs articles apportent. Il est détesté en interne, notamment parce qu’une part importante du travail est collective et ne se mesure pas avec un tel outil. Et du coup, deux journalistes vont se mettre à comparer leurs chiffres alors qu’ils traitent chacun d’un secteur très différent, ce qui n’a pas de sens.
  • « Visiteurs uniques », « pages vues » et autres « taux de rebond » servent parfois davantage comme un outil de management que comme un outil éditorial. La direction va s’en servir pour « faire passer la pilule » lorsque des décisions sont prises.  « Si je dois trouver un argument pour convaincre mes troupes, je vais voir les stats », explique ainsi un chef du New York Times.

2. Facebook est important, mais ce n’est pas une raison pour faire n’importe quoi

« Les médias se comportent avec les géants du Web comme des ados de 13 ans se comportent avec One Direction », déplore Chris Moran, responsable de l’analyse du trafic au Guardian, qui recommande aux directions de garder la tête froide quand les « Gafa » leur proposent une nouveauté.

Dernier exemple en date : le service Instant Articles de Facebook, qui permet, quand on est sur son mobile, de lire un article sans quitter Facebook et après un temps de chargement très réduit — en France, Le Parisien et Libération l’ont notamment adopté.

Les premiers titres à l’utiliser se sont aperçu qu’en échange de leurs productions, le réseau social ne leur donnait accès qu’à peu de statistiques. Or,  « quand on donne ainsi du contenu à une plateforme extérieure, on crée de la distance avec le média d’origine, explique Renée Kaplan, qui étudie ces chiffres au Financial Times. Le risque est que le gain d’audience ne soit pas à la hauteur de ce sacrifice ». D’où l’importance d’y avoir accès, si possible en détail.

Et les contenus eux-mêmes ?  « Un bon réflexe est de se dire qu’on n’écrit pas pour Facebook, mais pour son lecteur sur Facebook », décrit Cécile Dehesdin, la boss de Buzzfeed France. Chris Moran ne dit pas autre chose :

« L’intérêt des statistiques, c’est qu’elles aident à déterminer quel est le type de journalisme que les gens ont envie d’avoir.

Si on prend en compte celles de Facebook, ça ne veut pas forcément dire qu’il faut publier des papiers sur Justin Bieber, mais peut-être qu’il faut privilégier des sujets plus simples, par exemple. […]

Pour moi, la montée en puissance de Facebook est une bonne nouvelle parce que ça donne plus de visibilité aux contenus longs et fouillés, qu’on ne peut pas garder éternellement en haut de la page d’accueil ».

3. Ce n’est pas parce que les chiffres sont trompeurs qu’il faut s’en désintéresser

C’est l’histoire d’un article publié sur le site du Guardian qui semblait passionner les internautes : le temps médian qu’ils passaient sur la page atteignait 54 secondes, une éternité ! Un peu plus tard, patatras : ce chiffre tombe à 5 secondes seulement.

Entretemps, l’article avait été repéré par un contributeur de Reddit, site de partage de liens très populaire mais dont les visiteurs « zappent » facilement d’un sujet à l’autre. « Le deuxième chiffre n’est donc pas un indicateur du comportement des lecteurs de l’article, mais tout simplement de celui des internautes  de Reddit », analyse Chris Moran.

Les biais de ce type sont nombreux dès qu’on commence à mettre son nez dans les tableaux de Google Analytics ou dans ceux d’AT Internet. Surtout si on y ajoute une dose de mauvaise foi, comme le raconte Chris Moran :

 « Quand un article fait peu de pages vues, on se dit que c’est la faute aux internautes qui sont stupides. Dans le cas inverse, on se dit que c’est la preuve que le journalisme de qualité marche »

Mais ça ne veut pas dire qu’il faut laisser cet exercice aux services marketing ou abonnement. « Si vous ne regardez pas vos “datas”, vous ne regardez pas vos lecteurs, assène Cécile Dehesdin. Et si vous ne regardez pas vos lecteurs, pourquoi faites-vous ce métier ? Nous écrivons parce que nous voulons être lus. » 

4. OK, les stats, c’est compliqué, mais il ne faut pas les laisser aux seuls spécialistes

Pour Chris Moran, il faut  « communiquer beaucoup de données aux journalistes, mais en les choisissant avec précaution », et en prenant le temps de les expliquer :

« Je suis nul en maths, et je pense que ça m’aide dans mon travail, parce que je suis mieux à même d’expliquer ces sujets à des journalistes qui sont aussi nuls que moi. »

Et pour que ça fonctionne, il faut qu” « une conversation honnête et transparente à propos de la qualité des données se tienne au sein de la rédaction », conclut-il.  Trop souvent,  « les gens ne savent pas très bien ce que le management ou le service technique fait de ces données », ajoute Caitlin Petre.

C’est vrai qu’en matière de journalisme , il est plus difficile de tirer les leçons des statistiques que pour un site de e-commerce ou un moteur de recherche. Mais  « le journalisme n’existe que dans le contexte de son public, c’est pour ça qu’on cherche à augmenter la taille de dernier », estime Chris Moran.

Les médias sur abonnement ont un avantage : leur lecteur ont tapé un identifiant et un mot de passe pour entrer, et on sait beaucoup mieux qui ils sont en termes d’âge, de revenus ou de situation familiale. Renée Kaplan :

« Pour chacun d’entre eux, on s’intéresse à ce qu’on appelle le RFV, comme recency, frequency, volume. Des chiffres comme le temps écoulé depuis sa dernière connexion, la fréquence de ses visites, le nombres d’articles qu’il a lu.

C’est une combinaison qui est au cœur de la mesure d’audience web, et pas seulement dans le payant. »

Pour aller plus loin, le Financial Times et en train de revoir son outil à destination des journalistes, pour répondre à deux grandes familles de question:

  • Est-ce que mon article a marché ?
  • Quel type d’action a-t-il provoqué ?

L’ambition commune, c’est d’être informé par les données (data-informed) et pas guidé par elles (data-led).

Comment j’ai réalisé les cartes du monde selon les médias français

C’est sans doute l’expérience publiée sur ce site qui m’a donné le plus de fil à retordre. Il a fallu passer par de nombreuses et fastidieuses étapes pour arriver à la publication de la série de cartes du monde tel que le voient les médias français Dans mon labo.

Mais je suis content du rendu un peu arty de ces anamorphoses – j’ai emprunté l’idée et une partie de la méthode à Altermondes, qui en avait réalisé une à l’occasion de sa campagne de crowdfunding.

1. Scraper les résultats de recherche Google en Python

C’était la première fois que je réalisais un travail d’extraction automatique de données en concevant un script dans un langage de programmation plutôt qu’en utilisant un logiciel disposant d’une interface graphique, comme Outwit Hub.

Je me suis servi de Scrapy, un outil qui m’a beaucoup facilité la tâche, mais que je n’ai pas réussi à installer sur mon Mac (la faute à El Capitan, semble-t-il) : il a fallu ressortir un portable sous Linux pour parvenir à le lancer.

La mise au point du script m’a pris pas mal de temps, mais une fois que j’ai compris la logique, j’ai avancé relativement vite : il suffisait en effet de repérer l’endroit de la page des résultats de recherche où figure la mention « Environ x résultats ».

Le plus compliqué à été de composer avec les sécurités qui se déclenchent sur les serveurs de Google quand on le sollicite trop : même en ralentissant beaucoup le rythme du robot passant sur ces pages, je finissais toujours par voir mon adresse IP bloquée.

2. Analyser les résultats dans Google Sheets

C’est en commençant à trier et à filtrer les résultats obtenus que je me suis aperçu qu’ils n’étaient pas toujours fiables : pour certains pays, les résultats trouvés dans Google Actualités (tous médias confondus) étaient en effet ajoutés au résultats trouvés sur un média particulier…

J’ai alors tenté ma chance sur Bing, mais ce dernier ne permet pas d’effectuer une recherche combinant plusieurs termes (avec l’opérateur OR) en ciblant un nom de domaine particulier.

De retour sur Google, j’ai fini par obtenir des données cohérentes en limitant la recherche aux pages publiées lors de l’année écoulée.

Il a fallu aussi traiter quelques cas particuliers — par exemple, le mot « Canada » apparaît sur toutes les pages du Huffington Post et de Buzzfeed, ces deux sites proposant un accès vers leur édition canadienne.

Il reste sans doute de petites aberrations de ce genre dans les données utilisées pour faire les cartes, mais j’ai considéré qu’elles n’étaient pas préjudiciables, vu la taille finale des cartes et leur niveau important de déformation.

3. Ajouter les résultats obtenus à une carte du monde grâce à QGIS

Le logiciel de cartographie avancé QGIS m’a permis d’ouvrir un shapefile (fichier de contours) trouvé sur ThematicMapping et de lui associer mes propres données via des recherches verticales dans la table.

Pour que ça marche, il faut une clé commune aux deux fichiers : en l’occurence, le code ISO à trois chiffres, que j’avais pris soin d’utiliser pour chaque pays étudié — je l’ajoute désormais systématiquement à toutes mes feuilles de calcul quand elles sont basées sur des pays, une précaution qui se révèle souvent utile.

4. Réaliser les anamorphoses avec ScapeToad

Disponible sur tous les OS via Java, ScapeToad est un petit logiciel plutôt bien fichu qui va réaliser la déformation du fichier shapefile en tenant compte, pour chaque pays, d’une valeur numérique disponible dans la table associée au fichier de contours.

Le résultat peut être enregistré au format d’image vectoriel SVG, ce qui permet de l’utiliser ensuite à n’importe quelle taille.

Attention : pour une carte du monde, les temps de calcul et de sauvegarde sont importants (surtout quand il faut recommencer la manipulation vingt fois pour vingt médias différents…).

5. Améliorer le résultat dans Adobe Illustrator

Le fichier SVG obtenu peut être facilement ouvert et modifié dans Illustrator, ce qui m’a permis de changer la couleur et la transparence des pays, et de créer une version PNG utilisée pour le partage Facebook.

Une fois les vingt cartes obtenues, j’ai créé la petite infographie permettant de basculer d’un média à l’autre en HTML, CSS et JQuery. Enfin, j’ai utilisé Datawrapper pour réaliser les deux graphiques également présents dans l’article.

Voici comment les médias français voient le monde

Les médias nous donnent-ils une vision déformée du monde qui nous entoure ? La question est vieille comme Théophraste Renaudot, mais j'ai tenté d'y apporter une réponse moderne avec la série de cartes "anamorphosées" publiée ci-dessous -- une idée que j'ai piquée à mes petits camarades d'Altermondes.

Elles ont été réalisées en basant la déformation de chaque pays sur le nombre de résultats trouvés par Google quand on le cherche sur le site de l'un des vingt médias étudiés -- je reviens plus en détail sur la méthode utilisée (et ses limites) dans un autre post.

Avec l'avènement des réseaux sociaux, devenus pour beaucoup d'entre nous le principal point d'accès à l'information, ces cartes vont-elles se déformer davantage ?

En filtrant selon leur popularité les publications venues de nos amis et des pages auxquelles nous nous sommes abonnés , Facebook est en effet accusé de créer une "bulle" autour de ses utilisateurs, ne les exposant plus qu'à des informations qui les touchent ou les font réagir.

Et comme leur trafic dépend de plus en plus de cette plateforme, les médias sont tentés de "publier pour Facebook", laissant de côté l'actualité des pays trop lointains. Un phénomène qu'on peut observer sur les cartes de Buzzfeed France et du Huffington Post, où les pays du Sud occupent la portion congrue.

Mais ces biais ne sont pas nouveaux, et ils dépendent aussi de la ligne éditoriale des journaux concernés :

  • L'Amérique du Sud et l'Afrique sont nettement enflées sur la carte du Monde diplomatique -- logique vu les positions tiers-mondistes de ce mensuel.
  • l'Europe explose sur celle de Contexte -- normal, le site suit de près l'actualité législative de l'UE.
  • les Etats-Unis sont bien plus gros que la moyenne sur celle de Slate.fr -- pas étonnant, une bonne partie des articles sont des traductions de textes publiés dans la version américaine.
  • Les sites qui reprennent beaucoup l'AFP, par exemple Libération et Le Figaro, ont des cartes assez proches --une part importante des résultats décomptés se trouvent dans les dépêches de cette agence et reprises, sous différentes formes, sur ces sites.

Ces spécificités se retrouvent si on s'intéresse aux pays les plus cités, média par média.

On retrouve bien la loi du "mort-kilomètre", qui veut qu'une tempête de neige à Londres pourra occuper les chaînes infos toute la journée, alors qu'un tsunami en Indonésie peut faire des centaines de victimes sans qu'on chamboule le menu des journaux télévisés.

Mais on peut aussi prendre le problème dans l'autre sens, et s'intéresser aux médias qui s'intéressent plus (ou moins) que la moyenne à un pays donné.

N'hésitez pas à explorer vous-mêmes les données que j'ai récoltées,  et à raconter vos trouvailles ou à signaler des problèmes en me contactant ou en laissant commentaire.

Mis à jour le 26/1 à 10h35. Précision ajoutée concernant les médias reprenant beaucoup l'AFP, après un échange avec @quentingirard sur Twitter.

Le numérique, une catastrophe pour les médias ? Le chemin de fer l’était aussi

Il y a des étudiants en journalisme plus chanceux que d’autres. Pour leur leçon inaugurale, ceux qui viennent d’entrer au Centre de formation des journalistes (CFJ) ont pu échanger avec Wolfgang Blau, directeur de la stratégie digitale du Guardian et sur le point de rejoindre le groupe Condé Nast.

Le discours et la séance de questions/réponses qui a suivi étaient denses, mais je tente une retranscription rapide ci-dessous. (Si vous étiez présent, n’hésitez pas à me signaler d’éventuelles approximations en m’écrivant un message ou dans les commentaires.)

Wolfgang Blau. « Pour préparer cette intervention, j’ai passé en revue tous les thèmes de réflexion du moment […] et notamment toutes les menaces qui pèsent sur les médias aujourd’hui.  D’ailleurs, on peut se demander pourquoi, avec tous ces problèmes, il y a malgré tout autant d’enthousiasme dans ce secteur.

J’ai finalement choisi de ne pas aborder une de ces problématiques en détail, mais plutôt de tenter de prendre un peu de recul, ce dont on manque souvent – je pense que nous sommes parfois comme des souris faisant tourner une roue dans leur cage, regardant uniquement devant nous, incapable de voir le cadre global.

Et pour ça, je vais vous parler de l’histoire du chemin de fer. Le train, de nos jours, jouit d’une très bonne réputation. Les compagnies sont parfois une source de fierté nationale, et prendre le train plutôt que l’avion ou la voiture, c’est faire une bonne action, en améliorant son bilan carbone.

« Le train était vu comme une menace »

Mais ce n’est pas du tout comme ça que le train était perçu quand ce mode de transport s’est généralisé au XIXe siècle. C’est d’ailleurs une leçon intéressante : quand de nouveaux concurrents font leur entrée sur un marché, ils sont toujours accusés de tous les maux.

Le chemin de fer était vu comme une menace par beaucoup d’observateurs de l’époque. Certes, ils ont vite compris que le train avait un fort potentiel, notamment parce que rouler sur un rail permet de limiter les frottements avec le sol et évite de se retrouver ralenti ou coincé par la boue, comme l’étaient les voitures à cheval.

Du coup, les premiers à se demander à quoi pourrait ressembler un réseau ferré national ont d’abord pensé qu’il fallait doubler les routes avec des rails, tout simplement.

Ensuite, on a admis que le chemin de fer aurait besoin d’une infrastructure en soi, avec ses propres règles, pas d’une copie de l’existant. Cependant, on s’est mis à imaginer des voies en étoile autour de Londres, sur lesquelles circuleraient non pas des trains, mais des véhicules individuels, l’équivalent des diligences.

« Le frein, ce ne sont pas les outils, mais la culture professionnelle des rédactions »

Les premiers wagons aussi sont copiés sur les voitures à cheval, comme si on s’était contenté de les poser sur les rails – c’est différent aux Etats-Unis, où on prenait plutôt le bateau pour couvrir de grandes distances, et où les premiers wagons étaient donc inspirés de ses cabines.

Ce n’est que des années après, en Suisse, qu’on a pensé à installer des fenêtres pour qu’on puisse voir les wagons précédent et suivant, puis à prévoir des corridors pour circuler à bord du train.

Ça peut nous faire rire, mais c’est logique vu ce qu’on savait à l’époque, et c’est sans doute en faisant les mêmes erreurs qu’on perçoit l’évolution des médias aujourd’hui.

Je pense qu’au sein des rédactions, le principal frein à l’innovation, ce ne sont pas les outils, mais la culture professionnelle.

Livrez-vous à un petit exercice : essayez de faire la liste de tout ce qu’on a pu dire de négatif sur Internet – parfois à juste titre d’ailleurs : je travaille au Guardian, qui a révélé l’existence de systèmes de surveillance globalisée.

Vous allez vous rendre compte qu’on a reproché exactement la même chose au chemin de fer à son arrivée ! Ça marche à tous les coups :

  • Le chemin de fer supprime des emplois.
  • Il favorise l’émergence de grandes compagnies centralisées, qui chassent du marché les entreprises de transport de taille modeste.
  • Il est à l’origine d’une uniformisation culturelle : des gens se mettent à vivre dans une région et à travailler dans une autre ; les échanges se multiplient et les identités se diluent.
  • L’art du voyage au long cours se perd, on ne prend plus le temps de se découvrir et de se parler en chemin.
  • De nouvelles formes de criminalité apparaissent.
  • De nouvelles façons de faire la guerre apparaissent.
  • Les épidémies se propagent plus facilement.
  • C’est une façon de voyager qui transforme l’homme, le rend asocial : « Ils voyagent aussi vite que des balles de fusil, et perdent le contrôle de leur vie », estime un auteur de l’époque.
  • La construction des lignes de chemin de fer, des gares et des terminaux a eu un impact considérable sur les territoires concernés.

« Je ne veux pas avoir à lire tout Twitter »

Il y a tout un tas de peurs et de phobies qui sont alors associées au chemin de fer. Victor Hugo explique qu’à cette vitesse, les fleurs ne sont plus des fleurs, mais des tâches de couleurs informes.

Pourtant, les trains de l’époque font du 50 à l’heure ! Mais à l’époque, personne ne s’était jamais déplacé à une telle vitesse, c’est une révolution culturelle. On imagine même construire des murs de bois le long des voies pour éviter un tel stress visuel aux passagers…

Ça me rappelle ce que m’a répondu, un jour, quelqu’un à qui je demandais s’il utilisait Twitter : « Non, parce que je ne veux pas avoir à tout lire. » On ne peut pas tout lire sur Twitter, mais ce n’est pas grave si on ne perçoit pas tous les détails, ça n’empêche pas de saisir ce qu’il s’y passe ; de même qu’en train, on peut profiter d’un paysage sans voir chaque fleur sur bas-côté.

Regardez les articles écrits sur les imprimantes 3D. L’exemple qu’on prend tout le temps, c’est la pièce de rechange qu’on va pouvoir fabriquer dans un magasin en se basant sur l’original. Mais c’est une vision très étroite de ce qui est en fait un bouleversement.

Des médecins peuvent ainsi réaliser une copie en 3D d’un cerveau et ne plus se baser seulement sur des vues en deux dimensions pour établir un diagnostic. Ça, c’est vraiment un usage innovant, pas juste une copie de ce qui se fait déjà.

« Les frères Lumière ne savaient pas quoi faire de leur invention »

C’est la même chose avec les articles écrits par des algoritmes : ces derniers sont utilisés pour produire ce qu’on produit déjà, des compte-rendus sportifs ou des synthèses sur les résultats financiers d’une entreprise, par exemple. Cette nouvelle technologie est utilisée pour faire de l’ancien, c’est déjà beaucoup, mais ça ne se limitera pas à ça.

(Au passage, c’est un sujet qui fait beaucoup réagir quand vous l’évoquez dans une rédaction. Quand vous parlez web et réseaux sociaux, on vous répond : « C’est très bien, embauchez donc des gens pour s’occuper de ça. » Mais quand on dit que des machines pourront les remplacer pour tout un tas de textes, là, ça touche un nerf.)

Les inventeurs eux-mêmes sont parfois les plus mal placés pour imaginer les nouveaux usages. Les frères Lumière ont réussi à filmer les premières scènes, mais ils ne voyaient pas bien l’intérêt, ils se demandaient pourquoi des gens iraient voir dans une salle obscure ce qu’ils pouvaient déjà voir dehors… Et puis quelqu’un a eu l’idée de mettre bout à bout des séquences, de faire du montage, et le cinéma est né.

La bonne question à se poser c’est :  quelle information peut-on produire qui ne l’est pas déjà ?

Et il faut accepter le fait que beaucoup de postes vont être supprimés.

« On n’a pas assez pensé à la transformation du texte »

On a vraiment besoin de plus de journalistes capables de travailler avec le visuel, ils sont très recherchés aujourd’hui. Pourtant, je pense qu’on n’a pas assez pensé à la transformation du texte. Par exemple, quelle est la taille minimum d’un article ?

Une question que doivent se poser les journalistes, c’est si leur production, c’est la bouteille entière ou bien juste le liquide qu’elle contient. Si c’est juste le contenu, alors il peut être consommé partout, pas forcément dans une forme particulière. Mais dans ce cas se posent des problèmes de financement.

La tendance à suivre, selon moi, c’est la personnalisation de l’information. Il y a un potentiel important. Par exemple, si vous n’avez pas lu d’article sur le sport depuis deux ans, ça ne sert à rien de continuer à vous en proposer. Ou alors, si vous venez de Facebook en suivant un lien posté par un ami, on va vous montrer un article différent de celui affiché pour le visiteur venant de Google Actualités, ce qui montre qu’il cherche à s’informer.

Si je suis dans le train, j’ai davantage de temps pour lire, pourquoi ne pas me proposer une version longue ? Le niveau d’éducation peut aussi être pris en compte, si le lecteur a accepté de confier cette information sur lui.

Je sais ce qu’on va reprocher à ces évolutions : le compartimentage de la société, la perte d’une culture et de repères communs, puisque chacun reçoit une information différente. C’est vrai, mais ça permet aussi au plus grand nombre de s’informer, chacun à son niveau.

A vous qui débutez votre carrière, le conseil que je peux vous donner, c’est de toujours partir du principe que votre compas est faussé, qu’il ne vous indique pas la bonne route. Si on vous dit que votre idée est ridicule, c’est bon signe, c’est souvent là que l’innovation survient.

Je pense que cette crise débouchera sur quelque chose de positif. Beaucoup de phénomènes qui étaient latents dans les années précédentes sont en train de s’accélérer, et ça ira ira plus mal avant d’aller mieux, c’est sûr, mais le résultat sera positif.

Ces livres plus chers en version électronique que sur papier

Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/Flickr/CC-BY-NC-DR)
Un eBook ouvert sur un iPhone (Jonas Tana/Flickr/CC-BY-NC-DR)

Ça coûte combien, une série de 0 et de 1 ? C’est la vertigineuse question à laquelle se confrontent les éditeurs quand il faut fixer le prix de la version électronique d’un de leurs livres.

Et la réponse varie beaucoup d’un titre à l’autre, comme le montre un échantillon d’une cinquantaine de romans et essais, choisi parmi les plus vendus ou signés des auteurs les plus connus.

Pour chacun, j’ai relevé le prix de l’édition originale, celui de l’édition poche et celui des versions iBook d’Apple ou Kindle d’Amazon (données disponibles au format CSV).

A ma grande surprise, l’ebook est dans la plupart des cas plus cher que la version poche.

Le surcoût atteint même 10,90 € pour Boomerang, de Tatiana de Rosnay (éd. Héloïse d’Ormesson) – 17,99 € en version électronique, 7,10 € au Livre de poche (+150%).

De même, Apocalypse Bébé, de Virginie Despentes (éd. Grasset), vous coûtera 13,99 € si vous souhaitez le lire sur votre Kindle, contre 7,10 € seulement si vous voulez feuilleter les 380 pages de la version Livre de poche (+97%).

Ce décalage m’a étonné : d’un côté, un fichier numérique dont la reproduction ne coûte rien ; de l’autre, un objet physique fait de papier et d’encre et qu’il faut acheminer jusqu’au lecteur.

Sans compter que proposer un prix bas pour les ebooks les rend plus accessibles aux lecteurs les plus fauchés, et pourrait éviter de voir certains se tourner avec le piratage.

Si on compare le prix de l’édition originale et celui de l’ebook, le second est toujours moins élevé, mais la décote est très variable selon les titres : de -17% à -68% (-41% en moyenne).

Parmi les auteurs dont les ebooks sont vendus à prix cassés, on trouve paradoxalement Frédéric Beigbeder, un farouche opposant du livre électronique – c’est la fin « des librairies, des maisons d’édition, des suppléments littéraires dans les journaux et peut-être la fin de la critique littéraire », déclarait-il sur Europe 1 en 2011.

Son Oona & Salinger est vendu 7,10 € en poche mais seulement 6,49 € chez Apple et Amazon, soit une remise de 9%, la plus élevée de mon échantillon. Et pour Windows on the World, l’ebook est « seulement » 39 centimes plus cher que le poche (7,99 € au lieu de 7,60 €, soit +5%).

J’ai donc contacté les maisons d’édition concernées pour mieux comprendre comment ces prix étaient fixés.

La réponse de Fallois m’a beaucoup surpris : si La Vérité sur l’affaire Harry Québert, best-seller surprise de Joël Dicker, coûte 11,99 € en version électronique (contre 9,20 € en poche, soit +30%), c’est pour éviter qu’elle se vende trop bien, m’explique en substance Philippine Cruse :

« Nous voulons soutenir le livre papier. Si vous mettez un prix trop bas pour les ebooks, les gens ne vont acheter que du numérique et vous allez faire mourir les libraires. »

Si le sort des librairies est en jeu, pourquoi ne pas aller plus loin et retirer la version ebook de la vente ? Parce que l’époque est au compromis :  « On est obligés de jongler, c’est une période un peu difficile », reconnaît-elle.

Chez Viviane Hamy, qui vend Coule la Seine de Fred Vargas à 9,99 € en ebook alors qu’il coûte 4,30 € en poche (+132%), Maylis Vauterin a bien voulu détailler la politique tarifaire pratiquée.

Quand le livre est une nouveauté, la décote sera de  « 30% au minimum », mais le prix pourra même être descendu à 9,99 € dans le cadre d’une offre de lancement si  « le potentiel d’un titre est particulièrement fort pour les lecteurs qui lisent en numérique ».

Pour les livres  « de fond », le prix est  « de 9,99 € pour la collection policière et 6,99 € pour la collection bis », hors périodes et offres de promotion.

Et c’est justement pour pouvoir proposer des promos que le prix de Coule la Seine et des autres romans de cet éditeur est maintenu plus cher que la version poche :

« Je ne connais pas d’autres mécanismes pour mettre en avant nos livres (dans la masse de livres disponibles, en étant un éditeur indépendant face à des groupes) que de participer à des opérations de baisse de prix.

En pratiquant un prix normal de 9,99 €, j’ai ainsi la possibilité de les proposer à 4,99 € en négociant de beaux focus sur notre production. »

Vauterin reconnaît qu’elle « tâtonne » pour  « trouver un modèle éditorial » permettant de maintenir en ligne le délicat équilibre entre  « best-sellers et découvertes de talents, forcément déficitaires au plan économique ».

Mais s’il est virtuel, un livre électronique engendre des coûts bien réels pour l’éditeur, ajoute-t-elle. Les revendeurs (Apple, Amazon…) gardent 40% du prix payé par l’acheteur. L’éditeur a choisi de verser des droits d’auteurs plus élevés que pour le papier. Et puis il faut prendre en compte  « l’interface vers les plate-formes et la gestion des métadonnées, qui supposent de gros investissements ». Sans oublier la réalisation des fichiers epub eux-mêmes.

Elle se défend en tout cas de toute hostilité envers ces nouveaux supports :

« Le numérique est une part importante de la vie de notre catalogue. Nous avons investi afin de rendre disponible près de 80% de notre catalogue en numérique, y compris des ouvrages qui vendent de très petites quantités. »

Et pour vous, quel est le bon prix pour un livre électronique ? Le débat est ouvert dans les commentaires !

J’ai fait faire mon logo au Bangladesh pour 5 euros

Il y a quelque temps, je suis tombé sur un entrepreneur français qui partait s’installer en Amérique latine ouvrir des boulangeries-pâtisseries à la française. Il m’avait raconté ses galères et ses bons plans, et montré le logo (plutôt joli) qu’il allait faire imprimer sur ses cartons à gâteaux :

« Je l’ai fait faire en Chine, ça m’a coûté 5 dollars ! En France, ça te coûte des centaines d’euros pour la même chose. »

Je m’étais promis de tester les sites proposant ce genre d’offres un jour, curieux de savoir quel genre de visuel on pouvait obtenir à un tarif si bas. J’ai alors découvert qu’un designer basé au Japon, Sacha Greif, avait déjà réalisé cette expérience et l’avait racontée sur Medium.

Mais le récent conflit entre UberPop et les chauffeurs de taxis m’a incité à passer commande à mon tour. Je me demandais si, comme beaucoup de professions, les graphistes et maquettistes français avaient des soucis à se faire, avec la concurrence d’amateurs et de professionnels du monde entier désormais disponible en quelques clics, grâce à Internet et son « économie du partage ».

Fiverr, pour trouver un freelance pas cher

Comme Greif, je suis passé par Fiverr, qui permet de trouver des freelance pour des travaux de graphisme, mais aussi de traduction, de programmation, de création musicale…

L’interface est simple et efficace, et plutôt que de chercher parmi les portfolios de tous les designers disponibles, j’ai vite choisi de proposer une tâche (un « gig  ») en décrivant sommairement ma demande — le nombre de caractères étant limité, je n’ai pu en dire beaucoup sur mon activité :

« J’ai besoin d’un logo pour mon entreprise. Je suis un consultant et un formateur, je travaille dans le secteur des médias et de la communication. Le nom de mon entreprise est “Dans mon labo”. »

Le texte de l'offre publiée sur Fiverr
Le texte de l’offre publiée sur Fiverr

Une fois l’offre postée, il ne vaut mieux pas trop s’éloigner de son ordinateur : en près de deux heures, j’ai reçu près de 27 offres de services, la plupart au prix plancher, 5$.

Un peu perdu dans cette liste, j’ai finalement décidé de passer trois commandes, pour un prix de 5 $, 15 $ et 55 $. Il faut y ajouter 5% de commission pour le site et puis des frais bancaires : au final j’ai donc payé à peu près 5 €, 15 € et 55 € .

Une fois le paiement par carte bleue effectué, les enchérisseurs sont informés et se mettent au travail — mais ils ne sont payés qu’après que le commanditaire a validé le produit fini.

1. Le logo à 55 dollars, créé en Israël

Dans sa présentation, la designer israélienne que j’ai sélectionné explique avoir douze ans d’expérience dans la réalisation de logos, d’animations et de posters.

Elle garantit, comme Lorie, une  « positive attitude  » dans ces échanges avec les clients — effectivement, de multiples smileys et points d’exclamation émailleront ses messages.

Peu de temps après ma commande, elle me demande « le nom de mon entreprise » et « un petit mot de description ». Mais elle n’attendra pas finalement ma réponse pour livrer la commande dans un ZIP contenant neuf fichiers : trois visuels en trois versions (JPEG, PNG et une sorte de version « extrudée » du plus bel effet).

La première proposition fait un peu penser à l’enseigne d’un LaserGame :

Le premier logo de la designer israélienne
Le premier logo de la designer israélienne

La deuxième est ma préférée, je suis à deux doigts d’acheter le même chapeau pour les visites chez mes clients :

Le deuxième logo de la designer israélienne
Le deuxième logo de la designer israélienne

La dernière piste est très ensoleillée et donne envie de gober plein de comprimés de vitamine C  :

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Le troisième logo de la designer israélienne

Dans son message, elle promettait « une surprise » si je validais son travail (ce qui déclenche le versement de la somme due) et lui  donnais la note maximale (5 étoiles) à son travail — ce que j’ai fait, comme pour les deux autres designers. Mais je n’ai jamais rien reçu.

2. Le logo à 15 dollars, créé au Pakistan

« Le rôle d’un design, c’est de présenter votre message au monde. Un bon design le fait aussi simplement et joliment que possible. » C’est  ainsi que se présente le designer pakistanais que j’avais choisi.

Il m’a d’abord envoyé une liste de questions : une description de mon activité, les textes à inclure avec le logo, des couleurs à privilégier… Quelques heures après avoir reçu mes réponses, il m’a envoyé deux visuels.

La première proposition, avec sa plume Sergent-Major, a un charme désuet.

Le premier logo du designer pakistanais.
Le premier logo du designer pakistanais.

Quant à sa deuxième création, je pense l’utiliser en quatrième de couverture de mon premier recueil de poésie.

 

Le deuxième logo du designer pakistanais.
Le deuxième logo du designer pakistanais.

3. Le logo à 5 dollars, créé au Bangladesh

Sur Fiverr, le designer bengali que j’ai sélectionné explique avoir sept ans d’expérience et avoir réalisé « une grande variété de travaux complexes pour des clients de tout type », qui ont tous été « heureux et satisfaits » du travail réalisé.

Les échanges ont été plus compliqués. Après m’avoir lui aussi demandé plus d’informations, il a vite voulu être payé davantage :

« Si vous souhaitez un logo de qualité et original, alors il faut payer au minimum 20 dollars, ce qui correspond à quatre commandes comme celle-ci. Merci donc de passer trois autres commandes. »

J’ai refusé, expliquant que j’avais juste besoin d’un logo. Il m’a relancé :

« Passez-moi juste une autre commande. Je vais faire de mon mieux pour vous, parce que je veux qu’on continue à faire des affaires ensemble. »

Je n’ai pas répondu, et pourtant j’ai fini par recevoir le logo, le lendemain matin. Mais pas sous la forme d’un visuel utilisable, dans un montage photo.

Le montage photo envoyé par le designer bengali.
Le montage photo envoyé par le designer bengali.

Pour obtenir le visuel lui-même, il a fallu que je valide la commande et que je lui donne une note de cinq étoiles. J’ai ensuite reçu un fichier PNG minuscule.

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Le logo finalement envoyé par le designer bengali

Intrigué, je lui ai demandé une version plus grande ou dans un format vectoriel. Je n’ai jamais reçu de réponses.

Beaucoup de copies de logos existants

Le petit bonhomme utilisé par la designer israélienne.
Le petit bonhomme utilisé par la designer israélienne.

Lorsqu’il s’est livré au même exercice, Sacha Greif s’est rapidement rendu compte que les visuels qu’on lui livrait étaient en fait des copies ou des travaux dérivés d’images existantes, parfois récupérées dans une des grandes banques d’images qu’on trouve sur Internet.

C’est aussi le cas en ce qui me concerne : j’ai retrouvé rapidement le petit bonhomme de la créatrice israélienne, mais sans son chapeau. Il a été utilisé à multiples reprises sur le Web.

Même chose pour le groupe de personnages dont elle s’est servi pour sa première proposition.

Une profession pas simple à « uberiser »

« C’est le Lidl du logo », a commenté un ami directeur artistique à qui je parlais des tarifs pratiqués. Comme lui, je pense qu’un logo ne se résume pas à un joli dessin, mais qu’il doit traduire l’esprit d’une organisation, l’incarner dans le monde extérieur.

On peut ajouter que le travail réalisé par un professionnel inclut en général toute l’identité graphique (incluant, par exemple, le choix de couleurs et de typographies), pas seulement le visuel figurant en haut du papier à en-tête.

Au final, le graphisme me semble une profession difficile à « uberiser », en tout cas d’une façon aussi radicale que celle proposée Fivrr — même si ce secteur, comme bien d’autres, compte son lot de précaires qu’on cherche à payer toujours moins cher.

Le contexte de la marque et la relation directe avec le commanditaire  sont des variables trop importantes, sans oublier les codes culturel : par exemple, le stylo plume semble un bon moyen de symboliser le journalisme et les médias au Bangladesh et au Pakistan, ce qui n’est pas le cas en France.

On n’a pas les mêmes valeurs : le mariage gay sur les sites de Fox News et MSNBC

L’actualité de ces dernières heures est particulièrement chargée, entre les attaques de l’Etat islamique, le référendum annoncé en Grèce et la décision de la Cour suprême américaine de légaliser le mariage homosexuel.

Dans ces conditions, pas simple de choisir le sujet de couverture d’un quotidien ou l’ordre des sujets affichés en page d’accueil d’un site d’information.

Mais la « hiérarchie de l’info » chère aux journalistes ne dépend pas qu’à des critères objectifs, loin de là. L’importance qu’une rédaction accorde à un sujet dépend aussi de sa vision du monde, de ses priorités éditoriales et de ses valeurs.

Je me suis amusé à comparer les pages d’accueil des sites des chaînes américaines MSNBC (classée pro-démocrate, « libérale » au sens américain, à gauche donc) et Fox News (pro-républicain, conservateur, à droite donc). Les captures d’écran ont été prises ce samedi matin.

Les pages d'accueil de Fox News et de MSNBC ce samedi matin.

Vu l’importance du sujet, je m’attendais à ce qu’il occupe à peu près la même place sur les deux sites, mais on voit que Fox News préfère mettre en avant d’autres actualités (une forme de déni ?), surtout en haut de page d’accueil. De façon plus attendue, les titres choisis par les deux médias donnent clairement la couleur.

Titres de MSNBC.

  • L’Amérique ouvre un nouveau chapitre de son histoire
  • Les mots de la Cour suprême dans sa décision
  • Des émeutes à la célébration
  • L’avis d’une sénatrice gay sur « cette étape capitale »
  • La plus belle semaine de tous les temps pour le camp progressiste

Titres de Fox News, en haut de page :

  • « Une cour de justice n’est pas le législateur », explique le juge John Roberts, qui avait soutenu Obamacare
  • Vidéo : le mariage pour tous a gagné
  • Edito : la cour s’attaque à la vérité du mariage et dresse la foi contre la loi

Titres de Fox News, beaucoup plus bas dans la page, affichés seulement après avoir « scrollé » suffisamment :

  • Mariage gay : pourquoi la Cour suprême a tort.
  • Pourquoi les décisions de la Cour suprême sur Obamacare, le mariage gay, le droit de propriété… vont aider les Républicains à la présidentielle de 2016
  • Cour suprême : les couples de même sexe peuvent se marier dans les 50 Etats
  • Comment le mariage gay va affecter l’Amérique
  • Les avertissements du juge Roberts après la victoire du mariage gay
  • Ben & Jerry sortent une crème glacée spéciale après la victoire du mariage gay.
  • Les réactions des célébrités à la décision de la Cour suprême
  • Mike Huckabee s’en prend au jugement de la Cour suprême
  • Pour Ric Grenell, la décision sur mariage gay est une grande victoire pour les conservateurs.
  • Quel impact aura la décisions sur la course à la Maison-Blanche
  • Lea DeLaria sur l’impact de la décision de la Cour suprême

3 outils pour organiser le boulot d’une rédac’ web (enfin, essayer)

Image extraite du fim "Playtime” de Jacques Tati.
Image extraite du fim « Playtime” de Jacques Tati.

Avant, organiser le travail de sa rédaction, c’était simple. On accrochait les pages déjà envoyées à l’imprimeur sur un des murs, et quand ce mur était rempli, c’est qu’on pouvait aller boire un canon. Ailleurs, on listait simplement les sons ou les vidéos prêtes à être diffusés dans un conducteur, en notant leur durée et en faisant gaffe à ne pas empiéter sur l’émission qui vient après.

Et puis boum, le web est arrivé. La place est infinie, et désormais, le seul facteur limitant, c’est l’énergie des journalistes qui doivent publier les contenus. Et peu à peu, l’offre des sites d’actu s’est diversifiée, ne se limitant plus à la reprise de dépêches AFP plus ou moins enrichies.

Comment dès lors éviter le chaos et organiser le travail de son équipe, sachant que certains contenus peuvent être préparés en quelques minutes (voire en quelques secondes, s’agissant d’un tweet), quand d’autres vont prendre des jours voire des semaines ?

Le meilleur outil, c’est celui dont on se sert

Et comment s’assurer d’avoir un flux de copie assez nourri pour alimenter ces bêtes insatiables que sont les sites de flux, où l’internaute doit trouver du nouveau à se mettre sous la souris à chaque heure du jour ou de la nuit ?

Je liste ici trois outils qui peuvent vous être utiles, mais le plus intéressant sera sans doute vos propres méthodes et les témoignages que vous allez laisser dans les commentaires ci-dessous.

Gardez en tête aussi que le meilleur outil du monde, c’est celui dont on se sert. Donc si vous avez pour habitude de griffonner la liste des trucs en cours sur les dos d’une vieille enveloppe, et que tout le monde est heureux comme ça, vous n’avez sans doute pas besoin de lire la suite.

Et puis ne rêvez pas : ce n’est pas parce que vous leur mettez en place un système d’organisation que vos troupes vont spontanément s’en emparer — c’est l’effet « j’ai ouvert un Google Doc pour que tout le monde mette ses idées mais personne ne s’en sert ! »

Si vous souhaitez que le collectif adopte votre nouvel outil, c’est à d’abord à vous de vous en servir et de vous assurer qu’il soit à jour. C’est seulement au bout de quelques semaines à montrer l’exemple que vos collègues seront (peut-être) assez convaincus de l’utilité de votre « usine à gaz » qu’ils auront envie de monter à bord à leur tour.

1. Trello, de la liste des courses au projet complet

Exemple de tableau de bord Trello (cliquez pour agrandir).
Exemple de tableau de bord Trello (cliquez pour agrandir).

C’est un outil très simple à prendre en main et d’une grande plasticité : Trello peut vous servir à gérer votre liste de courses hebdomadaire comme à mener à bien un projet de nouvelle rubrique ou de refonte.

Le principe : sur un tableau de bord,  on liste toutes les tâches de l’équipe dans des colonnes qu’on peut nommer, déplacer et multiplier à volonté. Exemple sur l’image ci-dessous : sujets « possibles », « prêts à publier », « publiés » et « reportés ».

Le vrai plus de Trello, c’est qu’il fonctionne comme des poupées russes :

  • En cliquant sur une tâche principale, on peut y lister des tâches secondaires, ajouter des fichiers, des commentaires, un indicateur coloré…
  • On peut multiplier les tableaux de bord : par exemple un pour le service sports et un autre pour le service international, ou encore un pour les sujets à court terme et un autre pour les enquêtes à long terme.

2. Google Sheet, pour les amoureux des feuilles de calcul

Exemple de “backlog” réalisé avec Google Sheet.
Exemple de “backlog” réalisé avec Google Sheet.

Si vous êtes comme moi un amoureux du tableur en ligne Google Sheet, sachez que vous pouvez aussi l’utiliser comme un gestionnaire de projets, et qu’il se révèle, de façon surprenante, très efficace dans ce rôle — voir l’exemple d’un site d’étudiants en école de journalisme dont j’ai piloté le lancement, ci-dessus.

Dans ce cas, vous partagerez votre document avec tous les collaborateurs concernés, puis vous listerez un sujet par ligne de votre tableau (pensez à figer la ligne d’en-tête). Ensuite, vous aurez besoin des fonctionnalités suivantes :

  • Commentaire de cellule. Je l’ai découvert il y a peu : un fil de commentaires peut être créé pour chaque cellule d’une feuille. Les participants à cette conversation très ciblée reçoivent une notification par e-mail à chaque nouveau post.
    Clic droit sur la cellule -> « Insérer un commentaire » dans le menu contextuel
  • Mise en forme conditionnelle. Permet, par exemple, de passer une cellule sur fond rouge si le mot « important » est détecté à l’intérieur.
    Menu Format -> Mise en forme conditionnelle
  • Tri des données. Permet de changer l’ordre des lignes selon l’une des colonnes, par exemple pour afficher les sujets marqués « importants » en premier.
    Clic droit sur la lettre de la colonne concernée, puis « Trier de A à Z »
  • Vues filtrées. Permet, par exemple, uniquement les sujets pour lesquelles la colonne « état d’avancement » est « en cours » et la colonne « priorité » est « très important ».
    Menu Données -> Vues filtrées
  • Validation des données. Permet de forcer l’utilisateur à choisir le contenu d’une cellule entre plusieurs valeurs prédéterminées, et de créer un petit menu déroulant.
    Menu Données -> Validation
  • Protection de plages. Permet de verrouiller certaines feuilles, certaines colonnes ou certaines plages de cellules, afin d’éviter que des utilisateurs patauds ne mettent le bazar dans votre bel édifice.
    Menu Données -> Feuilles et plages protégées
  • Retour à la ligne dans le texte des cellules. Par défaut, le texte d’une cellule est tronqué s’il est trop long pour la taille de cette dernière (sauf si la cellule d’à côté et vide). Mais on peut prévoir un retour à la ligne automatique. Attention tout de même, dans ce cas, la hauteur totale de votre feuille à l’écran va avoir tendance à augmenter dangereusement, et vous perdrez le côté synthétique de l’outil.
    Icône « Activer le retour à la ligne automatique” de la barre d’outils
  • Et aussi… Vous pouvez exporter une feuille au format PDF, par exemple pour communiquer l’état d’avancement à votre chef ou à toute l’équipe par e-mail ; consulter l’historique des révisions voire revenir à une version antérieure en cas de plantade ; attribuer un identifiant unique à chaque ligne pour une meilleure traçabilité.

3. Basecamp, une belle interface pour des projets plus complexes

Capture d'écran d'une démo de Basecamp.
Capture d’écran d’une démo de Basecamp.

C’est un peu la Rolls des gestionnaires de projets : avec son design épuré et son interface aux petits oignons, Basecamp ne fait pas mal aux yeux quand on le charge et ne déroutera pas les moins agiles du clavier dans votre équipe.

Mais il n’est pas gratuit, et vous n’aurez peut-être pas besoin d’autant de fonctionnalités (calendrier, groupe d’utilisateurs, fonds de documents…) si vous ne publiez que trois articles par semaine.

Coté open source et gratuit, on peut citer Redmine, mais son interface chargée est davantage étudiée pour des développeurs, et elle risque de décourager le commun des mortels.

Voilà ! Maintenant c’est à vous de raconter vos expériences en termes d’outils et d’organisation du travail en général.

Je passe dans beaucoup de rédactions et je vois beaucoup de systèmes en place, mais souvent leurs utilisateurs n’ont pas l’air très satisfaits, je pense qu’un peu de partage d’expérience fera du bien à tout le monde.

Comment j’ai exploré plus de 500 chroniques de Bernard Guetta

La liste des chroniques de Bernard Guetta dans Google Sheet.
La liste des chroniques de Bernard Guetta dans Google Sheet.

Comme souvent pour les projets que je mène Dans mon labo, ma petite enquête autour des chroniques de Bernard Guetta sur France  Inter m’a amené à utiliser toute une panoplie d’outils. Je les passe rapidement en revue dans cet article, en espérant que ça vous aide pour vos propres travaux.

1. Récupérer le texte des chroniques avec Outwit Hub

Cette première étape a été rapide, la construction du site de France Inter le rendant très simple à « scraper ». Une page d’archives propose en effet des liens vers chacune des chroniques. Je l’ai chargée dans Outwit Hub puis ai demandé à ce dernier d’attraper toutes les URL concernés (elles contiennent toutes la chaîne de caractères « emission-geopolitique »).

Toujours dans Outwit Hub, j’ai ensuite mis au point un scraper pour extraire les éléments intéressants du code HTML de la page, à commencer par le texte. Vous pouvez télécharger cet extracteur (c’est un petit fichier XML) et l’importer dans Outwit Hub si vous souhaitez faire un travail similaire avec d’autres contenus publiés sur le site de France Inter.

2. Nettoyage des textes avec Open Refine

Les textes récupérés étaient globalement propres. Open Refine m’a cependant permis de supprimer de mon échantillon les chroniques du remplaçant de Bernard Guetta, Anthony Bellanger (classées dans la même rubrique sur le site de France Inter), ainsi que quelques entrées sans texte (correspondant à des pages vides sur le site).

J’ai également également pu retirer le code du lecteur vidéo Dailymotion parfois présent en haut des textes.

3. Décompte des pays dans Google Sheet

Une fois les données nettoyées, je les ai exportées au format CSV et importées dans le tableur Google Sheet. J’ai ajouté une feuille avec une liste des pays du monde compilée par Wikipedia.

Dans cette deuxième feuille, j’ai pu chercher, grâce à la fonction COUNTIF, les occurences de chaque pays dans la colonne concernée de la première feuille.

J’ai fait quelques tests et passé en revue la liste pour traiter quelques cas particuliers. Par exemple, pour la Birmanie, le mot Myanmar est parfois utilisé ; le Nigéria est parfois écrit « Nigeria » ; le mot Congo peut désigner deux pays, le Congo-Brazzaville ou le Congo-Kinshasa : le mot Hollande est un pays mais aussi un président français…

Il n’est d’ailleurs pas exclu qu’il reste des erreurs après ce traitement, n’hésitez pas à me contacter si vous pensez en avoir décelé.

4. Croisement avec les données de la Banque mondiale

Un module complémentaire de Google Sheet m’a permis de traduire automatiquement les cellules contenant le nom du pays du français vers sa version anglaise.

J’ai récupéré la liste des codes ISO à trois caractères des pays du monde, et grâce à la fonction VLOOKUP, j’ai pu attribuer le bon code ISO à chaque pays de ma propre liste, non sans une série de corrections « à la main ».

Le tout est un peu fastidieux, mais quand cette manipulation fini, c’est magique : avec comme clé commune le code ISO, il devient facile de croiser un tel fichier avec des centaines d’autres disponibles sur le Web.

Le site de la Banque mondiale contient ainsi des séries de données sur beaucoup d’indicateurs : population, superficie, PIB… Et le tableau qu’on télécharge contient aussi le code ISO, la fonction VLOOKUP permet donc de faire le rapprochement automatiquement et sans risque d’erreur.

Exemple de nuage de points dans Google Sheet
Exemple de nuage de points dans Google Sheet

J’ai ensuite utiliser la fonction CORREL de Google Sheet pour chercher très facilement des corrélations (par exemple entre la population d’un pays et le nombre de fois où il est cité) d’une colonne de mon document à l’autre.

5. Réalisation de la carte avec TileMill

Je ne vais pas m’étendre sur cette partie du travail, d’autant que TileMill n’est plus maintenu — il est censé être remplacé par Mapbox Studio, logiciel que j’ai testé et que je n’aime pas trop.

je suis parti du shapefile contenant les délimitations de chaque pays (y compris les zones contestées, comme le Somaliland ou le Sahara occidental, ce qui peut être source de problèmes), et j’ai pu insérer dans le fichier DBF associé des colonnes contenant mes propres données — non sans mal.

L’avantage de TileMill, c’est qu’il permet de une configuration très précise de la carte, des couleurs avec lesquelles « colorier » les pays au design des info-bulles, en passant par le niveau de détails souhaité à chaque niveau de zoom.

L’inconvénient, c’est que tout ça prend beaucoup de temps, au point que je ne sais pas si je recommanderai un outil aussi sophistiqué pour un travail plus régulier au sein d’une rédaction.

J’ai l’impression qu’aucune solution de cartographie actuelle ne donne pleinement satisfaction quand on est plus un bricoleur qu’un développeur, mais vous avez peut-être de bons tuyaux à échanger dans les commentaires.

La carte créée dans TileMill s’exporte facilement dans un compte Mapbox, depuis lequel on récupère le code d’intégration, sous forme d’iframe et avec quelques options intéressantes, comme la désactivation du zoom via la molette de la souris.

6. Etude des textes avec le logiciel de lexicométrie TXM

C« était la partie la plus nouvelle pour moi dans ce processus : tester des outils de lexicométrie. Le sociologue Baptiste Coulmont, que je remercie au passage, m’a conseillé sur Twitter d’essayer TXM, logiciel prisé des chercheurs dans ce domaine.

J’ai dû passer par pas mal de tutoriels et de guides, pour apprendre par exemple à « étiqueter » un corpus de texte, afin de trier les mots entre adjectifs, adverbes, verbes… Au passage, j’ai appris des mots rigolos comme  « hapax » ou  « lemmatisation ».

Les fonctionnalités qui m’ont le plus bluffé sont l’affichage des concordances (les mots qui précèdent ou suivent chaque occurence d’un mot donné du texte) et celle des cooccurrences (les mots qui se retrouvent souvent au voisinage d’un mot donné du texte).

Mais si les possibilités de cet outils semblent passionnantes, je recommande pas mal de patience à ceux qui veulent s’y coller.

7. Réalisation des graphiques avec Datawrapper

Pas grand chose à signaler ici : j’ai préparé mes tableaux dans Google Sheet, je les ai copiés/collés dans Datawrapper et j’ai pu fignoler la présentation des graphiques que vous avez vus.

Précision : l’intégration d’un graphique sur son propre site requiert désormais la souscription à un abonnement payant, décision que lequel Mirko Lorenz a expliquée sur le blog de la société.

Voilà ! Il y avait sans doute bien plus simple pour arriver au même résultat, et je compte d’ailleurs sur vos conseils dans les commentaires ci-dessous.

Je ne peux publier le corpus sur lequel j’ai travaillé (ce serait une forme de reproduction sans autorisation des textes), mais vous pouvez télécharger une synthèse par pays ou bien me contacter pour obtenir l’ensemble de mes données.